À l’épreuve du camp
© Les Scouts

Les Scouts copyright(4)Les camps scouts et autres jolies colonies sont un moment souvent très attendu de l’année. Pour autant, certains enfants les redoutent comme la peste. Une réticence à laquelle s’ajoutent parfois les angoisses des parents, néanmoins désireux de donner à leur progéniture la possibilité d’expérimenter un autre espace-temps, fondé sur l’autonomie, la simplicité et la prise de risque – mesurée.

Deux semaines loin de la maison, à vivre en communauté, à respecter les règles, à les transgresser, à tenter autre chose. Deux semaines dans la nature, avec le strict minimum, sans magasins, sans ordinateur, sans WiFi. L’expérience des « camps d’été » est souvent considérée comme particulièrement formatrice, en particulier à l’heure de l’immédiateté et de l’hyperconnexion. Une bulle d’authenticité et une occasion unique, aussi, de se « créer des souvenirs ». Mais chaque été, les camps scouts occupent aussi le devant de la scène médiatique – qui, il est vrai, manque parfois de matière en cette période – pour divers incidents, graves et moins graves, ravivant ainsi les polémiques sur la sécurité et la jeunesse des animateurs. Dans des sociétés qui ont intégré la possibilité – toute théorique – du risque zéro, les « mauvais coups du sort » sont en effet de plus en plus systématiquement analysés comme des « défauts de prévoyance »... à tort ou à raison.


Moins de risques, plus d’exigences

Paradoxalement, on sait que si ces drames « scouts » sont souvent montés en épingle, les précautions en matière de sécurité et les exigences éducatives sont globalement beaucoup plus importantes qu’il y a 30 ans. De même, alors que l’idéal collectif a longtemps prévalu dans les mouvements de jeunesse, il s’est peu à peu assorti d’un objectif d’« épanouissement personnel » pour chaque jeune. Tant au niveau pratique que « philosophique », les mouvements de jeunesse, remarquables par leur pérennité, ont donc connu d’importants bouleversements. « La date-clé, dont on n’a pas encore épuisé tous les effets, c’est la Convention internationale des Droits de l’Enfant, en 1989, commente le sociologue Jean-François Guillaume. Dans toutes les institutions, associations, le regard qui était porté sur l’enfant change, tout comme les pratiques. Bien sûr, on n’a pas attendu 1989 pour dire que l’enfant était une personne à part entière : Françoise Dolto le disait déjà dans la sphère de l’éducation mais ce qui change, c’est que cette vision va être transcrite dans des éléments de droits. Les enfants sont en quelque sorte les derniers bénéficiaires de l’affirmation de la singularité personnelle, après les femmes. Sans compter le tournant fort propre à la Belgique : l’affaire Dutroux et toutes les affaires qui ont secoué l’Église ont changé la donne dans le domaine du respect de l’intégrité morale et physique de l’enfant. Ce sont de choses qu’on ne disait pas ou même qu’on n’identifiait pas il y a seulement de cela 20 ou 25 ans ». Du reste, si l’ensemble des fédérations – et des parents – saluent cette « professionnalisation » des encadrants, celle-ci pose aussi aux mouvements de jeunesse de nouveaux défis. « De nouvelles tensions apparaissent entre le plaisir d’être ensemble et l’obligation de travailler de manière sérieuse, de se former : comment combiner les deux alors qu’on n’est pas encore soi-même tout à fait adulte ? », interroge Jean-François Guillaume. Conserver l’« âme » des mouvements de jeunesse tout en répondant aux exigences d’une société plus prévoyante, plus inquiète, constamment « sous contrôle » est un équilibre difficile à trouver. « Aujourd’hui, l’enjeu est d’offrir un cadre au sein duquel les expérimentations seront possibles. Ce cadre doit être composé d’une série d’irréductibles, de choses non négociables liées à des règles essentielles de droit : le respect de l’intégrité physique et morale de l’enfant d’une part, et d’autre part le respect de certains principes liés à la citoyenneté, qui supposent qu’on ne donne pas de « mauvais exemples ». Par exemple, si je suis animateur et qu’un enfant m’a traité de « petit con », je vais m’abstenir de punir moi-même car dans notre société, on ne peut pas se faire justice soi-même. Par ailleurs, sur le volet de la sécurité, il y a des choses qu’on a pu faire dans les années 60 et qu’on ne pourrait plus faire aujourd’hui. Même lors d’activités scolaires, on partait parfois en stop ! Ce sont des choses qu’on ne peut plus faire car nous sommes dans un monde où l’inquiétude est beaucoup plus grande. Mais aussi où le risque est parfois plus grand, par exemple au niveau automobile : se déplacer avec un groupe de jeunes en bord de route fait partie des choses essentielles que les encadrants doivent avoir intégrées. » 

Les Scouts copyright(10) Animateurs
© Les Scouts

Page : 1 2 next