Alors que les travaux vont bon train du côté de la Société libre d’Émulation, le Théâtre de la Place dévoile sa nouvelle saison, qui se tiendra pour la dernière fois Place de l’Yser. Une programmation qui explore les liens entre la vie et la scène – seule question théâtrale vraiment sérieuse ?
C’est un déménagement prévu de longue date : bientôt, le Théâtre de la Place rejoindra la rive gauche de Liège, en face de l’Université, place du 20-Août. Revenue au cœur de la cité, la vie théâtrale liégeoise devrait ouvrir un nouveau chapitre de son histoire, renforçant son positionnement international, dynamisant les troupes. À l’heure où le chantier avance à grands pas, un dernier round se prépare rive droite, sous le signe d’un tête à tête fécond entre « le théâtre et ses publics ». De Béart en comédienne plus vraie que nature au Monsieur Jourdain de Podalydès, en passant par les fantaisies éclectiques des Belges Jaco Van Dormael et Ivo van Hove, plus de 30 spectacles invitent acteurs et spectateurs à se renvoyer la balle du mentir-vrai.
Cyrano de BergeracMis en scène par Michel Kacenelenbogen
Présenté du 18 au 29 décembre
© Marianne Gribomont
Spectateur-acteur
Mouvant, hétéroclite, enthousiaste ou en fuite, le public est à la fois la raison d’être du théâtre et son talon d’Achille. Pour explorer les liens mystérieux qui unissent le public à la scène, leur rupture annoncée mais jamais consommée, le Théâtre de la Place inaugurera la saison avec un colloque international « Théâtre et publics : la création partagée » (26 au 29 septembre), organisé en collaboration avec l’ULg dans le cadre du projet européen PROSPERO. Au programme : des rencontres et des échanges entre artistes, critiques et chercheurs venus des quatre coins de l’Europe. Le théâtre est mort, vive le théâtre ? Ouvert à tous – puisque c’est son enjeu –, ce colloque trouvera un prolongement à travers deux performances qui s’interrogent sur la place du spectateur-acteur.
La première, Acteur, ton nom n'est pas exact, sera proposée par l’italien Romeo Castellucci. Quel est le rôle, au sens premier, de l’acteur ? Quelles sont ses facultés ou, pour reprendre le vocable de Castellucci, ses « puissances » propres ? La question sera opportunément posée en compagnie de sept jeunes comédiens de l’École Supérieure d’Acteurs du Conservatoire (ESACT) de Liège.
©Romeo Castellucci
Le suisse Massimo Furlan, qui s’est fait une spécialité de la commémoration footballo-théâtrale, proposera quant à lui une performance au stade de Sclessin. Il rejouera sur la pelouse un match de foot mémorable, le match Belgique/URSS de 1986 dont les terres liégeoises, dit-on, se souviennent encore... Une performance qui célébrera les noces improbables des aficionados du ballon rond et des amateurs de théâtre, réputés chiens et chats. Mais qui ont en commun de vouloir plus que du pain : du jeu.
D’Ancion à Gunzig
On reste dans le paysage du bassin industriel liégeois avec l’adaptation du roman de Nicolas Ancion, L’homme qui valait 35 milliards. Une mise en scène assurée par les joyeux drilles du collectif « Mensuel » qui, après s’être fait une spécialité de la « revue théâtrale » de l’actualité, mettent leur impertinence au service d’un non-fait marquant de l’actualité : l’enlèvement du grand patron indien de la sidérurgie, Lakhmi Mittal.
Entre humour décapant et portraits de paumés de province, place à la vidéo et à la musique live pour une mise en scène bondissante, loin du ronronnement des hauts fourneaux.
Fantaisie belge encore, avec le Kiss & Cry de la chorégraphe Michèle Anne De Mey et de son compagnon le cinéaste Jaco Van Dormael qui, à partir d’un texte de Thomas Gunzig, livrent un OVNI théâtral où les têtes d’affiche sont des doigts dansants dans un décor miniature... le tout projeté sur écran géant. Une épopée gamine et métaphysique, unanimement saluée lors de sa création, qui clôturera la saison en beauté au mois de mai 2013.
Kiss & cry © Marteen Vanden Abeele

