1979 - 2009 : 30 ans d'alternatives théâtrales

La revue Alternatives théâtrales fête cette année ses trente ans. Trente ans que la revue spécialisée dans la production dramatique contemporaine est en quête d'alternatives. Au terme de cent numéros parus, cet anniversaire est l'occasion de dresser un bilan du travail réalisé.

30ans

Tout au long de cet été 2009, la revue Alternatives Théâtrales a fêté ses trente ans, à diverses occasions : spectacles, rencontres-débats et exposition en furent les principales étapes, couronnées par la publication d'un numéro hors-série : 1979-2009 : trente ans d'alternatives théâtrales. Bernard Debroux, fondateur de la revue, fut, de 1972 à 1979, directeur de la Maison de la Culture à Tournai où il rencontra de jeunes compagnies auxquelles les principales instances du monde théâtral d'alors laissaient peu d'espace. C'est suite à ce constat que la revue est créée en 1979, avec un comité de rédaction regroupant notamment les représentants de ces jeunes compagnies dans l'ombre.

Le premier numéro de cette revue, édité en juillet 1979, avait pour thématique : « Aspects du théâtre contemporain en Europe ». Ça y est, les mots-clés sont lancés ! : « théâtre » (et non écriture ou mise en scène), « contemporain » (ce sont bien les mises en scènes de Marc Liebens, notamment, qui sont évoquées et non celles de metteurs en scène du début du XXe siècle, comme ça pouvait être le cas dans les revues théâtrales du moment) et « en Europe » (qui s'élargira au reste du monde par la suite). Notons néanmoins qu'une part remarquable des pages de la revue est consacrée aux professionnels belges, par la critique de leurs spectacles et par le biais d'entretiens.

L'intérêt d'une telle publication réside d'abord dans son interdisciplinarité ; en effet, la parole est accordée aux différents métiers du théâtre et, dès lors, les aspects abordés sont nombreux : l'écriture (« Jean Louvet », AT n°69, juillet 2001), la mise en scène (« Initiation au Système » in AT n°94-95, décembre 2007), la chorégraphie (« Douze chorégraphes : des mots, des gestes et des images » in AT n°51, mai 1996), la formation (« Valentin Tchekhov (1891-1936) et l'histoire singulière des Studios. La formation de l'acteur et du metteur en scène en Russie, Biélorussie, Ukraine », in AT n°87, décembre 2005), la direction de structures (le dossier « 24e Festival du jeune théâtre, Liège et Communauté française de Belgique », AT n°26, septembre 1986), etc.

Ensuite, dès la création de la revue, l'importance de la question dramaturgique est essentielle : le nombre de prises de parole accordées à des dramaturges, au sens allemand du terme, est très révélateur et novateur en Belgique. Le travail du dramaturge consiste en une lecture du texte afin d'enrichir, par sa contribution théorique, le travail du metteur en scène. Bien que  reconnus depuis le XIXe siècle en Allemagne, l'intérêt et la nécessité de cet apport intellectuel sont constatés beaucoup plus tardivement en Belgique. Ainsi, ce travail de reconnaissance est entrepris par des compagnies et des metteurs en scène, mais aussi par Alternatives théâtrales.

Le lien avec les professionnels du spectacle est essentiel pour la revue, qui n'est pas dirigée uniquement par des critiques et/ou universitaires les acteurs, metteurs en scène, auteurs, etc. prennent la parole également.

Le degré de qualité et la diversité des dossiers élaborés est sans conteste une des grandes qualités du périodique. Ainsi, nous retrouvons des dossiers ayant pour question un spectacle (« Le Mahabarata : spectacle de Peter Brook. Texte de Jean-Claude Carrière », AT n°24, juillet 1985), un festival (« Acte théâtral, images du vivant. Festival d'Avignon 1984 », AT n°19, juillet 1984), une compagnie (« Le Groupov », AT n°44, juillet 1993), une réflexion thématique (« La place du mort sur la scène théâtrale contemporaine », AT n°99, novembre 1998), etc.

Enfin, son refus de prosélytisme (en effet, à l'instar des revues théâtrales contemporaines, Alternatives théâtrales n'est pas la revue d'un théâtre, mais un lieu de paroles, de réflexion). Lors du premier éditorial de la revue, Bernard Debroux souligne que le critère de sélection choisi comme ligne éditoriale est la détection et la valorisation de ce qui est qualifié de moderne, d'alternative théâtrale.

C'est l'originalité des choix du comité de rédaction qui explique la longévité de la revue.

Cette richesse, nous pouvons la toucher du bout des doigts avec ce numéro spécial. Toutes les caractéristiques énumérées peuvent y être retrouvées de façon distillée.

Deux parties sont à distinguer dans cette publication :

La première, la plus conséquente, décrit les numéros parus en consacrant deux pages à chacun d'eux. Cet espace permet la reproduction de la couverture du numéro, d'une (ou deux) photo(s) de spectacles (assortiment effectué par Laurence Van Goethem et Patrice Junius) ainsi que la retranscription de la table des matières et d'un ou plusieurs extraits de paroles d'artistes ou de critiques. Ces textes ont été soigneusement sélectionnés par le comité de rédaction de la revue (Georges Banu, Bernard Debroux, Nancy Delhalle, Christian Jade, Antoine Laubin, Yannic Mancel, Sylvie Martin-Lahmani et Christophe Triau) pour leur caractère représentatif d'une époque et/ou de la ligne éditoriale de la revue, pour leur effet électrochoc, ou encore pour leur originalité.

La seconde partie est un index des structures, instances et professionnels du spectacle auxquels Alternatives théâtrales a fait référence. Cet index peut être considéré comme outil pour un travail universitaire notamment. Il est également intéressant de constater la fréquence à laquelle certains noms sont évoqués.

Nous émettrons néanmoins un petit bémol : dommage que les extraits et les photographies ne soient pas contextualisés. Cette absence d'indications peut avoir un double effet : une lecture moins aisée et/ou incomplète ainsi qu'un rétrécissement du public potentiel auquel cet ouvrage peut s'adresser. Un outil pour « l'analyse » et « la remémoration des spectacles », sans aucun doute ; un outil pour les découvrir, difficilement, mais un révélateur pour donner envie de découvrir, certainement.

Laura Van Brabant
Septembre 2009

crayon

Laura Van Brabant est chercheur en Histoire et analyse du théâtre à l'Université de Liège.