Venise, avec ou sans sexes d’artistes
JC affiche02

Soutenu par la Communauté française de Belgique, à l'occasion de la Biennale de Venise, l'artiste liégeois Jacques Charlier a réussi son pari : rendre public ce que ni la Biennale, ni la Cité des Doges ne souhaitaient montrer : ses « 100 sexes d'artistes ».

 

Généralement, les artistes –  ou du moins les plus connus d'entre eux – qui exposent à la Biennale de Venise, dans la sélection officielle ou dans le « Off »,  sont sous un feu massif de projecteurs à l'ouverture de la manifestation, durant les journées de presse. Beaucoup de remue-ménages pendant une demi-semaine, avant que les visiteurs n'affluent dans la Cité des Doges durant trois mois. Les articles, les reportages radio ou de télévision paraissent ensuite, et les expositions font seules leur chemin, dans une surabondance de l'offre qui ne permet guère au visiteur d'encore se laisser surprendre.

L'artiste liégeois Jacques Charlier a adopté, lui, une technique de guérilla visuelle qui a permis, d'une part, de faire exister à Venise son exposition « 100 sexes d'artistes », rejetée dans une belle controverse qui fit même s'émouvoir l'Observatoire de la liberté de création, sous l'égide de la Ligue française des droits de l'Homme. Et d'autre part, d'éviter le surencombrement vénitien à d'éventuels voyageurs en leur proposant le même projet... ailleurs

« N'y-a-t-il plus que les images publicitaires - souvent d'une vulgarité et d'un sexisme bien plus offensant pour  le sens commun de la pudeur que la caricature humoristique d'un artiste - qui aient droit de cité dans l'espace public ? », s'interrogeait Enrico Lunghi, commissaire de l'exposition Charlier pour Venise. 

C'est ainsi qu'à la mi-juillet 2009, la Ville de Luxembourg inaugurait sur la place d'Armes l'installation d'une visionneuse permanente de « 100 sexes d'artistes ». Enrico Lunghi, qui dirige également le Musée d'art moderne Grand Duc Jean (Mudam) de Luxembourg, et son équipe, ont ainsi mis en libre accès, jour et nuit, les images de l'exposition.

Ce n'est que le dernier (et provisoire ?) avatar de cette aventure qui a conduit le projet de Charlier à circuler en Belgique (Anvers, Namur, Bruxelles) et à l'étranger, de l'Autriche à la Norvège en passant par la Lorraine... La Toile a également bien servi : images, cartes postales vidéo, postées sur le blog de l'artiste, ont renforcé l'arsenal de communication visuelle déployé par le guerillero pour passer à l'abordage.

 

Dispositif efficace pour une visibilité accrue

100 sexes charlier

Photo A. Delaunois

À Venise même, la manœuvre du flibustier n'est pas non plus passée inaperçue. Le projet en tant que tel, accepté sans histoires par la Biennale ou les autorités municipales, aurait peut-être eu du mal à exister face à la masse de propositions qui engorgent les  palazzi vénitiens. Face, aussi, à une débauche de moyens financiers qui dépassent de loin le budget raisonnable que la Communauté française avait dégagé pour l'exposition Charlier, conçue dans le cadre d'un simple affichage urbain.

 

Page : 1 2 suivante