817 fois 17 grammes de réalité : Richard Wright
Wright

Implicite ou nommé, le sujet est toujours présent, centre perceptif d’un monde étendu à ses objets et ses phénomènes :

How lonely it is:
The snowstorm has made the world
The size of my yard.


(Quelle solitude… / La neige a réduit le monde / À la taille de ma cour.)

Les poèmes que je préfère et qui me touchent le plus sont toutefois ceux où le poète pose des correspondances actives entre les objets ou les êtres (plus qu’à Baudelaire, on songe à Supervielle, à Éluard), sortant ainsi sa poétique d’une certaine contemplation pour l’orienter vers une interprétation créatrice du monde :

Tossing pine trees
Lulling a village to sleep
In the winter dusk.


(Crépuscule d’hiver — Et la berceuse des pins / endort le village.)

A cathedral bell
Dimming the river water
In the autumn dusk.

(Crépuscule d’automne ; / La cloche d’une cathédrale / Affadit les eaux.)

The snow on the bank
Stains the river water black
Under a blue sky.


(La neige sur la berge / Noircit l’eau de la rivière / Sous le bleu du ciel.)

A fleeing white fence
Is ripping the moon away
From the April clouds.


(La barrière blanche / S’enfuit, arrachant la lune / Aux nuages d’avril.)

C’est en agissant les uns sur les autres (endort, affadit, noircit, arrachant) que les éléments du réel induisent un effet poétique, mais aussi psychologique : cette poésie tout entière vouée à la vue (ni cérébrale, ni musicale) réduit dans ces moments-là la distance qui sépare l’œil et l’objet, pour faire littéralement passer le monde et son infini mouvement à travers le lecteur : l’image, l’imaginaire se font les instruments d’un transfert d’expérience. Ainsi en va-t-il de toute grande poésie, fût-elle logée dans de tout petits poèmes.
Gérald Purnelle
Juillet 2009
 
icone crayon

Gérald Purnelle enseigne les formes poétiques modernes à l'ULg. Ses recherches actuelles ont pour principal objet la métrique, l'histoire des formes poétiques et la poésie française des XIXe et XXe siècles.


 
Richard Wright, Haïku, cet autre monde, traduction de Patrick Blanche, éd. La Table Ronde (avril 2009). 

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