Après L'étrange Noël de Monsieur Jack et James et la pêche géante, le réalisateur Henri Selick nous livre une nouvelle fable animée entre rêves et réalité. C'est aussi une véritable métaphore sur les relations délicates entre le monde des adultes et celui des enfants.
Du conte pour enfants au stop-motion
Coraline est initialement un livre pour enfants de Neil Gaiman, un auteur qui s'est illustré dans des domaines aussi variés que la poésie, le cinéma, la littérature, le théâtre et la musique. Gaiman a écrit « Coraline » à partir d'histoires qu'il inventait pour sa propre fille. Publié en 2002, l'ouvrage obtient un succès phénoménal malgré la « pottermania »: il est tiré à plus d'un million d'exemplaires et traduit en 30 langues différentes.
Le réalisateur Henri Selick le découvre et se passionne pour ce conte et particulièrement pour ses voyages entre deux mondes, si proche de ses propres préoccupations. Selick donne ainsi vie aux personnages de Gaiman via des figurines élaborées et en s'inspirant des illustrateurs américains des années 60. L'animation est conçue selon la technique du stop-motion : animation en volume (avec des poupées) image par image. Selon Selick, cette technique permet d'associer du concret (les figurines et les décors) et de l'imaginaire. Le résultat est splendide. Coraline est visuellement très réussi. L'esthétique rend à merveille l'opposition de deux univers, le réel et l'imaginaire, tout en les interférant comme le perçoit l'héroïne du film. En outre, le film s'illustre par ses atmosphères inquiétantes et fantastiques, ses moments de suspense et ses multiples rebondissements.
Le quotidien désespérant et le rêve salvateur ?
Comme ses premiers opus le montrent, Selick adore les univers magiques et merveilleux où le bénéfique et le maléfique se côtoient sans cesse. C'est encore le cas avec Coraline mais cette fois-ci, Selick ancre pleinement son film dans le quotidien, si éloigné des rêves de l'enfance.
Coraline, jeune fille fraîchement débarquée dans la résidence rose, un vieux manoir qui craque de partout, fait face à un monde terriblement normal, saturé d'ennui et de gris dans lequel elle ne se trouve pas. Elle tente en vain de se démarquer et d'attirer l'attention de ses parents ringards et submergés de travail. La jeune héroïne est malheureuse mais tout change avec l'apparition d'une mystérieuse porte dans le mur de son salon. À l'instar de la jeune Alice de l'oeuvre de Lewis Caroll, Coraline passe de l'autre côté du miroir et logiquement y trouve un univers identique (maison, parents et autres personnages) mais inversé. Le gris désespérant de son quotidien laisse place à un arc-en-ciel de possibilités et de plaisirs dans ce monde idéal où rien n'est contraignant... à première vue du moins. Car le rêve peut vite prendre la forme du cauchemar et de l'horreur. Les nouvelles versions des parents prennent rapidement un air inquiétant et vampirique. De cette manière, le conte encourage les enfants à se méfier des paradis artificiels et à plutôt tenter soi-même d'améliorer son quotidien, d'y apporter sa propre magie.
Une fable sur l'éducation
Coraline est aussi une fable métaphorique ayant pour thème l'éducation, dans la même veine que Charlie et la chocolaterie de Tim Burton (qui a écrit le scénario du premier film de Selick). Dans notre monde actuel, les enfants sont l'objet soit de séduction marchande et négociation permanente, soit de coercition. Le monde rêvé qui attire irrésistiblement Coraline ressemble étrangement à une publicité. Ce lieu propose une nouvelle vie idéale où disparaissent toutes les restrictions et les obligations de toutes sortes. La satisfaction des moindres désirs de l'enfant-roi semble être l'unique loi en vigueur. Tous les moyens sont employés pour séduire Coraline : music-hall, cirque et jardin enchanteur. Et finalement, tout comme la publicité, le monde magique tente d'engloutir Coraline... C'est derrière la tentation et les plaisirs faciles que se cache le monstre, celui qui nous veut du mal. À l'inverse, les vrais parents de Coraline paraissent plus autoritaires a priori mais toujours pour le bien de leur fille. Elle s'en rendra vite compte. Coraline est donc bien une métaphore des relations parfois loin d'être simples entre l'univers des enfants et celui des parents.
Sylvain Bayet
Juin 2009
Sylvain Bayet est étudiant en 2e Master en Arts du spectacle à finalité didactique.

