Bakary Djaby : « La solution est propre à l’Afrique »
Originaire du Burkina-Faso, Bakary Djaby, assistant au Département des Sciences et Gestion de l’Environnement de l’Université de Liège, est spécialisé dans la sécurité alimentaire au niveau de la prévision des rendements agricoles. Il a travaillé dix ans au Comité Inter-État de Lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) sur la sécurité alimentaire.
Entre la famine au Biafra dans les années 1960 et l’actuelle dans la corne de l’Afrique, les choses ont-elles changé ?
Aujourd’hui, les décideurs, les ONG sont davantage au courant des événements. Les instruments sont plus précis, on arrive à mobiliser plus vite les fonds et les moyens en cas d’urgence. Mais si la question de la famine est prioritaire pour certains organismes, telle la FAO, elle ne l’est pas dans le monde actuel. Pour deux raisons principales : les États donateurs sont dans leur majorité confrontés à de sérieux problèmes économiques et ces régions sont parfois difficilement accessibles et comportent un danger potentiel.
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Quelles sont les causes de ces famines ?
Le premier facteur est climatique. Dans tous les pays où sévit la famine, qui sont essentiellement agricoles et où les sols sont souvent pauvres, on assiste à une plus grande variabilité de la saison des pluies depuis quarante ans. Une deuxième cause est politique. Elle à la fois endogène et liée à ce qui a été fait dans le cadre d’anciens programmes d’ajustements structurels et d’orientation agricole menés par la Banque mondiale qui a reconnu l’an dernier ses erreurs. Un troisième problème est une démographie galopante non maîtrisée complètement en inadéquation avec la production agricole de ces pays. À côté de ces facteurs structurels, nous en avons des conjoncturels. Les guerres ethniques ou économiques, liées par exemple à la présence de minerais ou de pétrole comme dans certaines zones de l’Afrique de l’Ouest, empêchent la culture des terres.
Dans son livre, Jean Ziegler met en accusation l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale ainsi que des trusts agroalimentaires. Vous êtes d’accord ?
Il a tendance à trop culpabiliser le Nord en l’accusant d’être la première source des problèmes qui se posent dans les pays africains. Cela me gêne un peu car je ne pense pas que ça aide l’Afrique à se développer. Il faut qu’il comprenne que certains problèmes sont liés aux Africains eux-mêmes et que c’est à eux de trouver les réponses. La solution ne se trouve pas dans la critique et la remise en cause de ces organismes mais elle est propre à l’Afrique. Comment modifier l’agriculture africaine afin qu’elle produise pour ses populations tout en arrivant à être présente sur les marchés internationaux ? Je ne crois pas que l’on pourra arrêter ce cycle mondial des échanges commerciaux. Récemment, un de mes étudiants nigériens remarquait par exemple qu’en 1985, avec l’appui des ONG, les pays africains avaient pu arrêter l’importation de volailles ou de viande d’Amérique du Sud alors qu’aujourd’hui on en trouve provenant d’Europe. La faute à l’OMC et à la BM qui ont imposé à ces pays l’ouverture de leurs marchés. En conséquence de quoi, les petits éleveurs ne peuvent plus vendre leur propre production. De même pour le riz. Mais l’Afrique peut-elle continuer indéfiniment à fermer ses marchés ? C’est une question.
Quel type d’aide au développement les pays occidentaux pourraient-ils mettre en place ?
Sur le plan agricole, il faut prendre des mesures pour empêcher, par exemple, l’accaparement des terres par les États ou les grosses entreprises sinon, dans quelques années, les petits paysans n’en n’auront plus. Il faut aussi mettre en œuvre une aide pour développer l’agriculture. Que ce soit en Afrique de l’Ouest ou de l’Est, les moyens agricoles n’ont pas changé depuis les indépendances. Ne faudrait-il pas les moderniser afin d’améliorer la production, notamment par l’utilisation de la force animale ? Et enfin, ne pourrait-on pas défendre, aux Nations Unies, le droit des pays à bénéficier des richesses qu’ils produisent et prendre des mesures contre les dirigeants qui les gèrent mal ou à leur seul profit ? Si les richesses sont orientées vers une amélioration de la production agricole, cela accroîtra le bien-être des populations.
Êtes-vous optimiste ?
Oui car j’ai vu de grandes évolutions dans la prise de conscience des gens. Dans les forums, les paysans africains défendent leur propre cause et tentent d’agir au niveau local. C’est une grande évolution. En Europe aussi, les gens sont plus conscients de ce qui se passe, en matière de consommation par exemple.
Michel Paquot
Mars 2012
Michel Paquot est journaliste indépendant.
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