Le lundi 9 mai 2011 à 18h30, Georges Didi-Huberman a donné une conférence publique à l'Université de Liège (salle du TURLg). L'invitation avait été lancée par le collectif de jeunes chercheurs en sciences humaines INTERSECTION dans le cadre du colloque « Images fixes / Images en mouvement ».
Georges Didi-Huberman est né en 1953. Philosophe et historien de l'art, il enseigne actuellement à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris. Avec plus d'une trentaine de livres publiés depuis 1982, il est aujourd'hui l'un des théoriciens les plus actifs dans le paysage contemporain des recherches sur l'image. La conférence proposée à Liège concernait le « musée imaginaire » de Malraux. Elle s'inscrit dans le sillage des recherches menées par Didi-Huberman sur l'atlas d'images Mnemosyne de l'historien de l'art Aby Warburg (1866-1929).
Thème du colloque : Images fixes - Images en mouvement
Dans le domaine de la théorie de l'image (que celle-ci soit matérielle, imaginaire, animée, littéraire, onirique,..), il apparaît que la réflexion la plus actuelle porte volontiers sur le lien de l'image au mouvement. D'un point de vue philosophique, l'analyse deleuzienne de l'œuvre de Bergson a ouvert le champ à toute une série de lectures renouvelées des arts visuels. Et depuis quelques décennies, les théoriciens de l'image attribuent à la question du mouvement une attention méritée. Pas d'esthétique sans « esthésique », affirme Didi-Huberman – montrant par ailleurs que cette préoccupation nouvelle ne reflète pas un changement propre à notre culture contemporaine. De tous temps, l'image n'a cessé de vouloir créer ou recréer du mouvement. Beaucoup d'images fonctionnent sur le mode de la série, tirant leur sens de la constellation qu'elles forment avec d'autres images. Aussi, le cinéma s'est-il naturellement constitué en paradigme de l'image en mouvement. Mais les processus de « montage » appartiennent-ils pour autant au seul medium cinématographique ? Sans vouloir attribuer définitivement le caractère « fixe » ou « mouvant » à l'image, il nous importera ici de proposer un modèle nuancé, capable de décrire concrètement la « rythmique » inhérente aux objets du champ visuel. Depuis les domaines de recherche variés qui nous occupent, et en repartant des cas concrets et particuliers qui attisent notre curiosité, on essaiera d'apporter notre contribution à une science culturelle transdisciplinaire de l'image, convaincus que seule une vision transversale des médias permettra de saisir l'image dans sa complexité.
Face au problème du rapport de l'image au mouvement, et face à l'ambiguïté qu'il soulève, ne doit-on pas inventer de nouveaux concepts ? On pourra parler d'une « immobilité vive » de l'image, d'une « alternance rythmique », d'un « mouvement arrêté » ou encore d'une « dynamique de l'intervalle ». On repensera à la métaphore du papillon qui, à raison d'une parenté étymologique, convient si bien à l'image (Imago). Barthes disait de l'image photographique qu'elle est fixe comme un papillon épinglé, empêché de voler et mis sous verre. De son côté, Didi-Huberman rappelait d'Aby Warburg que dans sa folie il parlait aux papillons – car précisément il avait compris que l'image est volatile, mouvante. Peut-être doit-on la laisser être à la fois fixe et mouvante – et tenter de saisir au mieux les solutions rythmiques qui sont les siennes.
Voir la vidéo de la conférence sur le site ULg-TV :

