Vingt ans après le film Les liaisons dangereuses, le trio Pfeiffer - Frears - Hampton nous fait redécouvrir un classique de la littérature française : Chéri, écrit par la célèbre romancière Colette en 1920. Cette adaptation cinématographique nous démontre qu'en amour l'âge ne compte pas, mais jusqu'à un certain point seulement...
Dans les années 1910, Léa de Lonval, une courtisane d'une cinquantaine d'années, interprétée par Michelle Pfeiffer, devient la maîtresse de Chéri (Rupert Friend), fils d'une ancienne rivale, interprétée par une Kathy Bates aussi amusante qu'insupportable. Film historique, Chéri dépeint la liaison entre une courtisane, figure emblématique du siècle dernier, et un jeune homme. Une relation de 6 ans ne peut que laisser des traces. Tous deux ignorent qu'ils sont amoureux, jusqu'à ce que la réalité les rattrape. Une courtisane, dont le maître-mot est de ne pas aimer, avec un homme de 19 ans, promis à un mariage prochain. Cet amour ne peut durer éternellement...
Les courtisanes, célèbres mais méconnues
Aujourd'hui disparues, ou en tout cas non-mentionnées, les courtisanes étaient très en vogue dans le Paris de la fin du XIXe, cette période faste juste avant la crise. Ces jeunes dames vivaient en cercle fermé, ne pouvant se faire d'amies qu'au sein de leur univers. Nul autre ne les comprenait. Célèbres à travers le monde pour leur beauté, leur esprit, leur conversation et leur savoir-faire, ces demi-mondaines étaient au centre de la vie sociale et politique de Paris, divertissant les hommes les plus puissants.
Frange de la société qui avait amassé une richesse spectaculaire, elles étaient solitaires mais avaient une vie confortable. Belles, riches, cultivées avec une sexualité digne de « l'après-Mai 68 », les courtisanes possédaient des traits très modernes, finalement. Incomprises à l'époque, elles sont pourtant aujourd'hui reconnues pour avoir été émancipées avant l'heure.
Comme une femme moderne, elles dépensaient sans compter et sans se préoccuper de l'avenir. Elles ne pensaient pas qu'une crise financière pourrait mettre un terme à cette société de consommation qui se faisait jour. Seules comptaient la richesse et l'apparence. Mais de telles beautés ne peuvent que revêtir une part de tragédie.
Personne d'autre que Michelle Pfeiffer, dans l'esprit de Stephen Frears, n'aurait pu mieux convenir pour le rôle de Léa de Lonval, une des courtisanes les plus courues de l'époque. Elle est à la fois troublante et bouleversante, comme elle le lui prouva en 1988 lors des Liaisons dangereuses. Ce film, qui lui valut une entrée à Hollywood, sera récompensé par l'Oscar du meilleur réalisateur.
Après avoir fait des études de Droit à Cambridge, Frears devient assistant metteur en scène à Londres avant de signer son premier long-métrage en 1971, à l'âge de 30 ans. Il dirigera à l'écran quelques-uns des plus grands : Daniel Day-Lewis (dans My beautiful Laundrette en 1971), Gary Oldman (dans Prick up your ears en 1987), Michelle Pfeiffer, John Malkovitch et Glenn Close (dans Liaisons dangereuses en 1988), John Cusack (dans Les arnaqueurs en 1990), Dustin Hoffman et Andy Garcia (dans Héros malgré lui en 1992), ou encore Penelope Cruz et Patricia Arquette (dans Hi-Lo Country en 1998).
Mais sa préférée, c'est Michelle Pfeiffer. La comédienne sait faire preuve de beaucoup d'imagination et le montre dans ce film. Car il est évident qu'elle ne sait rien de la beauté qui s'étiole. Toujours fraîche et superbe, elle est sensationnelle dans le rôle de la séductrice qui approche de son déclin. Léa vit dans le luxe et la volupté. Elle semble ne pas penser au lendemain. Mais ce que nous rappelle le film, c'est que le temps passe. Et ces personnages, qui ont tout misé sur leur apparence, le superflu et l'éphémère, souffrent plus que les autres. Rattrapée par le temps qui passe, abandonnée par l'amour de sa vie, l'ancienne courtisane tente de sauver les apparences.
Histoire tragique avec un ton léger et ironique : tel est le secret de Colette. La romancière raconte tout en plaisantant. Elle nous décrit un monde beau et heureux, des femmes habillées avec goût et élégance, alors que le message qu'elle tente de nous transmettre est digne d'une tragédie. Colette, ingénieuse, parvient à lier humour et mélancolie.
Heureusement pour la romancière, Stephen Frears a extraordinairement réussi à transposer cet univers, avec de magnifiques décors intérieurs, des costumes que les personnages ne portent jamais deux fois, l'irréprochable reconstitution de Biarritz, de Paris à la Belle Epoque, ainsi que du Café Restaurant « Maxim's ». Comme l'a fait Colette en 1920, Stephen Frears nous rend attachants un jeune dandy décadent et une vieille fille qui consomme avec lui son seul et unique amour.
Valérie Bury
Mai 2009
Valérie Bury est étudiante de 1er Master en Information et Communication, à finalité journalisme.
En salle au cinéma Sauvenière
La carte d'identité de Chéri :
Réalisateur : Stephen Frears
Scénario : Christopher Hampton, d'après le roman éponyme de Colette
Interprétation : Michelle Pfeiffer, Rupert Friend, Kathy Bates, ...
Durée : 1h30
Producteur : Thom Mount, Tracey Seaward, Bill Kenwright
Société de production : Miramax Films, Pathé

