J'ai moi-même travaillé avec René Hainaux pendant presque vingt ans au sein de la bibliothèque théâtrale qu'il avait fondée à Liège pour le Centre de Recherches et de Formation Théâtrale en Wallonie devenu depuis Théâtre & Publics. Un de mes premiers travaux conduits sous sa direction fut de rédiger la notice catalographique des nombreux ouvrages qui passaient entre ses mains. Un peu en hommage à toutes ces années de riche collaboration, faite de rigueur et de découvertes, il me plaît d'ouvrir le compte rendu de ce livre en en rédigeant à la façon « Hainaux » la notice catalographique. Voici ce que j'aurais écrit alors :
ANCION Laurent - PONTHIER Françoise (Dir.) - CHEVALIER Alain (Coll.), René Hainaux, jouer, enseigner, chercher. Carnières/Morlanwelz (B.), Lansman Editeur, 2011, 27 x 21 cm, co., 193 ill., 256 p., ISBN 978-2-87282-806-7, EUR 32,00.
Peu de choses, mais la forme particulière de cette notice est déjà tout un programme en soi ou : comment suivre les règles universelles (en l'occurrence ici, celle de l'ISBD) tout en s'en démarquant pour des raisons pratiques (avec, notamment, l'ajout de quelques informations inhabituelles, telles que la deuxième dimension de l'ouvrage ou le nombre d'illustrations mais, qui donnent au lecteur futur une bien meilleure idée du livre) ? J'y retrouve là symboliquement la manière que René Hainaux a d'aborder tout domaine ! C'est donc en 256 pages abondamment illustrées que le lecteur découvrira, sous la plume rigoureuse de Laurent Ancion, la vie foisonnante de ce « chevalier du théâtre » comme le qualifie le critique et historien du théâtre, Paul-Louis Mignon, dans un courrier qu'il nous a adressé à propos de notre publication.
« Jouer, enseigner, chercher », car René Hainaux fut tour à tour, acteur, professeur à l'INSAS et au Conservatoire Royal de Liège et chercheur de théâtre. Avec ces trois casquettes, il a marqué de longues générations de spectateurs, d'étudiants et de comédiens. Beaucoup d'entre eux – Jacques Delcuvellerie, Jacques De Decker, Anne-Marie Loop, Claude Fafchamps, Armand Delcampe, Isabelle Wéry, Marc Liebens,... – ont été directement interviewés par les auteurs et leurs témoignages précieux parsèment l'ouvrage de bout en bout faisant de celui-ci un « livre de Vie » ainsi que le projetait dès le départ la directrice de la publication, Françoise Ponthier. Mais, au travers de cette biographie singulière, c'est aussi à un demi-siècle d'histoire que cet ouvrage invite, que ce soit l'histoire du théâtre belge ou celle de l'évolution de la formation de l'acteur de par le monde.
Pour terminer, si l'on y apprend que René Hainaux, né en 1918, découvrit sa vocation théâtrale dès 1934 à l'Athénée de Verviers puis au Conservatoire de cette même ville, il nous plaît aussi d'y épingler les activités qu'il déploya ensuite en notre Alma Mater : élève de Servais Étienne, licencié en Philologie Romane après avoir consacré son mémoire à Fernand Crommelynck, il fut aussi le directeur du Groupe Théâtral de l'Université ainsi que le rédacteur en chef de la revue mensuelle libérale, « L'Essai » : une préfiguration de ce que sera sa carrière future dédiée tant à l'art théâtral qu'à la communication et à l'information sur celui-ci. Il reviendra en nos murs quelque 40 ans plus tard, lorsqu'en 1972, il participera, pour ce qui est des cours de théâtre, à la création de la toute nouvelle licence en Arts et Techniques de la Parole, mieux connue alors sous son surnom de « Huitième Section », et ce, aux côtés des Jacques Dubois, Jean-Marie Piemme, Michèle Fabien et autres Robert Germay.
Bref, « René Hainaux : une énigme de vitalité, d'envie et de désir qui aura emmené plusieurs générations à sa suite, lesquelles savent ce qu'elles doivent à un maître qui n'a jamais voulu en porter le nom – une énigme que ce livre se propose d'explorer, pour garder la mémoire d'une vie hors du commun » (extrait du 4e de couverture).
photo © Danièle PierreAlain Chevalier
Juillet 2011
Alain Chevalier est Directeur du TURLg et Maître de conférence au Département des Arts et Sciences de la Communication. Il prépare également une thèse de doctorat sur l'histoire des instituts supérieurs de formation de l'acteur en Belgique francophone.

