Pina 3D
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Depuis le perfectionnement et la propagation récente de la 3D, on attendait patiemment qu'un grand cinéaste s'empare de la technique pour poser de nouvelles questions de cinéma – des questions qui s'écartent de la simple dimension de la technicité censée provoquer un effet d'immersion visuelle ou de surgissement brusque. Avec Pina, Wim Wenders ouvre le débat esthétique, interrogeant la stéréoscopie en visitant un monde qui peut sembler très loin du problème de la 3D, mais qui pourtant s'y prête à merveille : le cube scénique, celui de Pina Bausch en l'occurrence, grande chorégraphe décédée le 30 juin 2009.

Pina est présenté comme un documentaire, mais l'on se rend très vite compte que le film ne se développe pas en termes de fiction ou de documentaire ; il se situe à un autre niveau, plastique principalement, où la fiction est produite par ce nouveau regard, celui du spectateur qui, lunettes sur le nez, décide de jouer le jeu et de conduire son regard dans l'image et sa profondeur. Même si Wenders rythme son film d'entretiens qui gravitent autour de Pina Bausch, son travail tente surtout d'interpréter l'univers de la chorégraphe, et d'établir par là une nouvelle relation entre le cinéma et la danse, entre l'enregistré et le vivant, et dans le cas précis de la 3D, entre la surface et la profondeur, entre l'écran et la scène. En montant sur scène, la caméra binocle devient interprète, littéralement, c'est-à-dire qu'elle interprète, par ses mouvements et son intrusion, un monde construit initialement pour être vu de loin, derrière le mur virtuel de la scène.

 

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Plusieurs films ont été réalisés sur Pina Bausch et son travail : en 1983, Chantal Akerman réalisait Un jour, Pina m'a demandé, en 2008, Anne Linsel et Rainer Hoffman accompagnaient la chorégraphe dans la préparation de son spectacle Kontakthof, afin de réaliser leur documentaire Les rêves dansants. Sur les pas de Pina Bausch (sorti en 2010). La fascination de certains documentaristes pour la danse est assez frappante. Frederick Wiseman le démontrait longuement, il y a peu, avec La Danse. Le Ballet de l'Opéra de Paris, documentaire monumental, posé, qui observait avec patience et attention les moindres gestes de l'institution parisienne. Apparaît dans ces films de danse, et notamment chez Wiseman et Wenders, une sorte de perte des mots face au geste chorégraphié, comme si, laissés sans voix devant le spectacle vivant, ces grands cinéastes mettaient momentanément de côté leur engagement esthétique et social pour donner à voir des images, certes soignées et intelligentes, mais qui semblent vouloir rester sur scène, sautiller et s'évader derrière les traces laissées par les corps.

Si dès lors la force plastique de la danse s'impose comme une exception dans la démarche documentaire, on peut comprendre que Wenders puisse se contenter d'étudier visuellement et cinématographiquement le geste chorégraphique et les particules scéniques, s'intéressant principalement à accompagner les pas de la chorégraphie. On découvre alors cette étonnante capacité du cinéma 3D à détacher les figures (au sens de « corps », mais également de « mouvements chorégraphiés »), avec cette liberté, probablement propre à Wenders, de laisser le spectateur se focaliser sur ce qu'il désire et donc d'éviter d'intensifier les effets de surgissement. Pina, au lieu de faire sursauter le spectateur et provoquer son recul, parvient plutôt à le capturer, l'attirer vers l'écran et le faire monter sur scène – scène qui peut au cinéma être également une plage ou un jardin. Au fur et à mesure que le film avance, la 3D comme effet s'estompe pour laisser place à un nouveau type de regard : le regard voyageur, danseur, errant dans l'épaisseur virtuelle de l'image. Wenders joue alors, à travers la danse, avec la matérialité du cinéma, rappelant combien danse et cinéma peuvent partager une même réflexion sur la corporéité.
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Le cinéaste interroge donc constamment la troisième dimension ; et c'est là que tout devient question de cinéma : comment réinventer la relation entre la figure et le fond, entre la figure et les autres figures, entre la figure et la caméra, entre la figure et le cadre ? Pour répondre à ces questions, le cinéaste fait de l'espace un véritable lieu performatif : progressivement, les lieux se dévoilent, les limites se franchissent et les corps tracent la profondeur de leur territoire. Wenders semble alors soucieux de réfléchir le dispositif cinématographique, et en particulier l'écran, mis intelligemment en abyme lorsque sont intégrés dans le film des spectateurs 3D, assis aux premiers rangs, qui regardent un autre écran sur lequel sont projetées des images plates. Plates mais pourtant très profondes, puisqu'il s'agit d'archives sur la chorégraphe.

Abdelhamid Mahfoud
Mai 2011

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Abdelhamid Mahfoud commence une recherche doctorale en section Cinéma.


 

Pina 3D
Un film de Wim Wenders, Allemagne, 2011, 1h43
Avec Regina Advento, Malou Airaudo, Ruth Amarante
À l'affiche du cinéma Sauvenière, en 3D, à partir du 4 mai 2011