Festival International de Théâtre Action

Un Festival International de Théâtre Action en octobre 2010 : ça interpelle ?

Entre le 14 octobre et le 23 octobre, le Théâtre-Action sera en Festival, avec comme thème « Est-ce ainsi que les hommes (sur)vivent ? ».  Les spectacles, résolument revendicatifs, interrogent la société et son fonctionnement. Une invitation à participer au changement social.

 

Petit détour...

Le volet « Théâtre-Action » en Communauté française de Belgique (CFB) comprend 17 compagnies subventionnées. Il représente au sein de notre CFB, une forme particulière du théâtre professionnel. Ainsi, le théâtre-action est inclus dans le domaine « Art dramatique » de nos Arts de la scène. Il ne fait donc pas l'objet d'un décret spécifique comme le Théâtre pour l'Enfance et la Jeunesse.  

Dès lors, en quoi ces compagnies font-elles un travail spécifique ? La spécificité de ce Mouvement  – parce que s'ils sont 17 à être subventionnés, en réalité, ils sont 20 à faire partie d'un Mouvement – consiste à développer, « avec des personnes socialement ou culturellement défavorisées, des pratiques théâtrales visant à renforcer leurs moyens d'expression, leur capacité de création et leur implication active dans les débats de la société » et à produire et diffuser ces créations théâtrales qui constituent l'« expression collective de ces personnes »1.

Historiquement, le théâtre-action s'est développé dans les années de crise, à la fin des années 70. Les usines ferment et des artistes veulent s'associer aux luttes. Des comédiens se mettent progressivement au service des ouvriers, côtoient de près les syndicats, entrent dans des comités de quartiers... Un réseau se constitue. Un mouvement d'idées et de révoltes rassemblent des gens. L'air de 1968 flotte encore, on rêve de « démocratie culturelle », on parle d' « éducation permanente »... 1989 n'est pas encore survenu : deux modèles de société coexistent toujours et s'affrontent. L'utopie fait partie du quotidien, d'un côté du Mur comme de l'autre...  

Mais aujourd'hui, qu'apporte un théâtre de ce type alors qu'on parle de « militantisme post-it2 », que la chute du Mur a marqué la fin des « grands récits » ? Le théâtre-action n'est-il pas mort ? Certains l'annonçaient déjà en 1987, dans le périodique du Théâtre de la Communauté3 (compagnie sérésienne).  Jacques Deck4 écrivait : « le Théâtre-Action en tant que tel est appelé à disparaître à court et à moyen terme ». Le théâtre-action qui serait voué, selon lui, à intégrer le théâtre « traditionnel », de la même manière que « tous les grands partis traditionnels ont pris à leur compte ce qu'avait comme projets le mouvement écologique [...] » (Périodique du Théâtre de la Communauté, N°48, avril 87).

Aujourd'hui un festival !

montage

Pourtant, aujourd'hui, en octobre 2010, nous nous préparons à assister à un Festival International de Théâtre Action...  Quelle image du théâtre-action entend porter ce festival ? Est-on en droit de parler d'un théâtre en voie de disparition ou en voie de reconversion ? Le théâtre-action est-il toujours bien assis sur ses principes d'origine ? Quels éléments nouveaux apporte-t-il aujourd'hui ?

Lorsque nous interrogeons la directrice du Centre de Théâtre Action (CTA), la réponse est quelque peu nuancée : reconversion en partie et défenses des fondamentaux !

« Oui, la 13e édition du festival comporte un enjeu de renouveau. Après 18 ans de Festival décentralisé et 9 éditions  – puisque le Festival se tient un an sur deux et que les 3 premières éditions étaient centralisées à Bruxelles, au Botanique –, il y avait de la part des compagnies et des partenaires une demande de formes nouvelles. La grande nouveauté dans cette édition, c'est qu'on centralise tout autour d'une ville, en l'occurrence Liège. Un des berceaux du théâtre-action où l'on dénombre aujourd'hui quatre compagnies ».

Dans le discours de la directrice du CTA, le thème du renouveau est bien là,  « aller plus loin », « remettre tout à plat », « restructurer » sont des termes employés... On dirait que plane comme un désir de lifting pour le théâtre-action...Mais quelle allure prend-il 

Le Festival  pose la question suivante : « Est-ce ainsi que les hommes (sur)vivent ? ». Au niveau politique, ça ne manque pas de toupet ! Est-ce pessimiste ou réaliste ? Teresa Di Prima, conceptrice et coordinatrice du Festival, nous explique  : « Aujourd'hui, alors que la logique marchande triomphe, il nous paraît essentiel de se rassembler autour de ce qui nous porte et fait sens. En plaçant au centre de la place publique une parole collective internationale, en soutenant ceux qui sont en colère ou qui meurent quotidiennement sous la terreur ou la menace d'être privé du minimum vital, le festival renoue avec les origines du théâtre-action, son essence depuis sa création dans les années 70, celle d'exprimer, à travers l'acte théâtral, une réalité sociale cynique, violente et inacceptable. »

Le Festival se veut impertinent pour scruter la crise par l'autre bout de la lorgnette. Et pour ce faire, tous les moyens sont bons... Autant démultiplier le regard.

Katty Masciarelli nous dit : « On a voulu être plus pointu sur les valorisations des différents aspects du théâtre-action. Ainsi, dans l'itinérance au sein d'une ville et de ses quartiers, cette édition veut montrer comment se pratique aujourd'hui le théâtre-action, sous ses formes diverses. On assistera à des ateliers participatifs, du spectacle de rue, des brigades d'intervention poétique, de la murga, un travail vidéo sur l'activation des chômeurs, etc. Des spectacles auront lieu dans des théâtres mais aussi auprès des partenaires associatifs. »

Tout un programme, d'ailleurs disponible sur le site du Centre du Théâtre Action : http://www.theatre-action.be

 



 
1 Extrait des missions particulières des compagnies de théâtre-action, contenues dans chaque convention entre le ministère et les compagnies.
2 Terme emprunté à Jacques Ion.
3 Numéro d'Avril 1987
4 fondateur, parmi d'autres, du Théâtre de la Communauté et alors directeur du Théâtre de la Place

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