Partout des partenaires ! Partout du collectif !
Plus que jamais : tisser, fédérer, unir et réunir...
La multiplication des formes entend une démultiplication des forces. Comme hier, le théâtre-action d'aujourd'hui veut sensibiliser, conscientiser et faire participer à la vie citoyenne. Or, il ne suffit plus de s'adresser, dans un café syndical, à une assemblée de personnes. Combien seront-ils encore là-bas ? La diffraction des collectifs nécessitent d'élargir la palette d'actions. Tout un chacun sera interpellé...ici et là :
Dans la rue, place Saint-Paul, pour un « marché aux esclaves »5 ; pendant le marché de la Batte6 pour une « roue des mots » ; sur une brocante à Saint-Pholien7 pour un « forum internet de rue » et des « porteurs de parole » ; sur l'esplanade Saint-Léonard8 pour un spectacle français de la Compagnie La Tribouille (photo). Mais aussi dans des lieux divers bien connus des Liégeois et Liégeoises qui tissent, dans cette ville, un tissu associatif dense : à la Caserne Fonck, à la Tchicass, au CPCR, au Vol(e) au-dessus, au Théâtre du Quai, à La Courte échelle, au TURLg, à la Haute école de la Province de Liège, dans l'Auberge de Jeunesse Simenon, au Tipi, au Théâtre Le Moderne. Et on en oublie, des débats, des ateliers, etc.
Le FITA comme jamais (et comme toujours) entend fédérer. Fédérer l'action des compagnies entre elles en CFB mais aussi à travers le monde. Fédérer l'action du public, des gens, en suscitant des rencontres, des débats. Fédérer l'action des partenaires associatifs. En bref, mettre ensemble pour changer la routine du ‘chacun pour soi', ‘chacun dans son coin'. En ce sens, l'ambition est sociale et politique, avec la thématique « Est-ce ainsi que les hommes (sur)vivent ? », il s'agit de dénoncer des processus de marginalisation et de culpabilisation. Les spectacles sont résolument revendicatifs. Mais Katty Masciarelli précise : « On ne martèle pas des slogans. Ce qu'on veut, c'est questionner le fonctionnement, décoder le monde autrement ». Contre une atomisation du monde et des hommes, c'est une invitation à une aventure collective qui est lancée.
Dans ce projet, le public (nous ?) est mobilisé et interpellé dans l'exercice de sa citoyenneté. Que ceux qui veulent se poser des questions prennent leur agenda pour y inscrire les moments forts de ce festival. Nos oreilles et nos yeux iront alors à la découverte d'un « autre parler » où ce sont des Maliens qui parlent des relations nord/sud, où ce sont des Travailleurs Sans Emploi qui évoquent le chômage... Dans l'agenda, plus question d'inscrire la date du Grand Soir mais les soirs où un contexte favorable à la mise en commun et à la rencontre est proposé... Le caractère contemporain du festival et du théâtre-action ne serait-il pas d'offrir des « conditions de possibilités » à une action collective ? De continuer à raconter des histoires d'aujourd'hui pour un monde de demain ? Faut-il réinventer la poudre quand percolent les plaintes et qu'un outil peut s'en faire l'écho : le théâtre-action ?
Alors que les soirs d'un quotidien de crise n'en finissent pas de mourir, le festival nous propose qu'ils ne soient pas tous moroses... C'est peut-être là que persiste la poésie ? Une ambition d'origine est actualisée dans un travail de veille collective ? Où l'on s'interrogera aussi sur l'identité du mourant : La Démocratie ? Le Progrès ? L'Emploi ? La Solidarité ? Le Syndicat ?
D'une crise à l'autre, on pourrait bien voir un théâtre-action en lien concret avec ses sources : mettre à profit l'énergie, la créativité et le dynamisme de chacun, dans une démarche égalitariste, pour participer au changement social. Ce « work in progress » nécessite bien un festival ! À bon entendeur....
Rachel Brahy
Septembre 2010
Rachel Brahy est sociologue et actuellement assistante à l'Institut des Sciences Humaines et Sociales. Elle prépare une thèse en sciences politiques et sociales sur le théâtre d'intervention.
5 le 21 octobre à 12H30 6 le dimanche 17 octobre à 10H30 7 le vendredi 22 octobre 8 le vendredi 15 octobre
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