Actuellement, l'utilisation du « web 2.0 » dans les musées pose question. Cette évolution d'internet transforme les utilisateurs en producteurs d'information, tandis que les sites internet ne fournissent plus qu'une coquille pour recevoir leurs textes et images. La création d'interfaces sur différents sites tels que google, facebook, youtube, flickr, wikipédia et bien d'autres, la mise en ligne d'images et de vidéos d'œuvres proposées dans leurs établissements, mais aussi la possibilité pour les usagers de s'exprimer, seraient les piliers de ce nouveau concept. Ce web participatif permettrait aux différents musées de promouvoir leurs images de marque et de créer une relation plus riche et dynamique avec de futurs visiteurs.
Du Web 1.0 au Web 2.0...

Constitué de pages statiques et rarement mises à jour, le temps du web traditionnel (web 1.0) est révolu. Depuis 2007, le Web 2.0 s'impose. Bien que le musée semble, pour beaucoup, un monde immuable, le web 2.0 et les médias sociaux commencent petit à petit à s'y développer... À l'heure où écrire, commenter, copier-coller, publier, partager ou échanger des photos, vidéos et liens deviennent choses courantes, les managers décident d'utiliser ces usages et techniques pour promouvoir l'image de leurs entreprises.
André Gob, muséologue à l'ULg confirme : « Cela pourrait représenter un caractère plus interactif entre les musées et les utilisateurs et éviter que ce soit le musée qui parle et les utilisateurs qui écoutent, en caricaturant un peu. » Les usagers ont, à présent, leur mot à dire ! Cette gigantesque conversation en ligne représente donc une nouvelle forme de bouche à oreille...
Une évolution avantageuse ?
Les avantages seraient d'atteindre des millions de consommateurs, d'apprendre quelle image un musée renvoie, d'accroître la visibilité d'une exposition et, bien sûr, d'aider les consommateurs à préparer leur visite grâce aux informations disponibles sur les différents sites muséaux de type web 2.0.
Mais l'utilisation des médias sociaux peut se révéler une arme à double tranchant, tantôt bénéfique pour redorer l'image de son entreprise, tantôt désavantageuse quant à l'impact que peut avoir un commentaire négatif laissé par un usager mécontent. Le risque encouru pour avoir laissé un tel pouvoir aux utilisateurs peut mener une entreprise jusqu'à la faillite ou détruire totalement une renommée acquise petit à petit au fil des années.
Vers des musées désaffectés ?
Les conservateurs craignent encore que le public se contente d'une visite virtuelle des musées sur ces sites, plutôt que de se déplacer pour une visite réelle... « Je refuse qu'on utilise l'appellation musée virtuel pour ces sites web. Je ne pense pas que cela risque de remplacer jamais le musée, de la même façon que les livres d'art ne remplaceront jamais une visite. Les vraies choses, seuls les musées peuvent les offrir. Le web n'est qu'un substitut ! ».
Pas de véritable concurrence, donc, selon André Gob : « Fondamentalement, un musée permet une relation à l'objet, des éléments matériels pour la plupart, ou non matériels tels que des témoignages. Les médias sociaux passent à côté de cette particularité... Le rapport à l'objet authentique reste, avant tout, l'apanage du musée ».
« Suivez l'IPhone guide ! »
Dans le même ordre d'idée, l'apparition de l'application IPhone laisse certains sceptiques. Très en vogue actuellement, celle-ci permet aux visiteurs grâce à un simple geste d'acquérir des informations sur les objets ou sites muséaux qui les intéressent. En effet, il suffit de viser l'œuvre concernée pour voir apparaître sur son écran quelques détails tels que le nom de l'œuvre, son auteur, sa date de création...
Selon André Gob, « ce genre d'application a un intérêt pour les musées en plein air ou les sites historiques muséalisés. Les visiteurs peuvent obtenir une information directement avec leur équipement. Par contre, dans un musée, cela ne me paraît vraiment pas s'imposer. En ce qui concerne l'IPhone ou ce que l'on appelle les médias guides, jusqu'à présent, je n'ai pas connaissance d'utilisation très intelligente... On se contente de contempler sur un écran l'image de l'objet qu'on a sous les yeux, c'est ridicule ! » .
Mariemont, un musée à la page...
Situé au milieu d'un grand parc verdoyant, le Musée Royal de Mariemont semble perdu en pleine nature. La tranquillité et la sérénité qu'il dégage lui confèrent un charme particulier, permettant au visiteur de contempler ses œuvres comme si le temps s'était arrêté. Pourtant, derrière ces allures de « temps suspendu », Mariemont développe depuis quelques années des stratégies de communication à la pointe des technologies numériques.
« D'un point de vue muséal, ce qui se passe, avec le web 2.0, c'est la création de nouveaux lieux de mémoire, de nouveaux espaces de réflexions, c'est-à-dire un lieu de patrimoine, parfois uniquement sur la toile, mais surtout réalisés par des personnes qui n'appartiennent
pas au monde des musées. » Entrer dans la révolution numérique du web 2.0 est apparu essentiel à François Mairesse, directeur de Mariemont. « Les musées de l'ensemble de la Communauté française possèdent un pouvoir d'annonce plutôt limité. L'utilisation du web 2.0 paraît donc intéressante. Pour entrer dans la réalité, il faut maintenant dépenser des sommes absolument considérables en termes de campagnes d'affichages ou d'annonces télévisées. Le web 2.0 représente une alternative sur internet en déployant des moyens relativement réduits. »
Et c'est au travers de l'engagement et de la constitution d'une équipe de numérisation que Mariemont s'est lancé sur les réseaux de socialisation. Le musée est d'ailleurs sur facebook, youtube, dailymotion... et a créé un blog en 2008 : Mariemont2.0.
Mais qu'est-ce que l'usager peut trouver sur ces sites ? Facebook n'est autre qu'un agrandissement de la page d'accueil du musée. L'agenda du musée, l'annonce des expositions, des colloques s'y retrouvent. Mais aussi des vidéos et des photographies sur le montage, et donc les coulisses, d'une exposition ou sur la valorisation d'une collection. Présentes sur youtube, celles-ci sont ensuite relayées sur facebook. Chaque événement y est exposé et les usagers peuvent y ajouter leurs propres photos, vidéos et commentaires. « Ma référence actuelle est le Maine History Network qui regroupe 400 centres dans tout le Maine aux États-Unis. Ils ont constitué un grand réseau dans lequel tout ce qui concerne le patrimoine du Maine est numérisé. L'intérêt est là collaboratif ! »
Quant à l'éventuelle désertion des musées, que certains conservateurs redoutent, François Mairesse n'y croit pas : « On n'a plus un musée mais deux ! Le Musée Royal de Mariemont qui s'apparente au cœur et tout ce qui se trouve sur internet, qui ne doit pas seulement représenter une manière d'attirer plus de visiteurs. L'objectif est différent. Je peux, dès à présent, toucher des personnes qui ne pourront jamais venir au musée comme ces Australiens qui m'ont écrit pour me donner leurs impressions. Je peux aussi produire des bases de données que les visiteurs ne trouveraient jamais s'ils venaient ici. »
Le web 2.0 ne devrait donc pas être envisagé au niveau économique mais réflexif selon François Mairesse qui envisage déjà des ébauches d'évolution. « L'étape suivante serait d'engager un rédacteur en chef permanent dont ce serait la seule tâche. C'est fondamental si on veut passer à la vitesse supérieure mais cela nécessite des moyens importants. »
Un projet ambitieux qui prendra sans doute encore du temps à être accepté par les autres institutions mais en ce qui concerne Mariemont, la révolution semble lancée...
Mai 2010

