Jazz à Liège

Pour son vingtième anniversaire, le festival « Jazz à Liège » a choisi de proposer une affiche plus audacieuse qu'à l'habitude. Le programme fait la part belle aux découvertes et à la mise en valeur de talentueux groupes belges.

Les amateurs de têtes d'affiche prestigieuses ne s'en trouveront pas pour autant floués. Le saxophoniste James Carter, souvent présenté comme l'un des musiciens les plus doués de sa génération, le trompettiste Nicholas Payton, le jazzman anglais Courtney Pine, dont les compositions oscillent entre groove africain et musique contemporaine, et le jazz M'base du trio de Mark Turner, où l'on retrouve Larry Grenadier et Jeff Ballard, mythique section rythmique de Brad Mehldau,   assureront l'envergure internationale de l'événement.

Mais  cette année, la recherche de chemins de traverse, la sortie des sentiers balisés offriront un attrait particulier, notamment avec le groupe belge Skiv trio, dont la musique sombre, froide et puissante, mâtinée d'électronique, nous rappellera que le jazz peut encore faire partie aujourd'hui, comme tout au long de son histoire, de la culture underground.

C'est ce même feeling underground, dans un style musical totalement différent, que l'on retrouvera chez les Flamands de Flat Earth Society, dirigés par Peter Vermeersch (ancien membre de X-Legged Sally), et dont les morceaux peuvent évoquer tour à tour Carla Bley ou Mister Bungle, pour virer ensuite vers des improvisations créatives échevelées. Énergie et groove assurés.

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Mâäk's Spirit

Et puis bien sûr, il y aura Mâäk's Spirit : un batteur et quatre souffleurs, parmi lesquels Michel Massot et Laurent Blondiau, habitués du festival, dont la qualité et l'inventivité musicale se sont imposées sur la scène belge depuis de nombreuses années, sans jamais tomber dans le conventionnel ou le « déjà entendu ». Mâäk's Spirit présentera pour la première fois le résultat de son travail avec des percussionnistes vaudous du Bénin. L'exotisme un peu sulfureux de cette annonce ajoute encore à l'attrait déjà incontestable de leur concert.

Pour les amateurs d'ambiances plus intimistes, la découverte vocale de cette année sera sans doute la danoise Sinne Eeg, sa voix claire et sa technique parfaitement maîtrisée.  La chanteuse du nord excelle particulièrement dans l'interprétation de ballades mélancoliques à travers lesquelles elle parvient admirablement à exprimer la tension dramatique, sans jamais tomber dans une théâtralité excessive, et en laissant de larges espaces à l'expression de ses musiciens.

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Sinne Eeg

Le jazz plus proche du mainstream sera, bien entendu, également de la partie, en la présence du quartet de Nathalie Loriers, accompagné d'un quatuor à cordes, du Donny McCaslin trio ou encore du jazz manouche du trio de guitares Gresset-Reinhardt (oui, comme Django : c'est la même famille).

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The Wrong Object

Enfin, mention spéciale (et chauvine) pour The Wrong Object, dont c'est le deuxième passage au festival. Sous la houlette de Michel Delville, ce quintet développe des compositions complexes et intelligentes qui évoquent tantôt le rock progressif, tantôt le jazz-rock, tantôt un objet musical non identifié, le tout agrémenté d'un zeste de folie « Zappa-style ». Si vous ne les avez jamais vus, allez les voir. Si vous les avez déjà vus, allez les revoir.

Laurent Simon
Mai 2010

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Laurent Simon est doctorant en philosophie et assistant à la Faculté de Philosophie et Lettres. Il est par ailleurs musicien de jazz.