Kiki Dimoula est une poétesse grecque et fait partie des lauréats du Prix Européen de Littérature 2010. L'occasion pour nous d'en dire ici un peu plus sur sa vie et son œuvre, très appréciée depuis longtemps déjà dans son pays d'origine. Toutefois, comme le remarque si bien Nikos Dimou, « écrire sur la poésie de Kiki Dimoula est une tâche ardue, car c'est une poésie sans objet. Littéralement. La poésie de Dimoula est sans objet, car son objet, c'est le néant [...]. Être et non-être. On peut trouver des synonymes à ce couple funeste. Vie-mort. Présence-absence. Quelque chose-rien ».
Née en 1931, à Athènes, où elle vit toujours, Kiki Dimoula est mariée au mathématicien et poète Athos Dimoulas ; ils ont eu deux enfants ensemble. Elle a travaillé pendant quelque temps comme employée à la Banque Nationale de Grèce. En 1972 elle reçoit le 2e prix de poésie de l'État grec pour son recueil Le peu du monde. En 1989, le recueil Je te salue Jamais est couronné par le premier prix. En 1995, son recueil L'adolescence de l'oubli obtient le prix Ouranis de l'Académie d'Athènes. Elle devient elle-même Académicienne en 2002. Ses poèmes sont traduits dans plusieurs langues étrangères, ce qui lui vaut la reconnaissance internationale de son incontestable talent.
Voici quelques titres de ses recueils de poésie : Poèmes (1952), Ténèbres (1956), Malgré (1958), Sur les traces (1963), Le peu du monde (1971), Mon dernier corps (1981), Je te salue Jamais (1988), L'adolescence de l'oubli (1994), Une minute d'ensemble (1998), Son d'éloignements (2001), Gazon de serre (2005), Nous sommes transférés à côté (2007). Le mythe qui aime jouer (2004) est le texte de son discours à l'occasion de son élection comme membre de l'Académie d'Athènes et Hors du plan (2005) un recueil de textes en prose.
Kiki Dimoula manie la langue hellénique de façon particulièrement habile et inattendue. Elle n'a de cesse de surprendre son lecteur par des liaisons inédites entre termes a priori communs, qui passent souvent inaperçus dans leur usage quotidien. Ses thèmes favoris sont la mémoire et l'oubli, la présence et l'absence, l'attente et la déception, le vide, le non-sens, l'Être et le Non-être, ainsi que leur perception vertigineuse. Par des vers percutants, empreints d'une ironie raffinée, elle réussit à rendre péniblement tangible le néant existentiel qui se dévoile brusquement,. L'on pourrait comparer cette poétesse à quelque penseur oriental, qui désignerait le monde sensible comme un piège, un mirage trompeur, dont lui-même ne s'est pas encore échappé, mais qu'il est capable de regarder en face en maintenant son calme intérieur et sa dignité.
Nous reprenons ici, à titre d'exemples représentatifs, deux poèmes du recueil Le peu du monde, traduits par Michel Volkovitch (Kiki Dimoula, Le peu du monde suivi de Je te salue Jamais, préface de Nikos Dimou, Gallimard, Paris, 2010).
Les souffrances de la pluie En pleins raisonnements et déraisonnements Mais la déraison Et toute la nuit j'écoute et lis la pluie, Toutes ces gouttes qui te tutoient, nostalgie monosyllabique |
Le pluriel L'amour, Au pluriel La peur, Les peurs La mémoire, Mémoire, mémoire, mémoire. La nuit, Pluriel Les nuits désormais. |
Aikaterini Lefka
Avril 2010
Aikaterini Lefka enseigne à l'ULg le grec moderne et les rapports entre morale et religion dans l'Antiquité. Elle est aussi chercheur en philosophie à l'Université du Luxembourg et à la Towson University.

