Quatre ans après le succès de son premier album, le groupe liégeois Été 67 revient avec « Passer la frontière », second opus mélangeant efficacement chanson française et musique folk. Il y est question, pêle-mêle, d'un cow-boy dévêtu, de romans de gare et d'amours déchues. Le tout englobé dans un univers qui lorgne allégrement vers le grand Ouest américain.
Été 1967. Dans le quartier d'Haight-Ashbury, en Californie, plus de 100 000 jeunes vivent l'éphémère et utopiste expérience du « Summer of Love ». L'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des quatre garçons de Liverpool voit le jour. The Who débarque chez l'oncle Sam pour un premier concert au festival Monterey pop, là même où un certain Jimi Hendrix interprète une somptueuse version de Wild Thing, avant de mettre le feu à sa guitare. Pink Floyd ou les Doors publient leurs premiers disques... Les jeunes musiciens d'Été 67, fascinés par les lumières de la ville et les chemises de cowboy, vouent un culte à cette époque et ces albums majeurs de l'histoire de la musique.
Les deux Nicolas, Brian, Raphael, Renaud et Xavier étaient voisins de bancs d'école, puis d'amphis, à l'ULg. En 2006, ils sortent un premier album, éponyme, comprenant notamment le célèbre Quartier de la gare. Ils ont à peine plus de vingt ans quand ils entament une tournée, en Belgique, mais aussi en France et en République tchèque. Une succession de longues nuits blanches, une multitude de kilomètres à bord d'un vieux van jaune, des concerts qui s'enchaînent. Près de 12000 albums écoulés. Une reprise de Dutronc On nous cache tout, on nous dit rien. Et puis, progressivement, la gestation d'un nouvel album. Le deuxième. Généralement, le plus délicat...
Passer des frontières, changer d'horizon
« Passer la frontière », leur nouvel album se veut différent, plus sombre, moins enjoué : « Ce titre autorise en fait une multitude de lectures, explique Nicolas, le bassiste du groupe qui cite volontiers Joy Division, Johnny Cash, The Doors, Django Reinhardt ou Joe Dassin parmi ses éclectiques influences. Nous y décrivons le cheminement d'un personnage à la frontière entre la vie et la folie. Cette frontière, c'est aussi notre propre évolution. Nous étions très jeunes quand nous avons sorti le premier album. Là, nous avons 25 ans. Nous avons passé la frontière de l'adolescence, mis fin à un chapitre pour en entamer un nouveau. Et puis, c'est aussi la frontière que nous avons franchie tant de fois durant les tournées, dans notre van jaune, la barbe au vent. »
Comme les périples des bécanes d'« Easy rider » et les pérégrinations des héros de l'écrivain beatnik Jack Kerouac, cet album respire le bitume, la route interminable et les grands espaces. « Nous avions la volonté de faire quelque chose de plus américain, de plus folk, de moins conventionnel, souligne Nicolas. D'où le graphisme de la pochette, qui montre un homme seul dans un espace infini, où l'horizon se confond avec le sol enneigé. »
L'album a été enregistré en vingt jours, dans les anciens studios de Frédéric François, abandonnés pendant plus de dix ans. À la manière de Kerouac et de sa « prose spontanée », Été 67 a souhaité quelque chose de plus authentique, de plus spontané, quitte à laisser passer quelques imperfections : « Nous ne voulions pas d'un enregistrement conventionnel, ligne par ligne. Nous avons tout fait en condition de concert live, tous ensemble, souligne Nicolas. L'idée était de mettre très peu de barrières entre les musiciens et les chansons, un peu comme pour On The Beach de Neil Young, un de mes disques préférés, un disque très fragile, enregistré en quelques jours. »
Une mélancolie omniprésente
Les quatorze plages de « Passer la frontière » s'enchaînent avec un certain rythme, même s'il y a peu de riffs saturés et de guitares enflammées. Aux antipodes, donc, du côté « écorché vif » d'un Noir Désir sur le titre Un jour en France par exemple. Il y est souvent question d'amours déchues, de prison dorée et de tourments sentimentaux. La mélancolie, sorte de fil conducteur, y est omniprésente et atteint son paroxysme dans Une vie saine , enregistrée avec Antoine Wielemans des Girls In Hawaii. Les thèmes ne sont « pas tout à fait autobiographiques, mais pas tout à fait inventés non plus ». À la frontière, donc.
Le single, intitulé Dans ma prison, actuellement en haute rotation sur plusieurs radios nationales, a beaucoup de succès. Certaines plages, comme Le cow-boy tout nu, sonnent très « far-west » et « désert de l'Arizona » alors que Loin d'ici rappelle le premier album, avec ses saxophones, ses flûtes et ses claviers. L'instrumental Retour à Elisabethville, quant à lui, semble tout droit sorti d'un film noir d'Howard Hawks. Au final, ce grand brassage des genres, des influences qui passent de la musique typique de la Louisiane aux ritournelles d'un Michel Delpech, achève de définir le « style » Été 67. De la chanson française efficace mélangée à du folk made in USA, une pointe de rock, le tout saupoudré de culture liégeoise... De quoi déchaîner les foules durant les nombreux festivals d'...été.
Sébastien Close
Avril 2010
Sébastien Close est journaliste indépendant.
Été 67, Passer la frontière, chez Pias
Sortie officielle le 29 mars
En concert le 11 mai aux « Nuits botaniques » à Bruxelles ainsi que dans la plupart des festivals
Durée : 43 minutes

