Bombardée « Métropole culturelle » en 2010 par la Communauté française et la Région wallonne, qui se sont chacune fendues de 500.000 euros de financement, Liège a établi son programme au terme d'un processus largement participatif. Trente-trois projets artistiques subsidiés et une centaine d'événements « labellisés » égayeront la ville de mai à octobre. Avec un thème, « Briser les carcans », et un objectif : profiter de cet élan festif pour définir un cadre plus structurant de l'offre culturelle liégeoise.
Ne tournons pas autour du pot : c'est, incontestablement, le refus politique de voir portée une candidature liégeoise au titre de capitale européenne de la Culture en 2015 qui a incité les gouvernements wallons et communautaires à gratifier Liège de ce « prix de consolation » qu'est la Métropole culturelle, programme créé pour l'occasion. Les deux événements ne jouent pas dans la même cour : alors que Mons recevra des millions par dizaines en 2015, Liège dispose d'un million d'euros. Très, très peu pour mener un programme ambitieux, mais beaucoup à l'échelle des parfois très petits porteurs de projet...
« C'est sur base de la mobilisation liégeoise que cette initiative est née », concède le bourgmestre Willy Demeyer. « Et c'est pourquoi nous avons voulu mener ce projet de manière totalement participative. » Un appel public pour recruter un coordinateur (Fanny Laixhay) ; un appel public pour constituer un « comité de pilotage », fort finalement de dix représentants des pouvoirs publics et grandes institutions culturelles et de treize « acteurs » du milieu culturel ; un appel à projets lancé au monde culturel : cette dimension participative est à mettre au crédit de l'autorité communale qui, en l'espèce, ne s'est pas facilité la tâche. « On s'attendait à recevoir une trentaine de propositions, on en a eu près de cent, postulant, faut-il le dire, pour quatre fois le budget dont nous disposions », sourit le mayeur.
Difficilement, sous le regard critique du monde culturel, le Comité de pilotage a donc effectué les choix, rassemblé les projets similaires parfois et tenté de donner une cohérence à l'ensemble. Au final, 33 projets culturels seront soutenus dans le cadre de la manifestation. À côté de ceux-là, les grands acteurs culturels (OPL, Opéra, Théâtre de la place, etc.), les musées, les opérateurs culturels, le secteur associatif, allieront à cette « Métropole » une centaine d'autres événements issus de leur programmation.
Un lieu central a été défini : un « Palais Miroir », chapiteau art-déco tout en boiseries et verre, sera installé sur l'espace Tivoli. Là s'organiseront beaucoup des manifestations prévues. Mais le chapiteau vivra aussi pendant les six mois de la manifestation au rythme d'autres événements festifs (concerts, spectacles, etc.) qui profiteront de sa présence. C'est là que se déroulera la « quinzaine d'ouverture », organisée par le Collectif du Lion et la péniche Inside Out : concerts, spectacles, cabarets, soirées DJ, théâtre, etc.
Suivront, en vrac et sans viser l'exhaustivité : un « Requiem » du Choeur universitaire de Liège à St-Jacques (20-21 mai) ; un parcours d'artistes « Chic and Cheap » dans le centre (22 mai) ; un rassemblement de fanfares (20 juin) ; un rassemblement festif des associations du quartier de Sclessin (25-26-27 juin) ; une jam de graffeurs sur l'espace Tivoli (26 juin) ; un festival rock organisé sur le Pré du Baneux par le label JauneOrange pour fêter ses dix ans (10 août) ; une série de concerts « Jazz au fil de l'eau » (27-28 août) ; un écran géant de cinéma baladeur dans les quartiers organisé par les Grignoux (10-11-12 septembre) ; un festival littéraire du polar décliné sous forme d'une enquête grandeur nature (13 septembre) ; une « Nuit blanche » (2 octobre) ; un grand son et lumières centré autour de la passerelle et de l'Aquarium (7-8-9 octobre) ; le rallye musical itinérant « Clima » aux mêmes dates ; un festival international de groupes vocaux ; une « battle » de Break-dance et un concert Hip-Hop (novembre) ; une grande expo au Mamac des oeuvres majeures des grands musées de l'Euregio (novembre).
À ces événements ponctuels, il faut ajouter ceux qui seront récurrents : un festival de marionnettes en chantier chaque premier vendredi du mois ; un « kiosque champêtre » au MadMusée un dimanche par mois ; des séances de danse ouvertes à tous au Palais Miroir, le « Bal des gens bien », deux fois par mois ; une « caravane » qui fera le tour des bibliothèques de la ville pour y organiser des animations, etc.
De nombreux projets soutenus visent également à embellir le cadre de vie : projections vidéos sur des bâtiments remarquables, créations de découpes vinyle sur des abribus, création de bancs publics design, création d'oeuvres d'art dans l'espace public par des artistes liégeois. Le programme, mouvant par essence, sera régulièrement mis à jour sur le site de la Ville de Liège (www.liege.be).
« Tout ce processus a débouché sur une vraie mobilisation », constate l'échevin de la Culture Jean-Pierre Hupkens. « Ca nous a donné beaucoup de travail et exposés à la critique, mais l'intérêt est réel. On a progressé sur la mise en réseau des opérateurs culturels, dont beaucoup se sont parlé pour la première fois dans le cadre de ce travail, on a progressé sur le dialogue entre pouvoir public et artistes. Et ça doit, au final, déboucher sur une meilleure structuration de l'offre culturelle dans l'agglomération. Pendant quelques mois, on va donner à voir un échantillon des réalités culturelles liégeoises, mais le vrai travail commencera après. Il s'agit de définir ce que nous voulons pour la culture sur notre territoire. L'établir et... l'imposer aux autres pouvoirs publics. » Des « assises culturelles » se tiendront en janvier 2011 pour, tout à la fois, tirer le bilan de la manifestation et tenter de capitaliser sur l'élan suscité pour se créer un avenir.
Aux Liégeois, maintenant, de faire vivre ce joyeux bouillonnement. Histoire de montrer, une nouvelle fois, que si à Liège, on n'a pas (beaucoup) d'argent, on ne manque ni d'idées ni de gens créatifs pour les porter !
Pierre Morel
Mars 2010
Mars 2010

