50 ans de Festival de théâtre à Spa
En 2009, le Festival de Théâtre de Spa a marqué ses cinquante ans en publiant un livre illustré écrit par Philip Tirard, écrivain et journaliste. Tirard y retrace chronologiquement l'histoire de ce Festival en insistant sur les personnalités qui l'ont porté. Au fil des pages – et du temps –, ce sont surtout les programmations qui s'égrènent tendant à montrer la vitalité du Festival et le rôle qu'il tient aujourd'hui dans le paysage théâtral belge. Chaque été, en effet, les auteurs et les metteurs en scène programmés à Spa y défendent un certain théâtre, une certaine conception du texte et du public. Et cette identité du Festival doit beaucoup aux directeurs qui en ont rythmé la vie.

Le premier d'entre eux, Jacques Huisman domina le théâtre belge pendant quarante ans. Directeur du Théâtre National (TN) de 1945 à 1985, il met sur pied en 1959, un premier festival  dans le cadre prestigieux de la ville thermale. L'idée, raconte Tirard, en a germé en 1958, à l'issue de représentations que le TN, invité par la ville qui bénéficiait de subsides exceptionnels dans la foulée de l'Exposition universelle, donna à Spa. Le bourgmestre marque son accord pour un festival à condition que le TN couvre une partie des coûts.

La machine TN part donc à l'assaut de Spa. Elle est bien rôdée car dès sa création, le TN s'est vu attribuer une mission de décentralisation en accord avec le leitmotiv de l'après-guerre en matière de politique culturelle. Il s'agit de proposer le « grand » théâtre à un public le plus large possible et pour ce faire, de diffuser les créations du TN dans tous les coins du pays, éventuellement en recourant à un chapiteau. Pour le premier Festival de Spa, c'est aussi la notion de fête qui domine : divers comités sont constitués dont un comité de gala pour s'allier la haute bourgeoisie et l'aristocratie. Des délégués locaux sont recrutés pour faire la publicité des spectacles et vendre les tickets.

En ce qui concerne la programmation, on retrouve une constante dans les relations théâtrales entre la capitale et la province : le TN rôde ses créations en province avant de les présenter à Bruxelles où s'exerce davantage la sanction de la presse et du public « averti ». Deux nouvelles productions seront ainsi présentées au premier Festival de Spa qui connaîtra un grand succès public.

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Ballets du 20e siècle

Le concept dès lors ne variera guère : un théâtre de qualité accessible au plus grand nombre dans une ambiance de fête et dans un cadre prestigieux. Le répertoire y est surtout contemporain. Le TN explore alors volontiers les auteurs britanniques tels Wesker ou Frayn, mais programme aussi régulièrement Dario Fo qui vint en 1968 mettre en scène sa pièce Cette dame est à jeter. Le Festival de Spa se profile donc comme un lieu inscrit dans le théâtre de son époque auquel il veut donner accès. Un lieu « à la mode » qui présente les Ballets du 20e siècle et, internationalisation oblige, au début des années 1970, s'ouvre à d'autres compagnies que le TNB. Le festival s'ancre ainsi dans le paysage de la décentralisation et consolide une identité qui ne s'infléchira guère. Les audaces du Jeune Théâtre des années 1970 passeront à l'écart tout comme les avant-gardes internationales que l'on verra davantage dans un autre festival, celui de Liège (Festival du Jeune Théâtre) créé lui aussi à la fin des années cinquante.

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Cette dame est à jeter

Après une période de flottement à la fin du « règne » de Jacques Huisman, Billy Fasbender et André Debaar reprennent la direction. Ils assoient la renommée du Festival sur les acteurs (Debaar, Rensonnet, Frison, Avenière, Marev...) et veulent offrir une « vitrine du théâtre francophone belge ». Mais l'absence de relais d'une structure théâtrale se fait sentir d'autant que la Ville de Spa a des exigences en matière d'animation. Le Festival doit en fait répondre à des impératifs artistiques liés à un théâtre populaire de qualité (ce qui exclut notamment tout un « théâtre de recherche ») mais aussi à des exigences davantage liées à la réputation d'une ville touristique. Ce n'est qu'en 2002 qu'un premier contrat-programme est signé avec la Communauté française ce qui stabilisera le Festival.

En 1999, quatre directeurs artistiques se partagent la tête du Festival : Jacques De Decker, Jean-Claude Idée, Cécile Van Snick et Armand Delcampe. C'est ce dernier surtout qui, régnant très vite en maître, imposera sa marque, celle d'une « innovation dans la continuité ». Le dessein est clair et, à nouveau adossé à une structure - le Théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve que dirige Delcampe -,  doté d'un contrat-programme, le Festival de Spa va pouvoir pérenniser sa ligne. Une ligne qui défend et que défendent des artistes fidèles du Festival parmi lesquels Jean-Pierre Dopagne (auteur de la pièce L'Enseigneur qui connut un très grand succès), Bruno Coppens, Geneviève Damas, Les Baladins du miroir... 

baladinsred Deux Petites Dames vers le Nord © Véronique Vercheval red

Les baladins du miroir                                                                                      Deux petites dames vers le Nord

 

Nancy Delhalle
Janvier 2010

crayon

Nancy Delhalle enseigne l'histoire et l'analyse du théâtre à l'ULg. Ses recherches portent principalement sur le théâtre contemporain, les dramaturgies et la sociologie du théâtre. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Alternatives Théâtrales et du comité de lecture du Théâtre National.


 

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Philip TIRARD, 1959-2009 Festival de Théâtre Spa, Festival de Spa ASBL éditeur, 2009.

 

 

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