La jeune création théâtrale en Belgique francophone

Armel Roussel

Né à Paris, en 1971, Armel Roussel se destinait au départ à une carrière dans le cinéma. C'est lors de l'épreuve d'admission à l'INSAS qu'il lui a été conseillé de s'orienter vers la mise en scène de théâtre, un domaine qu'Armel Roussel connaissait très peu. Bien qu'il ait été renvoyé de l'INSAS, il a décidé de poursuivre sur la voie du théâtre en travaillant pendant cinq ans comme assistant à la mise en scène de Michel Dezoteux.

En 1996, il monte son premier spectacle, Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltés. En 2004, il présente sa première œuvre de création intitulée Pop ? Ces deux spectacles rencontreront un certain succès et tourneront pendant quelques années.

Aujourd'hui, parallèlement à son travail artistique, Armel Roussel donne des cours à l'INSAS et au Conservatoire de Liège. Invité régulièrement au KunstenFestivaldesArts, il présentait l'un de ses spectacles à Liège pour la première fois. Si demain vous déplait... a été créé et présenté la saison passée au Théâtre Varia à Bruxelles. C'est le onzième spectacle du metteur en scène et sa deuxième création personnelle.

Si demain vous déplaît ...

Le spectacle d'Armel Roussel s'ouvre sur la figure centrale de l'Adolescent qui pose un questionnement essentiel : « Qu'est-ce que nous faisons là ? ». Cette question a un double référent, l'un vaste et l'autre réduit. D'une part, cette question renvoie à la place de l'homme dans le monde. D'autre part, elle fait référence à la situation de représentation : qu'est-ce que public et comédiens font dans cette salle ? Qu'est-ce que les uns font dans les gradins tandis que les autres se trouvent sur scène ? Pourquoi les uns observent les autres et pourquoi ceux-ci feignent d'ignorer la présence de ceux-là ? D'emblée, cette question oratoire tisse un réseau de liens non seulement entre la salle de théâtre et le monde mais également entre la salle et la scène, entre les spectateurs et les comédiens. D'ailleurs, durant toute la seconde moitié du spectacle, ces derniers joueront en position frontale par rapport au public. De cette façon, une relation d'échange, de partage mais aussi de confrontation s'établit entre comédiens et spectateurs.

Sur le plateau, les acteurs sont enfermés dans une boîte constituée de trois murs de briques blanches. Le quatrième mur de la boîte est le quatrième mur de théâtre, c'est-à-dire la frontière séparant virtuellement l'espace scénique des gradins de manière à maintenir l'illusion de ce qui se déroule sur la scène. En plus de l'adolescent, une dizaine de comédiens sont constamment en scène, d'un bout à l'autre du spectacle. Ils forment une sorte de chœur, tantôt réunis autour de l'un d'entre eux à la manière d'un chœur de tragédie antique, tantôt en dispersion - seul ou en couple - sur la surface du plateau. Chaque comédien représente un aspect de la recherche humaine. Ensemble, ils forment ainsi sur scène une sorte de société. En plein questionnement quant à son rapport au monde, l'adolescent  interpelle ponctuellement ses parents afin de les interroger sur les grandes utopies du XXe siècle. Il semble avoir hérité de ces appellations vidées de leur signification. Dès lors, il tente d'en découvrir la signification. Pour ce faire, il s'en remet à ses parents qui, ennuyés par ses questions, lui fournissent des réponses approximatives et empreintes de fantasmagories.

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Cette première partie du spectacle culmine avec la réaction énergique, virulente de l'adolescent qui n'a pas obtenu de véritables réponses. Il en conclut alors être né « ou trop tôt ou trop tard », soit après l'épuisement des grands courants de pensée du XXe siècle et avant que ne lui soient révélés les grands combats du XXIe siècle.

S'ouvre alors la seconde partie du spectacle. Celle-ci s'amorce par l'éclatement de tous les murs de la boîte dans laquelle était cloîtré le groupe de comédiens. Il s'agit des trois murs de briques aussi bien que du conventionnel quatrième mur puisque, comme nous l'avons dit plus haut, les acteurs vont désormais jouer face au public, en interaction (relative) avec celui-ci. Cette seconde partie est composée de différents tableaux (danse, jeux, rapprochements physiques, affections, scansion de slogans variés). L'ensemble de ces tableaux est traversé par la recherche frénétique d'une certaine exaltation, de l'extase (à défaut d'autre chose ?, pourrions-nous nous demander).

Dans son spectacle, Armel Roussel met en scène l'interrogation et la recherche de réponses, de repères, du bonheur même, à travers le corps de ses comédiens poussés parfois jusqu'à l'exténuation. Avec Si demain vous déplaît..., le metteur en scène pratique un théâtre vivant, hyper-dynamique qui émoustille le spectateur et lui donner envie de quitter son siège pour prendre part à la fête. Néanmoins, au terme de la représentation, aucune question n'a été résolue. Aucune réponse n'a été apportée aux nombreuses interrogations soulevées par le spectacle, renvoyant ainsi le spectateur à lui-même et à son propre rapport au monde bien après l'extinction de la musique.

Claude Schmitz et Armel Roussel, une génération à l'image de son théâtre

Malgré des gestes artistiques très différents, certaines similitudes se dégagent du travail de ces deux jeunes metteurs en scène. Comme la place importante accordée au spectateur dans la construction du sens du spectacle. Nous observons également que chez les deux metteurs en scène, la recherche artistique se double d'une recherche identitaire. En effet, leur travail témoigne d'un souci d'établir des repères, de circonscrire une génération, de définir une époque dans laquelle ils pourraient se reconnaître.  

Virginie Mols
Janvier 2009

 

crayon

Virginie Mols est étudiante en 2e master Langues & littératures romanes, orientation générale, finalité didactique.

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