Mise au point 2010
Difficile de s'y retrouver quand un grand nombre de films valent le déplacement. Entre les films qui viennent de sortir, ceux qui s'annoncent bientôt et ceux qui sont encore à rattraper, beaucoup sont à retenir dans les agendas de cette rentrée 2010. Mise au point rapide (et non exhaustive).
Janvier
Après une très longue absence, le cinéaste belge Jaco Van Dormael (Le Huitième Jour, 1995) nous présente, dans un tout autre genre, Mr. Nobody, sélectionné pour la Mostra de Venise 2009. Le film, dont le scénario avait été publié en 2006, conte l'histoire curieuse de Nemo Nobody, un homme de 120 ans qui, en 2092, dans un contexte où la question de la mort est résolue, se trouve être le seul mortel. Se construisant par emboitements, le film suit plusieurs lignes narratives, dans des espaces et des temps différents, et explore, selon l'auteur, « ce "ce qui serait arrivé si", avec la conclusion que toutes les vies sont intéressantes, qu'il n'y a ni bons ni mauvais choix, mais une multitude de vies possibles et que, finalement, toutes se valent (...)1. »
Les Grignoux programment Mr. Nobody en version originale (anglaise) du 13 au 26 janvier, exclusivement au Parc, et à partir du 27, au Churchill.
Également après une longue absence, la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion (La leçon de Piano, Holy Smoke, In the Cut) revient en grande forme avec Bright Star, inspiré des lettres que le poète romantique anglais John Keats envoyait à sa bien-aimée. Attirée par l'atypie du personnage et l'innocence de son histoire d'amour, Campion compose un film poétique et épistolaire dans lequel elle essaie de forger l'émotion qui l'a bouleversée lorsqu'elle a découvert la biographie du jeune poète, décédé en 1821 à l'âge de vingt-cinq ans.
À voir également, exclusivement au cinéma Le Parc, à partir du 27 janvier.
Du côté américain, quatre films retiennent l'attention : d'abord, l'adaptation par Spike Jonze de Max et les Maximonstres, le célèbre album pour enfants écrit et illustré par Maurice Sendak en 1963. Ensuite, A Serious Man des frères Coen, une comédie du même genre que Burn After Reading dont l'histoire tourne autour d'un professeur de physique quantique submergé de soucis, qui, entre deux théories scientifiques, se pose des questions existentielles. Puis, Invictus, encore un nouveau Clint Eastwood, qui manifestement ne perd pas son temps et qui dresse ici le portrait de Nelson Mandela, sous les traits de Morgan Freeman. Eastwood met en scène un épisode précis de la vie du grand homme : celui où il encourage les Sud-Africains à soutenir leur équipe de rugby, lors de la coupe du monde de 1995 en Afrique du Sud. Et, vers la fin du mois de janvier, on pourra aller voir La Route de John Hillcoat, adapté du roman éponyme de Cormac McCarthy (auteur du roman No Country for Old Men, adapté en 2007 par les frères Coen). Le cinéaste australien signe ici un road movie qui progresse dans un contexte post-apocalyptique et qui questionne l'avenir proche et la survie. En travaillant la relation d'un père avec son fils, il essaie de montrer que la peur peut générer des réactions complètement antinomiques.
Du côté français, Mathias Gokalp livre son premier long métrage, Rien de personnel, qui interroge le problème du travail dans un traitement scénaristique et stylistique peu commun. Construit dans une logique théâtrale, le film dépeint le monde de l'entreprise en le présentant par actes, et en insistant sur l'ironie du factice et le décalage avec le naturalisme, le tout participant à placer le spectateur « à la fois dans l'adhésion et dans l'analyse »2.
À voir au Churchill à partir du 20 janvier.

Encore à l'affiche
Plus de deux heures de plaisir visuel avec le malheureux Avatar, le nouveau film de James Cameron qui, sous prétexte de livrer des images absolument remarquables, frôle l'irritation avec un scénario des plus banals. Mais en inventant un univers où les fleurs et les créatures luisent et dansent comme des méduses fluorescentes, Cameron exploite avec justesse le potentiel de la modélisation numérique et arrive à rappeler dans certains plans que le cinéma, c'est avant tout une chorégraphie de lumières.
Restent à l'affiche, pendant tout le mois de janvier : Le Concert de Radu Mihaileanu, Rapt de Lucas Belvaux ainsi que les trois comédies belges de fin 2009 (Les Barons de Nabil Ben Yadir, Les Folles aventures de Simon Konianski de Micha Wald et La Merditude des choses de Felix Van Groeningen). Sont à rattraper très rapidement, jusqu'au 10 janvier, les dernières projections de The Box et de Fish Tank, et jusqu'au 5 janvier, J'ai tué ma mère et Les Herbes Folles.
Événements
Mercredi 6 janvier à 20h au Parc : en présence de Paul Jorion (chroniqueur au Monde), l'avant-première du nouveau film de Michael Moore, Capitalism : a Love Story.
Mardi 19 janvier à 20h15 au Sauvenière : Métamorphose d'une gare, en présence du réalisateur Thierry Michel qui, pendant près de dix ans, a filmé la construction de la nouvelle gare des Guillemins.
Vendredi 29 janvier à 20h au Churchill : trois courts métrages d'Olivier Smolders seront projetés, en sa présence : Mort à Vignole (25'), Voyage autour de ma chambre (26') et Petite anatomie de l'image (21').
Prochainement...
Une série de films à grand budget s'annoncent déjà pour les mois prochains : notamment le nouveau Terry Gilliam, L'Imaginarium du Docteur Parnassus, en février. Ensuite, la énième collaboration du trio Tim Burton - Helena Bonham Carter - Johnny Depp dans Alice au pays des merveilles, en avril. Puis en mai, le nouveau Ridley Scott, avec Russel Crowe dans la peau de Robin des bois. Et en juin, Prince of Persia : les sables du temps, le nouveau Mike Newell.
Par ailleurs, les dates de sortie de certains films importants déjà sortis dans d'autres pays ne semblent pas encore avoir été fixées pour la Belgique : entre autres, Vincere de Marco Bellochio, Hadewijch de Bruno Dumont, Persécution de Patrice Chéreau, Shirin d'Abbas Kiarostami et Tetro de Francis Ford Coppola. À attendre impatiemment, donc.
Abdelhamid Mahfoud
Janvier 2010
Abdelhamid Mahfoud est étudiant en 2e année de master en Arts du spectacle, finalité spécialisée en cinéma documentaire.
1 Jaco Van Dormael, dans une entrevue filmée, parue dans le Webzine n°118, sur www.cinergie.be 2 Mathias Gokalp, dans une entrevue filmée, parue sur www.cinergie.be

