Yew two, « cygne » d'évolution

Après  un première album instrumental, The Circle Is Now Complete, paru en 2007, les bouillonnants celto-irlando-liégeois de Yew reviennent avec White swan on black water, savant mélange de rock folk et de culture celtique, qui décrit un univers aussi baroque que passionnant.

Yew  (prononcez « Youw »)  est le nom anglais de l'if, arbre de la famille des Taxacées, souvent associé par les botanistes béotiens  à un résineux mais pourtant membre de la très rare classe des gymnospermes non résineux... Si, si. Mais que les réfractaires à la botanique se rassurent, il ne sera pas question, dans cet article, de cette plante qui fut fatale au chef éburon Catuvolcos, il y a de cela plus de deux mille ans, mais d'un groupe de rock celtique qui nourrit des racines de Liège à Dublin, en passant par la Bretagne.

Une dichotomie shakespearienne

cover White Swan On Black Water

 Sous cette dénomination assez curieuse se cachent en fait cinq Liégeois à peine sortis des études supérieures - réalisées, pour la plupart, à l'université de Liège.  Damien, Philippe, Jean-Paul, Gregory et Julien ont commencé l'aventure Yew il y a plus de cinq ans. Un festival des Francofolies et un Forum plus tard, les voilà de retour avec un deuxième opus intitulé White swan on black water (Cygne blanc sur eau sombre).  Un nom somme toute assez étrange pour un album qui l'est tout autant, mais surtout empli d'une dichotomie puissante. « En effet, explique Philippe, le bassiste du groupe, nous voulions, dans le titre, marquer la dualité de notre musique, sans pour autant tomber dans les clichés du bien et du mal. C'est de là que nous est venue l'idée du mythe d'Ophélie1 qui s'enfonce progressivement vers la mort. White swan on black water  est une allusion à l'Ophélie telle  qu'elle a été représentée par  de nombreuses peintres  symbolistes. »

Cette dualité s'exprime aussi dans le graphisme de la pochette. Une fois le digipack complètement déplié, apparaissent clairement l'opposition du  blanc et du noir, l'inexorable fuite du cygne vers le sombre et la disparition de l'égérie féminine illustrant la lumière. Une opposition entre deux mondes, deux univers : « Il y a d'un côté, le premier acte, « black water » représenté par les cinq premières pistes de l'album, qui sonne très rock n'roll, puis le second acte, « white swan », plus porté vers une musique plus traditionnelle » explique Damien, violoniste. 

La fusion du folk rock et du traditionnel

Pourtant, à l'écoute, ces deux actes ne sont pas tellement en opposition. L'un serait plutôt l'émanation de l'autre et vice versa. Certes, la première partie détonne par son audace et sa singularité, à l'image du très réussi « Kingston Dublin », qui comme son nom l'indique, est revisité à la façon reggae. Certes, le thème de « Third stone from the sun », composé par le grand Jimi Hendrix, donne un côté très rock à la composition, tout comme son solo croisé guitare-violon, mais justement, la présence de ce même violon sur l'ensemble de l'album, et donc, dans les deux actes, instaure une certaine homogénéité sur la totalité des onze pistes.

Le violon s'affirme d'ailleurs comme l'une des marques de fabrique du groupe, l'autre caractéristique étant de proposer des mélodies sans parole. Pourtant, sur cet album, quatre pistes comportent des voix, une petite révolution pour le groupe : «  Nous voulions évoluer, via les paroles, tout en restant nous-mêmes, explique Philippe, un verre de bière à la main. Les instrus, c'est l'identité de Yew, c'est ce qui nous a propulsés sur plusieurs grandes scènes et c'est ce qui fait danser les gens, mais avec ce type de morceau, il y a toujours le risque de lasser. Alors, pour l'éviter, mais sans pour autant dénaturer notre style, nous avons décidé de faire quelques instrus... avec des paroles. »

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En résulte un travail artistiquement plus abouti et surtout nettement plus varié que le précédent album. Plus abouti aussi en ce qui concerne la finition : passé entre les mains de Staf Verbeeck (Calexico, Hooverphonic, Arid, Arno,...) puis par le West West Side Studio de New York (!) pour le mastering (Franz Ferdinand, Fleetwood Mac... ), la qualité sonore de la galette n'a rien à envier aux plus grands.

Au final, ce White swan on black water apporte une multitude de satisfactions et, chose rare dans le monde contemporain de la musique dite populaire, amène une certaine évolution dans le style, sans pour autant le dénaturer. Les critiques musicaux ont coutume d'écrire actuellement que tel ou tel album n'invente pas la roue mais s'en sert dignement. Pour Yew, nous serions tentés de dire que, non contents d'avoir lancé un style quasi absent du paysage belge, les cinq ont réussi une formidable mutation débouchant sur l'un des plus beaux feux d'artifice dans le registre.

Mais, au fait, pourquoi avoir choisi  « Yew » comme nom de scène ? « Simplement parce que, selon les celtes, l'if est le plus noble des arbres et le plus ancien des êtres vivants. Il peut vivre près de deux mille ans » affirme Damien. Il n'y a plus, donc, qu'à souhaiter au groupe une vie aussi longue que son illustre patronyme.

 Sébastien Close
Décembre 2009

 

crayon

Sébastien Close est journaliste indépendant.

 

La date de sortie de l'album est fixée au 15 janvier 2010. Écoutez-en un extrait ici :

 

 


 

 

1 Ophélie est un personnage de la tragédie shakespearienne Hamlet, qui plongée dans la folie suite à une idylle amoureuse, trouvera la mort dans un ruisseau