Bill Viola au Grand Palais : quand l’art se meut et émeut

billViolaDHCC’est la première rétrospective qui lui est consacrée en France. Depuis le 5 mars déjà, le Grand Palais de Paris a décidé de s’initier à l’art vidéo avec l’un des plus grands représentants du genre : Bill Viola, que l'Université de Liège a honoré en 2010 en lui conférant les insignes de docteur honoris causa. Une immersion totale dans un univers étrange et mystérieux où vie et mort se contemplent.

Bill Viola reçoit les insignes de docteur honoris causa de l'ULg,
des mains du Recteur Bernard Rentier, septembre 2011, Château de Colonster
© ULg - Michel Houet


billViola-AffichePour sa première exposition d’art vidéo, le Grand Palais de Paris a choisi de proposer au public le travail du plasticien américain Bill Viola. S’il aura fallu plus de 40 ans à l’artiste pour se voir consacrer sa première rétrospective française, nul doute que le résultat est à la hauteur des attentes puisque celle-ci est aussi l’une des plus importantes jamais organisées en son honneur. L’exposition, qui réunit plus de vingt œuvres du plasticien depuis ses débuts en 1977 jusqu’à aujourd’hui, a été conçue sous le commissariat de Jérôme Neutres (conseiller du président de la Réunion des musées nationaux) en collaboration avec Kira Perov pour le Studio Bill Viola. Articulées pour épouser la structure particulière du bâtiment, les œuvres présentées offrent aux visiteurs une expérience perceptive surprenante. Bien plus qu’une rétrospective de l’Œuvre de Bill Viola, c’est aussi « l’histoire d’un médium », de sa naissance à son utilisation actuelle, omniprésent dans la création artistique contemporaine. L’exposition inaugurée le 5 mars dernier, sera encore accessible jusqu’au 21 juillet prochain.

© affiche de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, Paris 2014

De l’étude du son à la quête spirituelle

Né en 1951 à New-York, Bill Viola a grandi et évolué en parallèle de l’art vidéo, apparu dans le courant des années soixante. Considéré aujourd’hui comme l’un des pionniers de cet art, il est probablement celui qui a été le plus loin dans l’expérimentation du genre. Empreint depuis toujours d’un fort sentiment artistique, c’est tout naturellement qu’il s’inscrit en 1969 à l’Université de Syracuse pour y entreprendre des études d’arts plastiques. Il se tourne cependant  rapidement vers la musique électronique qu’il étudie auprès de Franklin Morris dont les enseignements marqueront à vie l’artiste. Cette fascination pour le son le pousse à intégrer la section expérimentale tournée vers les arts visuels proposée par l’université, où il découvre l’art vidéo auprès de Jack Nelson. Au-delà de l’aspect pratique du médium, la vidéo permet à Bill Viola de nourrir une réflexion sur le lien existant entre le son et l’image, qui l’amène désormais à penser la vidéo comme outil de représentation de la perception humaine. Diplômé en 1973, il exécute déjà ses premiers travaux avant d’entreprendre un voyage à Florence où il devient le directeur technique et de production de l’un des premiers studios d’art vidéo européens. Traversé par un questionnement existentiel omniprésent depuis un malheureux accident dans son enfance - Bill Viola manque de se noyer avant d’être repêché par son oncle - il entame alors une série de voyages qui le mènent aux quatre coins du globe, pour découvrir diverses pratiques cultuelles et traditionnelles. En 1977, il est invité à l’Université de La Trobe en Australie où il rencontre celle qui va devenir son épouse et collaboratrice : Kira Perov. En perpétuelle recherche dans son art comme dans sa vie, c’est désormais accompagné de cette dernière que Bill Viola poursuit sa quête spirituelle. De ces voyages, il puise ses différentes thématiques relevant presque sans cesse du domaine de la métaphysique sur lequel il parvient à transposer des images et des sons. Sa technique, elle, a évolué au fil des années en parallèle de la vidéo, déjouant ses acceptions, empruntant ses codes à la peinture ou au cinéma, et offrant toujours plus de possibilités à l’artiste. Tel le peintre qui manie le pinceau, Viola manie lui, la vidéo avec brio. 

Catherinesroom ascension
Bill Viola, Catherine’s Room (détail), 2001polyptique vidéo couleurs sur 5 écrans plats LCD,18 minutes
Bill Viola Studio, Long Beach, Etats-UnisPerformeuse : Weba Garretson - Photo Kira Perov
Bill Viola, Ascension,  2000
installation vidéo sonore, 10 minutes
Bill Viola Studio, Long Beach, Etats-Unis
performeur : Josh Coxx - Photo Kira Perov

L’art vidéo comme immersion métaphysique

Pour le plasticien New-Yorkais, la vidéo est un outil, malléable à souhait, au service de l’idée qui sous-tend la création et qu’il n’hésite pas à transformer pour servir ses fins. L’exposition, en plus de proposer au visiteur une incursion bouleversante dans l’univers de Bill Viola, se transforme malgré elle en témoin de l’évolution d’un médium. Des premières œuvres de Bill Viola comme l’emblématique Reflecting Pool au monumental cycle Going Forth by Day, le visiteur aura vite fait de constater l’incroyable révolution technologique qui s’est opérée entre les deux. On y trouve cependant dans chacune d’elles cette même capacité à sculpter la dimension temporelle, l’un des aspects fondamentaux de son travail. Fortement influencé par l’histoire de l’art également, on trouve de profondes influences picturales dans ses œuvres. Catherine’s Room, polyptique vidéo composé de 5 écrans qui retranscrit les rituels quotidiens d’une jeune femme à divers moments de la journée, n’est pas sans rappeler l’aspect intimiste des huiles de Vermeer.

 

TristansAscension FireWoman dreamers
Bill Viola, Tristan’s Ascension (The Sound of a Mountain Under a Waterfall) 2005
projection vidéo couleurs haute définition, quatre enceintes, 10 minutes 16 secondes
performeur : John Hay
Collection Pinault
Photo Kira Perov
Bill Viola, Fire Woman 2005
projection vidéo couleurs haute définition, quatre enceintes, 11 minutes 12 secondes
performeuse : Robin Bonaccorsi
Collection Pinault
Photo Kira Perov
Bill Viola, The Dreamers (détail) 2013
installation vidéo sonore, sept écrans plasma verticaux, quatre canaux stéréo, en continu
performeuse : Madison Corn
Collection Pinault
Photo Kira Perov

Au total, ce sont plus de vingt œuvres qui sont exposées et on ne pourra que se réjouir de cette sélection efficace qui concourt sans aucun doute à la réussite de l’exposition. La scénographie se veut simple et sans encombre pour le visiteur. Les salles, plongées dans le noir, invitent le spectateur à faire abstraction de toute contingence extérieure pour une immersion totale. Installations monumentales, vidéos, polyptiques vidéo, tableaux animés, dispositifs sonores, les œuvres du plasticien parfaitement intégrées à l’espace, confèrent au lieu une ambiance chargée de spiritualité. Face aux vidéos, c’est le corps entier du visiteur qui est amené à faire l’expérience sensible de l’art de Viola. L’exposition propose un parcours presque initiatique qui s’articule autour de trois questions existentielles : « Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ? ». Conçue comme un cheminement spirituel, elle entraîne le visiteur dans un processus d’auto-réflexivité. Si l’artiste n’a pas la prétention d’offrir des réponses à ces questions ontologiques, il nous propose à travers ses œuvres d’en faire l’expérience, de nous y confronter. Comme il le précise lui-même dans le catalogue de l’exposition : « J’attends du visiteur qu’il parte en quête d’une signification et d’un mystère ». Pour cette raison, vous ne trouverez aucune explication des travaux présentés, seuls des cartels indiquant leur nom peuvent éventuellement guider les visiteurs en quête de réponse. Au-delà du parcours spirituel offert, l’artiste livre surtout une part de son intimité. The Dreamers, l’œuvre la plus récente parmi celles exposées (2013), se présente comme une allusion directe à l’épisode de la noyade vécue par l’artiste. Corps plongés dans l’eau comme dans un profond sommeil, à la frontière entre la vie et la mort. Adepte ou non de l’art conceptuel, nul doute que l’exposition Bill Viola ne laissera pas les visiteurs indifférents.

 

Maude Destray
Avril 2014

 

crayongris2Maude Destray est étudiante en 1re année de Master en Histoire de l'Art et Archéologie, finalité spécialisée en Muséologie

 


 

 

viola-dvd

Bill Viola, du 5 mars au 21 juillet 2014
aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris.
Tous les jours de 10h à 22h (20h le dimanche et lundi)
Fermeture hebdomadaire le mardi et fermeture exceptionnelle le jeudi 1er mai et le lundi 14 juillet.

Catalogue : Bill Viola
sous la direction scientifique de Jérôme Neutres
24,5 x 29 cm, 180 pages, 160 illustrations, relié
éditions de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, Paris 2014 ; diffusion Flammarion - 35€

 


DVD Bill Viola, Expérience de l’Infini par Jean-Paul Fargier
film couleurs, langues : français, anglais
52 minutes, NTSC – Toutes zones - 19,95 €
édition © 2014 – Réunion des musées nationaux - Grand Palais
coproduction © 2013 – MAT FILMS, Réunion des musées nationaux - Grand Palais, chaîne tvfil78