La curiosité, n’est-ce pas ce qui anime principalement Alain Resnais? Sa volonté d’aller où on ne l’attend pas, de défricher des chemins nouveaux…
Oui, comme ceux de Kubrick, par exemple, ses films sont tous effectivement très différents les uns des autres. Il est donc hasardeux et malaisé de généraliser à propos de son cinéma. Il a toujours voulu tenter de nouvelles expérimentations sur le ton sur la structure du récit, sur son statut entre le rêve et le réel par exemple. Certains films, comme Mélo ou Pas sur la bouche, sont plus théâtraux, sans être cependant du théâtre filmé. Resnais n’a jamais cessé de revendiquer une absence de naturalisme, comme également dans On connaît la chanson où il fait preuve d’une grande audace. Il y a chez lui, dans la conception qu’il se fait de la modernité cinématographique, un besoin de créer à chaque fois des dispositifs différents pour sortir du réalisme plat. Il est impossible de réduire ses films à leur histoire puisque celle-ci n’est que le produit ou le support de recherches de rythmes, de lumières, d’exhibition du cinéma comme tel.

C’est cette forme d’anti-naturalisme très singulier qui donne à son cinéma une coloration onirique?
L’inconscient et l’imaginaire l’ont toujours énormément intéressé, dit-il. Enfant, il était fasciné par la bande dessinée et la science-fiction. A 13 ans, avec une petite caméra, il avait d’ailleurs tourné un court métrage sur Fantômas. Il aurait aussi voulu adapter Les Aventures d’Harry Dikson, des films de cape et d’épée, des opéras… Influencé, dit-il, par le surréalisme, il n’hésite pas à introduire dans ses films des éléments de disfonctionnement. Tel le dernier plan des Herbes folles, un film pourtant léger et ludique, montrant une fillette jamais apparue jusque-là, et qui parle des croquettes d’un chat, tandis que se déroule dans le ciel la tragédie d’un avion qui va s’écraser. Manière peut-être de rappeler que l’on est toujours avec le cinéma, dans l’imaginaire, et qu’il existe des manières de vivre et de lire autrement le malheur et la mort.
Michel Paquot
Mars 2014
Michel Paquot est journaliste indépendant
Tout Resnais dans un beau-livre
Impossible de parler d’Alain Resnais sans signaler la parution il y a quelques semaines de la somme que lui consacre Jean-Luc Douin sous la forme d’un beau-livre paru à La Martinière. Le critique passe en revue chacun de ses films commentés par le cinéaste lui-même, ses acteurs ou ses collaborateurs. L’iconographie exceptionnelle allie photos, affiches, dessins, croquis et autres documents venant notamment rappeler son travail avec l’auteur BD Enki Bilal sur Mon oncle d’Amérique et, surtout, sur La vie est un roman. Cet ouvrage, qui couvre la totalité de la filmographie du réalisateur de Smoking/No smoking, de ses premiers courts métrages à Aimer, boire et chanter, permet d’évaluer la force poétique et la richesse formelle d’une œuvre cinématographique à nulle autre pareille. Et qui ne doit rien ni au hasard, ni à l’improvisation, chaque élément de ses films, tout comme leur montage, étant le fruit d’une longue réflexion.
Page : précédente 1 2

