Les Urban Intervention Awards 2013 distinguent les amphis Opéra
À partir de quand Jean Glibert s’est-il engagé dans votre processus de travail ?

Glibert a rejoint l’association que j’ai formée avec le bureau d’ingénierie Lemaire peu après la mise au point de l’épure budgétaire. Le projet se dessinait. Nous étions en 2010. J’aurais tendance à dire qu’il faisait pleinement partie de l’équipe tant les relations que nous avons nouées sur le chantier des Amphithéâtres Opéra sont étroites. Il s’est trouvé impliqué bien avant que le dossier soit ficelé, de façon à ce que son intervention participe au sens du bâtiment. Et, de façon significative, les questions traitées par Jean Glibert dépassent de loin les seules préoccupations esthétiques ; il prend en compte des aspects pratiques comme la visualisation des accès au bâtiment.


AmphisOperaQuel type de relations cela implique-t-il avec votre équipe ?

C’est très clairement une collaboration. Cela tient aussi peut-être du fait que voilà aujourd’hui une quinzaine d’années qu’il travaille avec nous. Il est intervenu sur des chantiers importants comme les installations de la SPI+ au centre de Liège ou sur les cabines haute tension de la rue Pouplin, mais aussi sur des constructions plus modestes comme la maison Denis-Ortmans à Verviers ou le loft Kempart à Liège. J’ai également fait appel à lui pour la réhabilitation des unités d’habitation de l’avenue Georges Truffaut à Droixhe qui est une opération très symbolique tant du point de vue patrimonial qu’urbanistique puisque ces édifices marquent une des entrées de la ville. Notre façon de développer un projet est d’ailleurs bien adaptée pour permettre à un artiste d’y participer. Il n’est pas rare qu’il soit présent dès la réponse à un appel d’offres.


Comment est-ce que cela se traduit pratiquement ?

AmphisOperaIl est nécessaire que l’artiste soit conscient des exigences du cahier des charges et de notre philosophie pour y répondre. Nous l’informons de toutes les réunions de chantier où il peut être question de la nature de son intervention. Occasionnellement, il est invité à y participer. C’est ainsi qu’il peut construire son projet en pleine connaissance des enjeux. Toutes ses esquisses sont discutées avec nous et évoluent dans un échange d’idées mais aussi de connaissances tant techniques que formelles. Je fais des propositions sur la façon dont sa pièce peut être mise en œuvre mais aussi sur les éventuelles corrections à apporter pour qu’elle participe de façon optimale à l’architecture. C’est bien entendu Glibert qui a eu l’idée d’inscrire un parallélépipède rouge à l’intérieur des Amphithéâtres Opéra mais c’est à mon équipe qu’est revenu le soin d’établir les plans d’exécution et le cahier des charges ; c’est nous qui y avons intégré son concept. Et, évidemment, nous sommes restés en contact pendant les travaux ; au besoin, je l’invitais à m’accompagner sur chantier. Parmi les nombreux plasticiens avec lesquels j’ai collaboré, Jean Glibert est sans aucun doute celui qui peut comprendre le plus naturellement cette nécessité d’échange dans son processus d’élaboration. Cela vient aussi de son expérience en matière d’intervention par rapport à l’architecture et à l’espace public. Jusque très récemment, tout son travail depuis les années 1960 ne s’est en fait focalisé que sur cette problématique. Il a un regard très intéressant avec beaucoup de recul. Ses avis sur un bâtiment quand j’en finalise le projet sont très pertinents. On peut discuter de différentes choses comme ici l’orientation des luminaires intérieurs ou la forme des garde-corps.

 

AmphisOpera  AmphisOpera


Peut-on considérer que son intervention est une réalisation commune ?

Cette question est ambiguë. Certains pourraient y lire une volonté de ma part de m’approprier le travail de l’artiste. C’est en fait une chose dont nous ne discutons pas. Entre Jean Glibert et moi, la question ne se pose pas. Nous avons une réponse à donner à un cahier des charges et tâchons qu’elle soit la plus juste. Mais il est clair que ni l’un ni l’autre ne saurait isolément développer un schéma chromatique comme celui des Amphithéâtres Opéra.


welkenraedtL’intervention de Jean Glibert ne se manifeste d’ailleurs pas comme une œuvre d’art. Beaucoup d’utilisateurs du bâtiment ne l’identifieront pas comme telle.

En effet. L’œuvre est complètement intégrée. C’est toute une tendance de l’art environnemental dont Jean Glibert est, selon moi, le meilleur représentant en Belgique. Il faut que son travail participe à ce point à la signification de l’architecture qu’il en devienne indissociable. C’est une façon de faire. Il y en a d’autres. J’ai en 2012 invité Nicolas Kozakis sur mon projet pour le Centre funéraire de Welkenraedt (photo ci-contre). Il a développé une idée audacieuse : inscrire une constellation d’étoiles scintillantes sur la grande toiture qui couvre l’ensemble du complexe et sur les fours crématoires logés au sous-sol dans un local entièrement peint en noir. Ici, l’intervention est plus picturale qu’architecturale. Je réfléchis également à la possibilité d’intégrer à certaines réalisations des projections avec une dynamique qui puisse permettre de travailler avec des artistes émergents et des valeurs sûres.

 

Pierre Henrion
Décembre 2013

 

crayongris2Pierre Henrion est conservateur du Musée en plein air de l'ULg. Il a notamment coordonné l'ouvrage Jean Glibert, travaux récents, édité par le Parlement de la Communauté française en 2004.

 


 

Photos © Serge Brison

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