Les Urban Intervention Awards 2013 distinguent les amphis Opéra

AmphisOperaCe lundi 9 décembre 2013, le Senate Department of Urban Development Berlin en coopération avec la Deutsche Wohnen AG a attribué les Urban Intervention Awards 2013. Organisé à l’échelle européenne, ce concours distingue des projets qui contribuent à la qualité de vie en ville. Le premier prix dans la catégorie « Built » qui récompense une construction pérenne a été décerné au Bureau Dethier Architectures pour la transformation des Amphithéâtres Opéra achevée en septembre dernier au plein cœur de la Cité ardente. Entretien avec Daniel Dethier en la présence discrète et silencieuse de Jean Glibert.

 

Quelle valeur attribuez-vous à cette récompense ?

Pour moi, c’est une distinction importante, non seulement parce qu’elle est décernée par des spécialistes mais aussi parce qu’elle prend place en dehors de notre « pré carré ». On est au-delà de tout lien personnel ou affectif avec le jury. Ce type de reconnaissance laisse vraiment penser que mon bureau travaille dans le bon sens.


Le critère d’attribution le plus agissant est sans doute la capacité des réalisations primées à constituer un moteur pour la rénovation de leur contexte bâti.

AmphisOperaEn effet. Et je crois que la réaffectation des Amphithéâtres Opéra implantés en plein cœur de la Cité ardente et qui étaient un endroit en passe de dépérir s’inscrit dans ce type de dynamique. Mon équipe a d’emblée fait reposer ses recherches sur l’idée que la transformation de l’ancien complexe cinématographique devait prendre en compte plus qu’un programme et l’adaptation aux normes contemporaines d’accessibilité, de sécurité et de durabilité. Nous avons travaillé à repenser la typologie de l’édifice pour que ses utilisateurs puissent « vivre » le lieu davantage que des spectateurs d’un film qui n’utilisent le site que pour « consommer » une projection et le quittent dès après. Cela se traduit particulièrement dans la requalification des dégagements plus généreux, plus conviviaux et adaptés à des fonctions multiples : on doit pouvoir y étudier, s’y détendre …  Mais c’est surtout à l’échelle urbaine que le projet acquiert sa signification citoyenne. Nous avons réfléchi à comment manifester la nouvelle destination du complexe et la présence de l’ULg dans le quartier en réinscrivant le bâtiment dans la cité tout en le singularisant de l’imbroglio visuel de son environnement immédiat. J’ai voulu établir un rapport de réciprocité, un dialogue qui puisse animer la ville. L’enjeu me semble important parce que cela participe à signifier l’ancrage de l’Alma Mater dans le cœur historique de Liège. Les Amphithéâtres Opéra n’ont rien d’ostentatoire. On est à l’opposé du « geste architectural » que constituent ces bâtiments-objets sans lien avec leur contexte. Il y a ainsi toute une réflexion sur la forme de l’édifice dont l’identité se trouve actualisée par le déploiement d’un langage architectural contemporain. Les relations visuelles avec l’extérieur ont été améliorées par l’ajout des balcons couverts mais aussi par le remplacement des vitrages réfléchissants par des vitrages clairs. De la rue, l’animation intérieure est perceptible. Les luminaires établis aux plafonds qui sont visibles du dehors participent activement à la dynamique du projet ; leur orientation a été calculée à partir de la trame urbaine induite par les constructions voisines de l’îlot Saint-Michel et du Palais de Justice. Nous avons fait appel à l’artiste bruxellois Jean Glibert dans la même logique.

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Quelle est la genèse de cette réalisation ?

Il faut souligner le rôle de Christian Evens, directeur de l’Administration des Ressources immobilières de l’Université de Liège qui est l’initiateur du projet de réaffectation des cinémas Opéra. Il a aussi été très réceptif à l’idée d’inviter un artiste. C’est avec le Musée en Plein Air du Sart-Tilman que j’en ai défendu cette dernière proposition auprès des autorités universitaires ; le Recteur nous a d’emblée soutenus. Ce volontarisme du maître de l’ouvrage est suffisamment rare pour être souligné. Dans les chantiers qui ne s’intègrent pas au cadre du décret du 1% de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou de son adaptation par la Wallonie ou tout autre pouvoir public, l’invitation lancée à un artiste est en général du ressort de l’architecte. Et, il faut souvent prendre sur nos propres honoraires les coûts que cela entraîne.


Mais ici, l’initiative vient de vous.

Oui, avec la collaboration du Musée en Plein Air et en parfaite entente avec les représentants de l’ULg qui ont été partie prenante. Cette attitude a, à mes yeux, une valeur exemplative pour d’autres maîtres de l’ouvrage. L’Université a pleinement joué son rôle d’opérateur culturel.


 

Photos © Serge Brison

 

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