Le gouvernement fédéral a mis en place, il y a 10 ans, un puissant incitant fiscal, pour encourager les producteurs belges ou étrangers à tourner en Belgique et soutenir l’industrie audiovisuelle et cinématographique belge. De nombreuses productions belges, ou, comme c’est très souvent le cas, coproductions belgo-européennes, se plient aux conditions du tax-shelter, d’autant plus facilement que la Belgique a des ressources de très grande qualité. Liège, et singulièrement l’Université, a déjà servi de décor à plusieurs productions. C’était encore le cas, au début de cette année pour le tournage d’un film franco-belge.
Quiconque se rendait au bâtiment universitaire de la place du 20-Août le 6 février dernier ne pouvait ignorer caméras et projecteurs. Transformé en plateau de tournage, le hall était utilisé comme décor pour une scène du film Être, premier long métrage de Fara Sene. L’entreprise de production française Cinétévé s’était associée, pour l’occasion, à la société belge Les Films du Carré, établie au sein du Pôle Image de Liège.


Photos © Michel Houet - ULg
Avec Bruno Solo en tête d’affiche, Être met en scène – à Paris – des personnages en quête identitaire, dont les destins s’entremêlent en l’espace de 24 heures. Choisi pour son esthétique, le hall universitaire pouvait passer pour l’entrée d’une institution parisienne où la jeune actrice Djena Tsimba, alias Ester pour le film, devait rencontrer un de ses professeurs, puis converser avec deux amies.
C’était donc un branle-bas de combat à l’université : une équipe jeune et motivée s’activait pour bloquer toutes les portes, détourner le passage, diriger les figurants, tenter d’éviter toute perturbation, obtenir le silence, régler les détails du tournage… Et ensuite, remballer le matériel pour se rendre devant l’école Saint-Paul, derrière l’évêché, pour y tourner une séquence avec Bruno Solo, alias François, et son fils.

Photo Margaux Leroy
En extérieur les conditions sont encore plus difficiles à gérer. Quand ce n’est pas le carillon qui fait des siennes, ce sont les Liégeois qui – on ne peut plus curieux – s’agglutinent pour observer la vedette de La vérité si je mens. Le temps presse, de plus en plus. La scène doit être filmée avant la tombée du jour. De plus, l’ambulance et le taxi français n’ont été loués que pour la journée...
Dans l’équipe technique et parmi les régisseurs, on retrouve quelques diplômés ULg. D’abord Nicolas George, fondateur des Films du Carré, qui a été diplômé en Information et Communication avec une spécialisation en cinéma et arts audiovisuels. Dans l’équipe technique, on retrouve également un peu moins de dix anciens étudiants de l’ULg, occupant divers postes comme assistant de production ou encore chef de file de figuration. Par ailleurs, des comédiennes belges prennent aussi part à l’aventure. En effet, jouent aux côtés de Djena Tsimba, Amandine Hinnekens et Chloé Petit. La première est tournaisienne, la seconde liégeoise, diplômée de l’Académie des Beaux-Arts.
La ville de Liège n’a pas été choisie au hasard. Ses décors sont fortement appréciés. Le pont de Fragnée, par exemple, figurera le Pont Alexandre III dont il est une reconstitution. Grâce à ses ressemblances avec la capitale française, Liège est parfois surnommée « Le petit Paris ». D’ailleurs, seulement trois jours de tournage étaient prévus dans la Ville-Lumière pour cinq semaines en Cité ardente et alentours (Grivegnée, Ans et Fléron). Il faut savoir que pour bénéficier du tax shelter, les producteurs sont tenus de respecter un certain nombre de conditions, comme de dépenser minimum 90 % de leur budget sur le sol belge.
Pour l’Université, accueillir l’équipe de tournage de Être n’était pas une « grande première ». Avant Fara Sene, plusieurs réalisateurs se sont déjà arrêtés en nos murs. Le plus connu doit certainement être Yann Samuell avec Jeux d’enfants dans lequel Guillaume Canet donnait la réplique à Marion Cotillard. Si vous l’ignoriez, le film a principalement été tourné à Liège : l’institut de Zoologie représentait l’université, et les séquences de lycée étaient réalisées au Val-Benoît. En 2002, Olivier Marchal, qui, à l’époque, revêtait pour la première fois la casquette de réalisateur, avait aussi utilisé les lieux pour tourner son film Gangster avec Richard Anconina. En 2007, Le Château de Colonster, transformé en maison de retraite pour l’occasion, recevait Romuald Beugnon et son équipe pour la réalisation de son premier long-métrage Vous êtes de la police ?, avec Jean-Pierre Cassel et Jean-Claude Briali. On peut aussi mentionner le docu-fiction Fragonard, dont une partie a été filmée dans nos bâtiments d’anatomie, rue de Pitteurs. Le cinéaste liégeois Jacques Donjean s’était d’ailleurs assuré la collaboration de l’historien Philipe Raxhon. Et Cécile de France a foulé le sol de l’institut Montefiore lors du tournage de Sœur Sourire.
Être devrait sortir dans les salles en 2014. Nul doute que le public liégeois prendra plaisir à reconnaître certains décors.
Margaux Leroy
Juillet 2013
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Margaux Leroy est étudiante en 1er Master en Arts et Science de la Communication
Photos publiées avec l'aimable autorisation de la société de production.

