The Bling Ring - Spring Breakers

Spring Breakers affKorine se joue quant à lui sans cesse des réactions spectatorielles perçues par les images qu’il conçoit, formes agressives, sons saturés, tantôt explosifs, tantôt calfeutrés, ambiances tendues se mêlant dans une alternance de situations déroutantes, plongeant le public dans un univers bien concret, en exploitant sa face la plus visible. Coppola s’appuie sur une démarche opposée, et se contente de montrer au spectateur un spectacle dont il sait d’avance qu’il en sera le témoin. Elle  semble incapable de se jouer de cet ancrage réel, en restant constamment  fidèle, comme enlisée, à cette réalité dépeinte.

Simple mise en image qui amène donc à se demander si elle ne propose pas de sublimer ses personnages, sans chercher, ou du moins, sans parvenir à remettre leur statut en question. Même si elle lance quelques tentatives de complexification de ses personnages, en s’attardant sur les maux que ceux-ci traversent (relation du personnage de Nicki avec ses parents et ses amis ; le statut de la leadeuse, Rebecca, qui trahit ses proches ; le statut de Marc (le garçon de la bande) en pleine crise existentielle,…), ces esquisses ne parviennent jamais à résonner hors du cadre dans lequel elles sont circonscrites (séances d’essayage, scènes en voitures bien peu convaincantes). 

Spring Breakers

Spring BreakersUne séquence de Spring Breakers offre à elle seule un motif bien plus épais, et troublant, lorsque les personnages de James Franco et Selena Gomez sont filmés en gros plans, que cette dernière doute, effrayée par l’expérience qu’elle en train de vivre et décide finalement de rentrer chez elle. Korine brille dans cette représentation du manque d’assurance, du jeu malsain, purement affectif et matériel, mis en place par Alien (véritable adulation des filles à son égard), à l’image du rapprochement entre Rebecca et Marc, traité de manière plus intériorisée, moins spectaculaire, ne réussissant jamais à retenir suffisamment l’attention du spectateur au vu de l’objet du film. L’investissement du réel de Coppola ne se fait jamais sentir, et c’est peut être bien là le problème. Car en ne s’impliquant pas dans son film, elle flirte dangereusement avec une simple retranscription, penchant vers une sublimation de cette jeunesse marginale, glamour, et profondément torturée.

Alors, entre un film sale, bête, et un film immaculé, tout en retenue, quoi de plus juste au final ? Pour ceux qui n’ont pas vu les deux films, impossible de trancher. Pour les autres, difficile de masquer notre attirance pour l’excès assumé, la marge (trans)figurée, plutôt qu’une voie empruntée, attendue, cachée derrière une morale bien pensante (condamnation des actes des jeunes, mais surtout de leurs idoles, constamment attirés par l’argent et l’image de soi), non sans contenir certains éléments opératoires (entre autre lorsque Rebecca s’observe et se met du rouge à lèvre devant le miroir, la scène du procès). Dans ces implications artistiques, cette façon de scruter son sujet, Coppola confère à The Bling Ring une sorte d’entre-deux, ayant maladroitement tendance à dépeindre minutieusement ses personnages, leurs attitudes et leurs ressentis, plutôt que de s’en emparer viscéralement, en se laissant emporter par la folie. Celle-là même qui est véhiculée par les thématiques des films, et qui offre un regard bien plus compact sur une jeunesse dont Harmony Korine et Sofia Coppola choisissent en définitive tous deux, à leur manière, de brosser un portrait amer et acide, empreint d’une fascination exaltante autant qu’aguicheuse. 

Nicolas Hainaut
Juillet 2013

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Nicolas Hainaut est en
2e année de Master en Arts du spectacle, à finalité spécialisée en cinéma documentaire. Son sujet de mémoire : L’émergence du cinéma de genre horrifique en France dans les années 2000.

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