Le bureau Greisch fête ses 50 ans

Les noces d'or de la technologie de pointe et de l'harmonie des formes

Ce jeudi 15 octobre 2009, le bureau Greisch fêtait ses 50 ans. C'est en effet en 1959 que René Greisch, jeune ingénieur architecte alors âgé de trente ans, a créé ce bureau d'études qui réalise des ponts, des gares, des écluses, des bâtiments civils en tous genres. Servi par une technologie avancée, notamment boostée par les échanges avec l'ULg, le bureau Greisch, qui compte aujourd'hui une centaine d'employés, a aussi conservé la fibre artistique de son créateur.

Quand la recherche s'échappe des labos...

Greisch, c'est du génie civil au sens propre comme au figuré, un remarquable vivier d'idées révolutionnaires en matière de structures métalliques, d'utilisation de matériaux et supports divers. Des technologies de pointe qui doivent permettre les conditions de réalisation des fruits les plus fous de l'imagination d'architectes de tous bords. Mais si le génie de René Greisch et celui et de son bras droit Jean-Marie Cremer n'ont rien à envier à personne, l'Université de Liège peut se targuer d'avoir apporté une contribution non négligeable à la renommée internationale qui auréole aujourd'hui l'entreprise. 

Dans un premier temps, la collaboration entre le bureau d'études et les ingénieurs de l'ULg se bornait à une consultation informelle. Mais très vite, l'entreprise a commandité des travaux de calcul et de mesure aux chercheurs, qui se sont révélés précieux. Cette collaboration a débuté dès 1974-75 à l'occasion de l'élaboration du design du viaduc de Vilvoorde, pour prendre son essor vers le milieu des années 80. Le centre de recherche universitaire MSM* fournissait alors au bureau Greisch des outils de calcul pointus et des programmes de dessin assisté par ordinateur. Ces prototypes ont été utilisés dans la réalisation de tous les grands ponts de la région de Liège (Wandre, Haccourt, Liège, etc.), mais aussi en France, où le pont haubané de Millau, titan d'acier avec ses 2 km et demi de long et ses 270 mètres de haut (plus que la tour Eiffel), détient plusieurs records mondiaux en matière de construction qui ont considérablement gonflé l'aura du bureau liégeois et du centre de calcul de l'ULg.

Aujourd'hui administrateur du bureau, Vincent de Ville de Goyet, s'est définitivement engagé dans le privé après 10 années de recherche à l'université, mais représente évidemment un pont solide (c'est le cas de le dire !) entre les deux, puisqu'il garde de nombreux contacts chez MSM, assure une charge de cours en Sciences appliquées et reste responsable du développement du programme. « Collaborer avec le privé permet d'éprouver et de valider les modèles développés à l'université. Mais qu'on ne s'y trompe pas, pour qu'une telle collaboration puisse fonctionner pendant 40 ans, il faut que les deux partenaires y trouvent leur compte », ajoute Jean-Marie Cremer, qui a succédé à René Greisch à la tête du bureau suite à sa disparition en 2000. « Tout développement fait ici va à l'université, et inversement. Il y avait sponsoring commun de cet outil de calcul ». Il va de soi que dans les années 80, période de vaches maigres généralisée, la commercialisation de quelques-uns des fruits de ses recherches était bien accueillie par l'ULg. Par ailleurs, Messieurs Greisch et Cremer étaient régulièrement sollicités par MSM pour des conférences sur leurs travaux et le métier d'ingénieur. Aujourd'hui, le concours de l'université aux activités du bureau a désormais un caractère quasi systématique. Et Jean-Marie Cremer d'énumérer les collaborations en tous domaines du dépratement ArGEnCo : « Quand on a un problème géotechnique, on demande à Albert Bolle,  pour les problèmes d'hydraulique, on va chez Michel Pirotton, on discute des problèmes de vent avec Erpicum, etc. »

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photo © J.-L. Deru/photo-daylight.com

La structure dicte la forme

Mais Greisch, c'est aussi de l'architecture, un style, une sensibilité esthétique. René Greisch est dépeint par son successeur comme une sorte de chaînon manquant entre la figure de l'ingénieur, qui, surtout après la guerre, ne s'occupait que du fric et du fonctionnel, et celle de l'architecte, présenté comme un artiste, un esthète, plus encore que comme un technicien. Armé de la double formation, Greisch avait donc insufflé à son entreprise une méthode de travail qui mariait avec fortune la technique de pointe et l'harmonie des formes. Ainsi, lorsque le bureau réalisera les nouvelles écluses de Lanaye, « nous ferons en sorte de ne pas nous limiter à fabriquer un simple outil technologique pour élever ou descendre les bateaux, mais aménagerons les alentours pour en faire un endroit agréable », explique Jean-Marie Cremer.  Si le public en apprécie la beauté dans son ensemble, seuls quelques initiés, et les créateurs eux-mêmes, peuvent apprécier tous les détails esthétiques de leurs édifices: « Ce que j'aime beaucoup, c'est d'aller par-dessous le pont, sur la berge, et de le regarder dans son enfilade. J'aime beaucoup les jeux de lumières sur les poutres en inox », confie ainsi Vincent de Ville.

Quant à l'orientation formelle du bureau, l'ingénieur la définit par la « ligne claire », principe emprunté à la bande dessinée, et notamment au fameux coup de crayon de Hergé, connu pour représenter ses personnages et ses décors d'un seul trait net. On l'a compris, le style Greisch allie clarté et minimalisme. « La structure dicte la forme », credo à la base de la griffe de la maison, transparaît nettement dans les ouvrages majeurs qu'elle a conçus. On rompt alors avec les compositions torturées d'architectes contemporains  tels que Gehry ou même le désormais célèbre Calatrava, pour créer des structures élancées et sobres, où les exigences de fabrication semblent naturellement donner forme à d'élégants assemblages. Cela n'empêche évidemment pas que les ingénieurs du bureau mettent leurs compétences au service des architectes précités, comme ce fut le cas pendant dix ans pour la gare des Guillemins. Entre les exigences du marché et leur ligne de conduite esthétique, leur activité de simple exécutants techniques et celle de concepteurs de design, les ingénieurs-architectes de Greisch naviguent à leur guise, sans connaître la crise, et parsèment le paysage mondial de leurs réalisations, sans doute pour de nombreuses années encore.

Bérénice Vignol,
avec Patrick Camal
Octobre 2009

icone crayonBérénice Vignol est étudiante en  2e année du Master en Information et Communication, finalité spécialisée en journalisme.

 

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Patrick Camal est étudiant en  2e année de Master en Arts et Science de la Communication, finalité spécialisée en journalisme 
 

 
* Le centre MSM, Mécanique des Solides et des Matériaux, fait aujourd'hui partie du département ArGEnCo (Architecture, Géologie, Environnement & Constructions)