Evil Dead, à feu et à sang

evildeadaffDepuis l'aube des années 2000, Hollywood est contaminé par un phénomène de mode lié à la relecture de classiques du cinéma d'horreur. La dernière maison sur la gauche, La Chose, La Malédiction, Halloween, Vendredi 13, Les Griffes de la nuit,… autant de mythes horrifiques fondateurs qui sont passés sur le bloc opératoire et qui s'ajoutent à la longue liste en vogue des remakes. Evil Dead1, le film culte de Sam Raimi sorti en 1983, n'a pas dérogé à la règle. Avant de pouvoir approcher pleinement le remake conçu par le cinéaste uruguayen Federico Alvarez, il convient de se rafraîchir la mémoire et de replonger dans l’œuvre originale de Raimi qui l'a révélé au grand public, bien loin d'un monde fantastique.

Affiche d’Evil Dead (2013) de Federico Alvarez
 

La révolution gore par l'absurde de Sam Raimi


 

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Affiche originale d’Evil Dead (1981)

Considéré dès sa sortie en 1983 comme l'un des films le plus emblématique du cinéma d’horreur au même titre que Braindead (1992) de Peter Jackson, ou Re-Animator (1985) de Stuart Gordon à la même époque, Evil Dead a remporté un franc succès qui s’explique en grande partie par l'ingéniosité dont a fait preuve Sam Raimi. Épaulé par ses deux comparses Robert Tapert (producteur) et Bruce Campbell (acteur) avec lesquels il a fait ses gammes à l'Université du Michigan, Raimi se lance dans la réalisation de son premier long métrage, Evil Dead, qui va marquer à jamais de son empreinte le genre horrifique. Avec un budget très maigre mais habité par un réel désir de faire du cinéma et armé d’une culture cinéphilique à toute épreuve, Raimi propose une œuvre ludique et novatrice.

Il s'appuie sur un large éventail d'astuces techniques qui lui permettent de ne pas dépenser d'argent et surtout de retranscrire un univers qui lui est résolument propre. Il explore ainsi dans son film une imagerie gore confectionnée avec des bouts de ficelles (les cadavres en décomposition) et de bois (c'est littéralement autour d'une branche de bois que Raimi accrochera sa caméra pour tourner les fameuses séquences symbolisant l'approche du mal dans la forêt), transformant ses mouvements de caméra en réelles entités démoniaques.

 

demon1Un des démons de Sam Raimi dans le film de 1981 

Inscrit dans un récit à l'intrigue rudimentaire (cinq jeunes partent faire la fête dans une cabane et déclenchent une malédiction démoniaque par l'intermédiaire d'un livre et d'une incantation ancestrale), les personnages d'Evil Dead sont tout autant caricaturaux que le lieu dans lequel Raimi choisit d'établir son espace de jeu (une cabane lugubre et un sous-sol qui l'est tout autant). Le personnage de Ashley (Ash), interprété par un Bruce Campbell à l'allure gauche, icône toute puissante de la saga en devenir Evil Dead, symbolise à lui seul la logique et l'approche absurde qui habite le discours de Raimi, assumant un décalage total avec la réalité et proposant un film d'horreur innovant.

ashC'est précisément par cette prise de conscience du caractère grotesque et absurde de son propos que Raimi réussit à concevoir un film ludique dont les séquences gores ne sont que le prolongement de l'idiotie et de l’innocence liées aux personnages. Il n'hésite d’ailleurs pas à inclure dans son film des codes empruntés au répertoire mélodramatique (musique d’ambiance, histoire d’amour, peur de la perte et de la séparation avec l’être aimé…), assumant encore un peu plus la logique qui l'habite.

En assumant totalement le décalage de son film et la radicalité de l'exposition de ses propres codes horrifiques, Sam Raimi renouvelle le cinéma d'horreur sur fond d'une histoire de malédiction qui influencera de nombreux cinéastes attirés par le genre (de Braindead (1992) de Peter Jackson à La Cabane dans les bois (2012) de Drew Goddard).

Le personnage d’Ash interprété par Bruce Campbell 

 

 

 

 

 



1 Evil Dead a donné naissance à deux autres films, composant ainsi une trilogie, Evil Dead II (1987) et L'Armée des ténèbres (Army Of Darkness, 1992), tout deux réalisés également par Sam Raimi.

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