Evil Dead, à feu et à sang

Le remake d’Alvarez, voie sang issue

Conscient de la difficulté de l'exercice consistant à s'attaquer au mythe Evil Dead, les producteurs (le trio gagnant du film original à savoir Raimi lui-même, et ses deux fidèles compagnons, Tapert et Campbell) ont choisi de confier le projet à un jeune réalisateur uruguayen, Federico Alvarez révélé par son court Panic Attack! en 2009, confrontant ainsi le cinéaste à la même situation professionnelle du premier long métrage que Sam Raimi. Le film a ensuite été vendu comme le film « le plus gore et terrifiant qui ait jamais été donné à voir ». Le pari était dès lors d’autant plus risqué que cette annonce inscrivait le film dans la lignée directe de la démarche de Raimi dont le goût pour la radicalité des scènes gores n’est pas à démontrer.

demon2Les démons remis au goût du jour dans le film de 2013

Alors qu'Evil Dead (2013) débute sous les meilleurs auspices avec une séquence d'immolation jouant à merveille de l'esprit de Rami (le corps humain habité par le fourbe démon imitant ses traits) sur un nouveau traitement esthétique (plus noir et sombre), le film souffre assez rapidement (et logiquement) de la comparaison avec son illustre modèle.

L’arrivée des personnages dans la cabane et la figure de David, un des personnages centraux, interprété par Shiloh Fernandez

davidLes personnages sont présentés d'emblée à leur arrivée sur le seuil de la cabane et leurs introductions, diégétique et dans la cabane, semblent dépourvues de toute sincérité. À l'instar de la séquence où les deux protagonistes principaux s'échangent un collier en révélant ainsi le lien qui les unit (frère-sœur) sans la moindre implication émotionnelle, les personnages sonnent creux, loin du charisme gauche émanant d'un Bruce Campbell, et leur position n'est jamais clairement définie. Découlant peut-être de ce traitement hâtif des personnages et de leur cadre, la position d'Alvarez ne semble elle-même jamais distinctement établie. Il ne parvient jamais clairement et calmement à s'engager dans la démarche conçue par Raimi qu’il a choisi de suivre. Tout va trop vite, à l'image de la séquence introductive des personnages, comme si Alvarez avait fait le choix de dresser grossièrement le portrait de la cabane et des protagonistes dans l’unique but de se focaliser sur des ressorts gores et sanguinolents. Même lors des séquences imitant les images de Raimi qui symbolisent l’arrivée du mal depuis les bois, Alvarez ne réussit qu'à rendre une pâle copie. Il ne parvient jamais à se réapproprier les images en leur ôtant toute la tension dramatique dont Raimi les insufflait, et les exploite de manière hâtive, sans prendre la peine de s'attarder sur elles.

Le film de Raimi était efficace car il appuyait son récit sur des personnages consistants dont les liens et les réactions, traitées et surtout assumées de manière humoristique et décalée, permettaient de conférer une puissance authentique aux scènes gores qui découlaient de leur situation. Le Evil Dead version 2013 peine et hésite maladroitement à endosser cette étiquette engagée. Dans son traitement esthétique et atmosphérique, il semble constamment voguer entre deux eaux, celle de l’insouciance et de la liberté des années 80 et celle de la dureté et de la noirceur des années 2000. Piégé dans cette logique contradictoire, le film ne convainc que très rarement. Alvarez passe totalement au travers de sa relecture du mythe Evil Dead, tant dans son traitement de l’espace et des personnages, que dans son exploration visuelle et formelle, laissant dès lors le film étranger à l'esprit de Raimi, uniquement retranscrit au début et à la fin du film.

Car il faut malheureusement attendre les quelques séquences finales pour voir Alvarez assumer totalement sa mise en scène, grâce à un traitement plus approfondi de la relation unissant le frère et la sœur. Il confère alors un impact plus empathique et efficace aux représentations gores et autres ressorts horrifiques qui découlent de la relation des personnages. À ce moment là, mais trop tardivement, la mécanique marche, et la démarche d'Alvarez est clairement identifiable et louable.

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Le bain de sang final renouant enfin avec l’esprit de Raimi 

En voulant s’attaquer à l'un des plus éminents représentants du cinéma d'horreur, la machine hollywoodienne expose à nouveau son incapacité à faire naître des films égalant le niveau d'exigence imposé par leur modèle.

Alors que les films originaux étaient conçus en toute indépendance des grands réseaux de réalisation et du circuit des studios, les remakes sont plus que jamais ancrés dans cette logique industrielle. Dès lors, à quoi bon tenter vainement de faire renaître des films qui étaient pensés selon des logiques totalement différentes de celles de leur remake ? Ne vaudrait-il mieux pas tenter de se détacher pleinement de la démarche de ces films et d'en proposer un traitement différent ? Ou simplement s'atteler à construire de nouveaux mythes centrés autour d’histoires résolument novatrices, en puisant éventuellement dans des codes préexistants ? Un peu d'audace que diable ! Mais à une époque où le cinéma de genre horrifico-fantastique français, espagnol ou encore japonais semble plus florissant que jamais, le cinéma américain quant à lui, plus gros fournisseur de films d'horreur de l'histoire du cinéma, démontre à nouveau avec le remake d'Evil Dead qu'il semble plus que jamais à court d’imagination.

 

Nicolas Hainaut
Mai 2013

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Nicolas Hainaut est en
2e année de Master en Arts du spectacle, à finalité spécialisée en cinéma documentaire. Son sujet de mémoire : L’émergence du cinéma de genre horrifique en France dans les années 2000.

 

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