Les langues, un enjeu majeur
Le Studiobühne de Bochum, en Allemagne
Un autre point commun réunit de nombreuses troupes de théâtre universitaire : l’importance accordée aux langues comme vecteurs d’échange et de partage. À Bochum, la troupe accueille, outre les germanophones, un certain nombre d’étudiants étrangers. Si le théâtre leur permet d’améliorer leur connaissance de l’allemand et de travailler leur prononciation, elle offre également un cadre d’intégration au sein de l’université. Les responsables du Studiobühne encouragent aussi ces étudiants d’accueil à jouer dans leur propre langue, l’apprentissage de la culture de l’autre ne pouvant constituer qu’un enrichissement pour la pratique théâtrale. Cette mixité linguistique se reflète au sein des festivals internationaux, et notamment lors des RITU ; chaque troupe évolue dans sa langue maternelle. L’absence de surtitrage évite de distraire l’attention du spectateur de l’essentiel : le jeu, qui doit se ressentir avant de se comprendre.
Le RITU, vu de l’extérieur
Dans ce contexte de développement, le RITU – un des plus anciens festivals de théâtre universitaire au monde – joue un rôle essentiel en rassemblant de nombreuses troupes, d’horizons très variés. Kalev Kudu et le Tartu Student Theatre coopèrent avec le TURLg depuis presque six ans : cinq fois présents sur les planches liégeoises, ils ont accueilli trois fois nos comédiens. Saluant la qualité de l’organisation du festival, il explique que ce dernier est connu en Estonie : chaque année, il reçoit des demandes d’informations de la part de la presse, mais également du ministère de la Culture. Même renommée à Minsk, où le RITU « marque le début de l’année théâtrale et impose les tendances pour la saison à venir » ; il y est considéré comme la rencontre incontournable en matière de théâtre universitaire, car il encourage l’expérimentation, le partage de connaissances et de pratiques, mais aussi la création de relations durables. L’INSA de Lyon et le TURLg sont également partenaires de longue date : invitée au Congrès fondateur de l’AITU en 1994, Françoise Odin participe pour la première fois au RITU deux ans plus tard. Elle garde un excellent souvenir de ce séjour : le bon accueil réservé au spectacle de sa troupe leur a permis de s’intégrer dans le réseau de l’AITU, de faire de nouvelles rencontres et de prendre part à d’autres festivals. Dès sa première collaboration avec le TURLg, Karin Freymeyer a apprécié l’ouverture d’esprit de l’équipe, ses compétences et son sens de l’humour : « le RITU est l’endroit idéal pour puiser de nouvelles inspirations ». La troupe allemande tire un bilan particulièrement positif de ces rencontres, qui étaient l’occasion de découvrir des cultures étrangères et de comparer les différents jeux. La responsable du Studiobühne évoque également une anecdote marquante lors d’un de leurs séjours : « J’avais une étudiante dans mon groupe, qui était née au Kazakhstan, et qui avait été très impressionnée par une performance d’Afrique du sud. L’histoire évoquait les conséquences de la guerre. Après cette représentation, de longues et profondes discussions à propos de la vie et de la mort ont animé la troupe allemande, avec une portée très existentielle. Cette discussion, nous ne l’aurions jamais eue en Allemagne. »
Julie Delbouille
Février 2013
Julie Delbouille est étudiante en 2e master de médiation culturelle.
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