Cette année encore, la diversité culturelle est inscrite au cœur du programme du RITU, avec des spectacles en provenance de Russie, d’Estonie, de France, d’Allemagne, d’Espagne, des États-Unis ou encore du Bélarus. Cette affiche témoigne – outre du rôle fédérateur joué par le RITU – de la prospérité du théâtre universitaire dans le monde. Un théâtre en pleine expansion, avec l’apparition de nouvelles troupes, l’organisation de festivals et une reconnaissance de plus en plus marquée, de la part du public comme des institutions. En Estonie, notamment, ce mouvement s’est amorcé dès les années 60, et se prolonge dans les années 70 et 80 : les troupes restaient cependant éphémères et peu de projets aboutissaient réellement. Le Tartu Student Theatre, créé en 1999 et dirigé par Kalev Kudu, est le plus ancien théâtre universitaire estonien encore actif. Et au cours de cette dernière décennie, un renouveau anime les scènes universitaires estoniennes : quatre ou cinq troupes fraîchement créées se maintiennent. Cette émulation a aussi donné naissance à plusieurs manifestations, dont une qui anime la ville de Viljandi au mois de février ; depuis l’an dernier, les étudiants estoniens peuvent également participer au flambant neuf Absurdplays Festival.

À gauche, la troupe du Tartu Student Theatre, dʼEstonie. À droite, celle de lʼuniversité dʼÉtat du Bélarus
Le rôle du RITU dans ce phénomène de développement n’est sans doute pas à négliger, notamment en ce qui concerne la création de nouveaux événements : Alain Chevalier, co-directeur du TURLg, confirme que le mouvement initié par ces rencontres donne parfois l’envie aux troupes étrangères de créer leur propre festival à dimension internationale. Toujours en Estonie, l’année 2012 voit le lancement d’un « mini-festival » organisé par Kalev Kudu. Pour sa première édition, il réunit Liège, Minsk et Tartu, avec l’ambition assumée d’en faire à l’avenir un rassemblement de plus grande ampleur. Katsiaryna Saladukha, qui dirige la troupe de l’université d’État du Bélarus, à Minsk, insiste aussi sur l’impact de leur rencontre avec les comédiens liégeois : « Notre première participation au RITU en 2006 est d’une importance cruciale, parce qu’elle a donné un coup de pouce fantastique au développement de notre propre festival, le Teatralny Koufar International Student Theatre Festival à Minsk, qui célébrera sa dixième année d’existence en 2013. » Et si de nombreuses manifestations fleurissent actuellement dans d’autres pays, elles y sont parfois implantées depuis longtemps. Le théâtre universitaire de Franche-Comté, créé en 1986, est un habitué des planches liégeoises ; il organise depuis 1990 à Besançon ses propres Rencontres internationales de théâtre universitaire, qui fonctionnent sur le même principe d’échanges que celles du TURLg.
Des passerelles avec le théâtre professionnel
Ces évolutions témoignent de la place particulière occupée par le théâtre universitaire dans le monde. Loin de n’être qu’une sous-branche du théâtre « professionnel », il agit souvent comme un incubateur pour la mise en place de nouvelles idées et de pratiques inédites. Karin Freymeyer – responsable du Studiobühne à Bochum, dont la dernière participation au RITU remonte à 2010 – souligne qu’en Allemagne, de nombreux directeurs de théâtre ont fait leurs débuts sur une scène universitaire ; elle cite le cas de Claus Peymann, qui dirige le Berliner Ensemble depuis 1999. Elle revient aussi sur le rôle de laboratoire qui incombe souvent au théâtre universitaire allemand : « Certaines méthodes pratiquées dans les théâtres reconnus actuellement sont principalement influencées par des travaux réalisés à l’origine à l’Institut d’études appliquées de théâtre de l’université de Giessen. » Cette conception du théâtre universitaire comme lieu d’expérimentation et de créativité est aussi présente au Bélarus. Katsiaryna Saladukha la lie à une attention croissante accordée aux racines culturelles et sociales : « Dans le monde du théâtre en général et du théâtre universitaire en particulier, il y a un renouveau marqué de l’intérêt pour les traditions culturelles, anthropologiques et théâtrales. Ce mouvement, observable dans de nombreux pays à travers le monde, va au delà des mécanismes bien connus de la construction d’identité et de la résistance à la standardisation des pratiques, qui promeuvent le colonialisme et la globalisation. » En Allemagne, cet intérêt transparaît dans de nombreuses pièces écrites par les étudiants, et axées sur le contexte régional, voire sur des particularités individuelles. Selon Karin Freymeyer, elles reflètent un besoin de plus en plus marqué de questionner, à travers les pratiques théâtrales, son propre environnement culturel et social. Et le théâtre universitaire offre, comme le souligne Katsiaryna Saladukha, un espace de liberté tout à fait unique et propice pour traiter ces interrogations.

