Sorties cinéma Noël 2012

Les déchaînements de saison

À ceux pour qui une banale poudreuse ne suffirait pas à susciter les plus vives émotions cinématographiques, quelques performances pourraient se révéler particulièrement stimulantes, d’une averse attendue au calme après la tempête.


Beasts of the southern wild

Beasts of the southern wild, par Benh Zeitlin

Ça raconte quoi ? Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s'emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d'aurochs. Avec la montée des eaux, l'irruption des aurochs et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue.

Les bonnes (et moins bonnes) raisons pour y aller ?  C’est le film attendu, précédé par sa réputation de révélation depuis qu’il a raflé de nombreux prix en festivals : Caméra d’Or à Cannes (premier film) et Grand Prix du Jury à Sundance (entre autres) suffisent généralement à créer l’attente. D’autant plus quand le projet en lui-même semble auréolé d’une certaine aura mystique qui trouvera son prolongement dans le film lui-même. Adapté de la pièce Juicy and delicious de Lucy Alibar, également co-scénariste, le film aborde de nombreuses questions, inscrites dans le cadre de la Louisiane du Sud post-Katrina, du bayou peuplé de gens misérables mais opiniâtres. Révélé pour leurs prestations touchantes, Dwight Henry et Ouvenzhané Wallis trouvent ici leur premier rôle ; le premier travaillait dans une boulangerie située  à côté des bureaux de production, la seconde était inscrite à l’école primaire du quartier (et pourtant retenue parmi un casting de 4000 petites filles). Voilà pour les éléments promotionnels utiles à ériger le projet atypique en ovni magique, frais et inattendu. Le film quant à lui, semble avoir été touché par la grâce du « roi de la baignoire ».


rain

Rain, par Olivia Rochette et Gérard-Jean Claes

Ça raconte quoi ? Les jeunes cinéastes Olivia Rochette et Gérard-Jan Claes se sont glissés dans les coulisses de l’Opéra de Paris lors de la préparation du spectacle Rain, célèbre œuvre de la chorégraphe et danseuse belge Anne Teresa De Keersmaeker. Quand la danse contemporaine et la danse classique se rencontrent et dialoguent.

Les bonnes (et moins bonnes) raisons pour y aller ? Lorsque sort au cinéma un documentaire sur une des chorégraphes belges les plus renommées et stimulantes du moment, l’occasion semble trop belle pour la laisser filer. Surtout lorsque l’Opéra de Paris en est le théâtre. Assister aux répétitions, voir les coulisses d’une telle création offrent des perspectives intéressantes qui renforcent les correspondances et liaisons harmonieuses entre spectacles de A.T. de Keersmaeker et formes cinématographiques déjà ressenties par le passé. De passage pour quelques représentations à Liège, le film est à voir aux Grignoux (18 - 20 - 21 - 22 décembre). 


The-Impossible

The Impossible, par Juan Antonio Bayona

Ça raconte quoi ? L’histoire d’une famille prise dans une des plus terribles catastrophes naturelles récentes. The Impossible raconte comment un couple et leurs enfants en vacances en Thaïlande sont séparés par le tsunami du 26 décembre 2004. Au milieu de centaines de milliers d’autres personnes, ils vont tenter de survivre et de se retrouver. D’après une histoire vraie.

Les bonnes (et moins bonnes) raisons pour y aller ? L’argument du casting ne se suffisant jamais à lui-même, aussi qualitatif soit-il, l’intérêt se trouvera probablement ailleurs. Certes Ewan McGregor et Naomi Watts partageant l’affiche, le film limite les risques, sans pour autant s’assurer un raz-de-marée au box-office. Ses détracteurs commenceront par y voir un film peu soucieux de son empreinte écologique. Vu le prix affiché pour un minimum de réalisme, la note est salée : treize mille litres d’eau par jour de tournage nous aiderons à mieux percevoir les enjeux obsédant l’équipe de production de tout film. Les autres y verront un effort de plus dans l’éternelle tentative d’un cinéma d’hommes enclins à revenir, à court ou moyen terme, sur leur propre histoire et ses catastrophes naturelles ou humaines. Tempêtes et tsunamis, en rien étrangers à l’histoire du cinéma, réapparaissent invariablement en son cours, en période de crue ou de crise, ou sa fin annoncée (par un calendrier Maya ou non).

Voir l'article Cinémapocalypse

Les alternatives

Pour ceux pour qui les éléments naturels ne suffisent pas, d’autres tempêtes sont annoncées au cinéma, entre surnaturel et superhéros déchaînés. Les Possédées, d’une part, offrira une énième variation de L’exorciste, produite par Sam Raimi. Jack Reacher, d’autre part, marquera le retour de Tom Cruise en justicier au cinéma, sur fond de B.O. musclée et d’agent fantôme sur le retour digne d’un épisode de Person of Interest en surabondance hormonale (oui, c’est possible).

Jack-Reacher-Affiche-France valerie-donzelli-main-dans-la-main Renoir ombline

Pendant ce temps, le cinéma français…

Tentées de copier les grands maîtres ou de regarder de l’autre côté, les productions françaises ne sont pas en reste, pour autant et proposent quelques pistes intéressantes. On est parfois loin du feel good movie à l’américaine, mais pas toujours. De l’autre côté du périph, avec le désormais bankable et minorité repentie Omar Sy, se délecte des plaisirs simples du film à ficelles, celles du buddy movie, resucée du tandem bon flic - mauvais flic interchangeables et de l’ouverture du centre vers la périphérie. Deux univers supposés se rencontrer sur l’autel de l’humour et du popcorn sucré. Moins réjouissant, sans doute, mais tout autant judiciaire, Ombline, dont les bons échos ont été matérialisés par un prix au Festival International du Film Francophone de Namur cette année, traite de l’épineuse question de la maternité en milieu carcéral. En amont de l’amour, Main dans la main, de Valérie Donzelli (co-réalisatrice du plébiscité La Guerre est déclarée), avec Valérie Lemercier et Jérémie Elkaïm, dépeindra l’irrésistible attraction entre deux êtres a priori éloignés. Un peu plus loin, sur la côte d’Azur, au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir (Michel Bouquet) peint à son tour, les derniers tableaux d’une œuvre prise sur le fait d’un hommage lumineux (à qui, du peintre ou de l’acteur ?). Et déjà, la fin des quelques dernières neiges.  

Renaud Grigoletto
Décembre 2012

crayongris2Renaud Grigoletto est doctorant en Information et Communication. Ses principales recherches portent sur le cinéma 3D.

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