Quinzaine du cinéma chinois

Du 22 janvier au 4 février, l’Institut Confucius et les Grignoux vous convient à un voyage de plusieurs milliers de kilomètres, sur les terres de la Chine contemporaine grâce aux projections de 5 films portant un regard sans détour sur leur pays d’origine.

Plutôt varié mais avec une thématique commune, la programmation de la Quinzaine se compose de la manière suivante :

  • Mardi 22 janvier à 20h au Sauvenière : La petite Venise d’Andrea Segre

La projection sera suivie d’une rencontre avec Marco Martiniello, directeur de recherche FNRS et directeur du CEDEM.

  • Dimanche 27 janvier à 20h au Churchill : projection unique de I Wish I Knew de Jia Zhang-Ke

  • Jeudi 31 janvier à 20h au Churchill : projection unique de When the Bough Breaks de Ji Dan, suivie d’une rencontre avec Éric Florence, docteur en sciences politiques et sociales, spécialiste de la Chine contemporaine, ULg

  • Les 1er, 2 et 3 février au Churchill : A Simple Life de Ann Hui

  • Lundi 4 février à 20h au Churchill : projection unique du film Le fossé de Wang Bing, suivie d’une rencontre avec Éric Florence, docteur en sciences politiques et sociales, spécialiste de la Chine contemporaine, ULg.

Éric Florence, coordinateur des activités de l’Institut Confucius de Liège, s’explique sur les choix de ces films : « C’est le fruit d’une série d’échanges avec Marie-Céline Dardenne et Catherine Lemaire de l’asbl Les Grignoux, avec qui nous avions déjà organisé une édition 2009 intitulée « Chine et films » dans le cadre d’Europalia Chine. Outre le film d’ouverture de la quinzaine La petite Venise de Andrea Segre qui aborde la rencontre entre une migrante chinoise et un immigré ayant quitté l’Ex-Yougoslavie trente ans plus tôt, nous avons programmé à la fois des films de réalisateurs de renommée internationale et des œuvres d’auteurs moins connues du grand public mais néanmoins représentatives de l’émergence des courants du nouveau documentaire et du cinéma chinois indépendant qui exercent une influence majeure sur le cinéma chinois dans son ensemble. Quelqu’un comme Jia Zhangke (Lion d’or à Venise en 2006 avec Still life), figure emblématique de ce mouvement et qui peut être considéré aujourd’hui comme l’étoile montante du cinéma chinois, réalise des films se situant souvent à la frontière entre le documentaire et la fiction. Quant à Ann Hui, il s’agit d’une réalisatrice renommée et emblématique de la « nouvelle vague » du cinéma hong-kongais ».

La petite venise de AndreaSegre Le Fossé de WangBing
La petite venise de Andrea Segre - Le Fossé de Wang Bing

Cette Quinzaine arrive à point nommé : à l’heure où le cinéma asiatique trouve de plus en plus de public par chez nous (principalement le cinéma japonais et coréen mais aussi taïwanais ou thaïlandais), le cinéma chinois reste, pour diverses raisons, très mal connu en Occident. Pourtant riche d’une histoire aux multiples âges d’or, le cinéma chinois n’a pu traverser les frontières qu’au travers d’une génération de cinéastes reconnus dans divers festivals comme Cannes. Il faut dire que ces œuvres se sont davantage inscrites dans une lignée de divertissement populaire (les fresques de Zhang Yimou, les films d’arts martiaux) que dans une véritable démarche auteuriste et intellectuelle. Il n’est d’ailleurs pas rare de ressentir, au travers de films comme le récent La Cité Interdite de Zhang Yimou (2007), une véritable propagande du système politique en place. Il ne faut justement pas réduire le cinéma chinois à cet axe, comme le précise Éric Florence : « Les œuvres de cinéastes appartenant à la 5e génération de réalisateurs comme Zhang Yimou ou Chen Kaige sont parmi les plus connues du grand public. Avec la 6e génération de réalisateurs (citons par exemple Wang Xiaoshuai, Wang Quan’an, Jia Zhangke, etc.), on a affaire à des réalisateurs dont les œuvres, aux thématiques plus sociales, sont plus exigeantes et qui ont en commun notamment de ne pas séparer de manière très stricte fiction et documentaire ». Car là où un Yimou fait clinquer couleurs vives et centaines de figurants, des cinéastes comme Wang Bing ont une autre approche du cinéma. « Comme le souligne joliment Jean-Michel Frodon ces films laissent entrer les bruits et images du monde réel et « la façon dont » ce cinéma « utilise les outils vidéos (…) transforme les éléments de la vie réelle en objets d’art de façon totalement nouvelle1 ». Ces films sont ancrés véritablement au cœur de ce qui fait vivre et tiraille la Chine d’aujourd’hui, sa société, ses gens. Mais si ces films nous montrent, nous font approcher le quotidien de gens ordinaires, ils permettent d’aborder des questions plus larges et plus structurelles ; ils partagent à ce titre une dimension de critique sociale évidente, mais qui n’est jamais démonstrative ni pédagogique. »

Bien sûr, cette dimension critique, ce regard sur le monde réel de la Chine contemporaine n’est pas pour plaire à tout le monde dans l’ « Empire du Milieu ». « Un film comme Le fossé de Wang Bing aborde des thématiques encore très sensibles politiquement de nos jours – la répression anti-droitière de 1957-1958, le Grand bond en avant et la rééducation par le travail dans les camps maoïstes – et ne peut être montré en Chine qu’au sein de cercles informels comme des ciné-clubs ou des centres culturels alternatifs. Ces questions commencent cependant lentement à faire l’objet de débats, d’ouvrages ou de travaux documentaires très intéressants (on pense notamment aux travaux de Wu Wenguang autour de la mémoire paysanne du Grand bond en avant ou à l’ouvrage Mubei publié à Hong Kong2 qui constitue l’étude la plus poussée sur la terrible famine des années noires (1960-1962) consécutives au Grand bond en avant, fruit de dix ans d’enquête par un journaliste chinois. Des œuvres comme celles de Wang Bing, au même titre que des récits autobiographiques, participent par petites touches de la constitution d’une mémoire populaire de la Chine maoïste produite au sein d’espaces de création intermédiaires. »

Les interventions de Marco Martiniello et Éric Florence porteront d’ailleurs autant sur les migrations (chinoises) au sein de l'espace européen, sur les mutations sociétales en Chine, que sur le cinéma de Wang Bing et l’Histoire de la Chine des années 50-60. Quelques clés, en somme, pour appréhender un cinéma qui ne gagne qu’à être (re)connu en Occident.

Bastien Martin
Janvier 2013

crayongris2Bastien Martin est chercheur en Arts et Sciences de la Communication. Ses recherches doctorales portent sur le cinéma d'animation belge.


Avec le soutien du bureau des Relations extérieures de la Province de Liège et sa cellule Europe Direct, du Centre d'Études de l'Ethnicité et des Migrations, du Parlement européen et de l'Université de Liège




1 Jean-Michel Frodon, « Vérité fictive et réalité virtuelle », Perspectives chinoises [Online], 2007/3 | 2007, Online since 07 April 2008, connection on 11 January 2013. URL : http://perspectiveschinoises.revues.org/3243
2 L’ouvrage vient de faire l’objet d’une traduction en français, Yang Jisheng, Stèles, La grand famine en Chine. 1958-1962, Seuil, 2012


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