Vous avez cette année remporté le prix du Mérite wallon décerné par la province de Liège et le prix Tchantchès, attribué d’abord à Jean Dols et George Simenon, puis notamment à P. Libens, F. Walthéry, P. Kroll, Berthe di Vito-Delvaux qui vous était chère, ou encore aux frères Dardenne. Au delà de ces titres honorifiques, peut-on dire que cet amour de la culture wallonne est la plaque tournante de vos deux carrières ?
Sans aucun doute. Mes compétences de philologue m’ont été très utiles dans ma carrière artistique et j’ai largement exploité la veine belgo-liégeoise dans ma discographie. Parfois le peu d’écho que cela trouvait a été assez décevant. J’ai par exemple enregistré un CD pour remettre à l’honneur le compositeur Georges Antoine, Liégeois né en 1892. Il s’agissait à l’époque d’une véritable résurrection, mais ce ne fut pas un grand succès, tandis qu’au même moment en France, la redécouverte de Lili Boulanger, née à Paris en 1893, provoquait un véritable engouement. J’ai également enregistré l’intégrale des mélodies de César Franck, un autre Liégeois, dont certaines en première mondiale. Mais le CD qui a le mieux marché est assurément Wagnerian songs, rassemblant des mélodies en français de Richard Wagner, et de ses contemporains belges Adolphe Biarent, Émile Mathieu et Sylvain Dupuis. J’ai aussi enregistré le disque Mélodies wallonnes qui me tient particulièrement à cœur puis l’opéra en wallon Piére li Houyeû d’Eugène Ysaye, édité par Musique en Wallonie. Ce compositeur a fait l’objet de plusieurs de mes articles, et j’ai pu redécouvrir et enregistrer la partition grâce à Philippe Gilson, bibliothécaire du conservatoire de Liège.

Comment est né le projet du nouveau théâtre normalien ?
À vrai dire, tout le monde me parlait du théâtre normalien des années cinquante-soixante : les anciens, l’amicale... Je le connaissais moi-même grâce aux archives de l’école et j’ai trouvé que c’était un beau projet pédagogique. J’ai alors lancé l’idée, bénéficiant au préalable du soutien de Roland Langevin, directeur de la Comédie de Liège, qui nous offrait de jouer dans son théâtre et avec qui j’ai choisi les deux pièces de Labiche. L’année dernière, mes professeurs s’étaient déjà investis dans un atelier « Karl Valentin » pour la remise des prix. Certains ont donc tout naturellement répondu à nouveau à l’appel, tandis que d’autres se sont lancés pour la première fois. La particularité de ce projet est qu’il ne s’agit pas d’un encadrement des élèves par le corps professoral, mais bien d’une distribution mêlant direction, professeurs et élèves ! Le projet était ouvert à tout le monde et les élèves ont été enthousiastes. Il a d’ailleurs fallu faire une sélection. Bien entendu, nous espérons que ce projet prendra de l’ampleur. Nous souhaitons jouer davantage, créer un comité, un groupe de lecture et de travail… Mais surtout intégrer davantage de personnes, ce qui implique de trouver des pièces dont la distribution est plus importante.
Comment s’est déroulé le travail ?
Nous avons répété à l’école, chaque lundi depuis le mois de janvier. La dernière semaine nous avons bien sûr répété au théâtre. Toutes les répétitions ont été dirigées par Roland Langevin lui-même. Le travail a été facilité par l’expérience théâtrale de certains comédiens, comme Charles Wérry, qui interprétait Poitrinas avec drôlerie, mais aussi notamment Maud Finné qui jouait le rôle de Berthe et qui a étudié à l’INSAS. La grammaire est un texte extraordinaire qui n’a pas pris une ride. En revanche, La fille bien gardée comprenait au départ des parties chantées sur des airs connus à l’époque et que l’on a aujourd’hui perdus. C’est à Véronique Wintgens, professeur de musique dans notre établissement, qui jouait la servante, ainsi qu’aux élèves, qu’a incombé la tâche de remettre le texte en musique. Nous sommes globalement tous très satisfaits par ce projet et surtout par le succès rencontré. Nous avons dû refuser plus de soixante personnes !
Le spectacle…
« Aujourd’hui, au théâtre du gai savoir, vous assisterez à une résurrection ». Tels ont été les premiers mots d’un discours de bienvenue précédant une soirée conviviale et chaleureuse. Au programme, pas d’auteur contemporain ni d’avant-gardisme pour relancer ce projet théâtral, mais l’un des maîtres du vaudeville du 19e siècle, bien connu des habitués de la Comédie de Liège, qui programmait La poudre aux yeux en janvier 2010.
La première partie fut de qualité. Drôle, vive et agrémentée de quelques interventions musicales, le texte de Labiche se voyant chanté sur des airs allant de Rouget de Lisle à Lady Gaga. Cinq comédiens, se partageaient la scène avec complicité et plaisir. La fille bien gardée retrouvait une nouvelle jeunesse.
Cinq autres comédiens offraient une seconde partie meilleure encore, grâce à une distribution de La grammaire emmenée par Patrick Delcour. Dans leur chef, plus d’expérience scénique sans aucun doute mais un jeu néanmoins spontané, dépourvu des tics, trucs et expressions stéréotypées que l’on craint toujours de retrouver dans ce type de répertoire. L’effet était immédiat : une salle hilare et des applaudissements nourris !
Sans doute l’une des raisons de ce succès, outre un important travail, était-elle à chercher du côté de l’entente profs-élèves. D’ailleurs, nombre de spectateurs peinèrent à distinguer les uns des autres, et c’est probablement l’une des plus grandes satisfactions pour les interprètes et pour tous ceux qui ont cru en ce projet.
Longue vie donc à cette initiative !
Samuel Namotte
Décembre 2012
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Samuel Namotte est étudiant en 2e master en Langues et littératures romanes.
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