Résurrection à la Comédie de Liège !
Lors du dernier week-end de septembre, la Comédie de Liège – ou Théâtre du gai savoir – accueillait la « Troupe du nouveau théâtre normalien », réunissant sur scène des professeurs et des élèves de l’École Normale Jonfosse, accompagnée et emmenée par son directeur, le romaniste issu de l’Université de Liège Patrick Delcour, par ailleurs artiste lyrique reconnu. Au programme, deux courtes pièces d’Eugène Labiche : La fille bien gardée (1850) et La grammaire (1867), mises en scène par Roland Langevin, directeur de la Comédie de Liège. Une salle archicomble, pour une ambiance chaleureuse et des fous rires collectifs !
Le théâtre normalien
Beckett, Ionesco, Adamov, Kataïev, Anouilh, Ghelderode… Tous ces auteurs figuraient, dès le début des années 50, au programme plutôt avant-gardiste du « Théâtre normalien », équipe réunissant des professeurs et élèves de l’école normale, sous la houlette de leur fondateur, un professeur de français nommé Roger Gadeyne. Ce projet artistique et pédagogique dura une douzaine d’années. Quarante ans plus tard, ce projet renaît de ses cendres grâce à Patrick Delcour, l’audacieux directeur de l’établissement, entouré d’une équipe pédagogique dynamique et investie.
Entretien avec Patrick Delcour
Patrick Delcour est diplômé de l’Université de Liège en philologie romane, et membre de la société de langue et littérature wallonnes. À ce titre, il écrit de nombreux articles à caractère essentiellement philologique et musicologique dans la revue bimestrielle de l’institution. Il est actuellement directeur de la Haute école de la Ville de Liège Jonfosse mais c’est avant tout un artiste lyrique, diplômé des conservatoires de Liège et de Bruxelles, et lauréat, notamment, du concours international de chant de Verviers. Soliste à Liège, à Bruxelles, en France, en Angleterre, en Allemagne ou encore à Moscou, il a chanté avec des pointures comme Placido Domingo, Nathalie Dessay, June Anderson, les belges Bastin et Van Dam et bien d’autres. Après s’être beaucoup intéressé à la musique belge et liégeoise, il est aujourd’hui incontournable dans la discographie de notre région.
L’an prochain, il sera présent dans l’œuvre de Berthe di Vito-Delvaux et Joseph Schetter intitulée Grétry, en première mondiale à l’Opéra royal de Wallonie en compagnie notamment des sopranos Alexise Yerna et Sabine Conzen.

Comment gère-t-on une carrière de chanteur parallèlement à une carrière de professeur, puis de directeur d’école ?
Avant de commencer ma carrière de professeur, j’étais milicien. C’est lorsque j’ai eu le bras cassé, lors d’une malencontreuse manœuvre, que l’on est venu me proposer d’enseigner. Au début, je ne le souhaitais pas car je voulais me consacrer au chant. J’ai néanmoins accepté et j’ai immédiatement dû partager mon temps entre mon art et une carrière plus académique. Cela n’a pas été particulièrement difficile car je n’avais que quelques heures de cours à donner. Il s’agissait des cours de dialectologie wallonne créés par Jean Van Crombrugge, le directeur de l’école normale à l’époque. Ces cours m’ont permis d’exploiter mon amour pour la langue et le folklore wallons. Peu à peu, mon horaire s’est alourdi et il y a cinq ans, je suis devenu directeur. Depuis, je chante moins, même si j’ai récemment fait mes débuts à Monte-Carlo et à Marseille. Par chance, l’échevin de l’instruction publique, Pierre Stassart m’octroie quelques libertés. De manière générale, je m’estime d’ailleurs heureux d’avoir pu mener cette double carrière. Sur le plan académique, la rencontre avec Jean Van Combrugge s’est évidemment avérée décisive. Artistiquement en revanche, je dois beaucoup à Raymond Rossius qui m’a engagé à l’Opéra Royal de Wallonie après le concours international de Verviers, ainsi qu’à Gérard Mortier qui m’a engagé à la Monnaie. C’est là que j’ai chanté à vingt-huit ans en compagnie de José Van Dam et Jules Bastin dans Boris Godounov.

