Bienvenue chez les « ch'tis » réfugiés

Si, à Hollywood,  la crise économique tend à raviver les théories du complot planétaire, le réalisateur français Philippe Lioret se tourne davantage vers l'humain. Dans Welcome, il s'intéresse au sort d'un jeune clandestin tentant de gagner Londres à la nage, et se frottant inévitablement à la police française.

welcome

 Après Je vais bien, ne t'en fais pas (2006), Philippe Lioret semble poursuivre son chemin l'écartant de la veine sentimentale un peu légère de ses débuts. Le succès - tant critique que  public - de ce précédent long-métrage aura donc eu pour effet de le conforter dans son choix. Plus encore, il lui aura servi de véritable vitrine. Pour Welcome, son sixième long-métrage, on ne peut en effet pas dire que la promotion se soit faite dans la plus grande discrétion : défilés dans les rédactions et sur les plateaux de télévision, bandes-annonces en masse, affiches placardées à outrance, même Vincent Lindon, malgré ses relations quelquefois houleuses avec la presse, a usé de sa forte gueule pour la médiatisation du film. Bref, impossible de passer à côté.

Cela dit, le synopsis à lui seul reste intriguant. Nous sommes invités à suivre l'aventure de Bilal (Firat Ayverdi), un jeune Kurde de 17 ans qui tente de rejoindre Londres clandestinement. N'y parvenant pas par la méthode « traditionnelle », celle des passeurs, il se retrouve coincé à Calais, surveillé par la police d'immigration. Une solution a priori incroyable s'impose à lui : traverser la Manche à la nage. C'est donc par la force des choses qu'il rencontre Simon (Vincent Lindon), maître-nageur qui vit mal son divorce. Au départ réticent, celui-ci le prend finalement sous son aile, pour prouver d'abord à son ex-femme (Audrey Dana), mais aussi à lui-même, qu'il n'est pas cet égoïste ronchon dont il a l'apparence. Malgré ces louables intentions, ni Marion ni la police locale ne voient l'association des deux personnages d'un très bon œil, étant donné la sévérité des lois concernant les clandestins.

Même si la complexité de la thématique de fond peut donner le vertige, celle-ci n'est en fait que toute relative. Le réalisateur a fait le choix de se cantonner à un seul point de vue, celui du duo Bilal-Simon face au reste du monde. Résultat : le film y gagne en intensité. On touche ici à du vécu, certes fictionnel, un prisme à travers lequel le spectateur peut appréhender la précarité du statut de clandestin. C'est d'ailleurs avec cette volonté de justesse que Lioret et son co-scénariste, Emmanuel Courcol, se sont immiscés parmi les réfugiés de Calais, trois jours durant. De même, tous les lieux présents à l'écran sont authentiques, d'où le soin de l'équipe à les rendre aussi éloquents que possible. Tant de détails qui ajoutent indéniablement un petit « plus » à leur histoire. Encore fallait-il y donner vie, ce qu'ils ont accompli avec brio.

Car la justesse, c'est également ce qui caractérise le casting. Du propre aveu du réalisateur, le choix de Vincent Lindon s'est très vite imposé pour le personnage de Simon. Pour Bilal, ce fut une autre histoire. De Paris à Istanbul, en passant par Prague et Berlin, la recherche fut âpre afin de trouver un véritable Kurde « non francisé ». C'est que la vérité prime pour Lioret, qui sera finalement parvenu à dégotter toute une palette de personnages pure souche. Cerise sur le gâteau : aucun d'entre eux, de Farit Ayverdi aux autres clandestins, n'est acteur professionnel, ce qui ajoute de la crédibilité à la démarche du metteur en scène. En résulte une interprétation saisissante, autant des immigrés dans leur propre rôle que de Vincent Lindon, en rustre quadragénaire aux yeux mouillés.

Si le ton utilisé dans le film est tout à fait adapté à l'histoire, le scénario reste assez hermétique à la véritable situation sociale des réfugiés. Bilal, doté d'une éducation solide et de plusieurs centaines d'euros, ne représente pas vraiment le vagabond-type. Quant aux conditions de vie des autres immigrés, elles sont au mieux rapidement évoquées, sinon carrément hors-champ. Point de réalisme social pur et dur à la Ken Loach donc, la trame de fond servant essentiellement à des fins « émotionnelles », entre Simon et Marion, ou entre Bilal et Mîna, sa petite amie installée à Londres. Le film n'aborde guère le pourquoi et le comment de la précarité de ces personnes. Pas de questionnement de fond, donc forcément pas de réponses.

Il n'empêche, l'affect transporté par ces personnages, parfois un peu caricaturaux,  sensibilisera sans doute plus d'un spectateur à la question. Si le point de vue adopté par Lioret n'est pas assimilable à une prise de position, il nous permet néanmoins d'élargir notre regard. Et pourquoi pas, de le tourner vers notre plat pays, où l'on attend toujours une véritable déclaration du gouvernement sur la question des régularisations...

Kevin Reynaerts
Avril 2009

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Kevin Reynaerts est étudiant de 2e Master en Information et Communication, à finalité spécialisée en presse écrite et audio-visuelle.


 

 

En salle au cinéma Sauvenière

La carte d'identité de Welcome :

Réalisateur : Philippe Lioret
Scénario : Philippe Lioret, Emmanuel Courcol, Olivier Adam
Interprétation : Vincent Lindon (Simon), Firat Ayverdi (Bilal), Audrey Dana (Marion), Derya Ayverdi (Mîna) ...
Durée : 1h50
Producteur : Christophe Rossignon
Société de production : Nord Ouest Production, France, 2008