Voyage autour du Yi Jing
Où l'on s'aperçoit que la médecine et les arts martiaux, c'est la même chose
Toutes les pratiques traditionnelles chinoises, que ce soit la médecine ou les arts martiaux peuvent s'ordonner autour du cercle du Yi Jing, le livre des transformations.
Vieux d'au moins 3 000 ans, il n'a fait son apparition en Europe que vers la fin du XVIIe siècle par l'intermédiaire des Jésuites. Il inspire à Leibniz le système binaire. Mais il faut encore attendre la fin du XIXe et le début du XXe pour voir apparaitre des traductions en anglais et en allemand et la fin des années 60, en français.
En 1973, à Changsha dans le Hunan, 3 tombes datant du IIe siècle avant notre ère sont découvertes. Outre des objets de toute beauté, elles recèlent une importante bibliothèque. Les manuscrits sur soie ou sur bambous traitent de sujets aussi divers que l'astronomie, les mathématiques, la médecine et reprennent également tous les Classiques : le Yi jing Confucius, Laozi, etc. Tous ces textes sont antérieurs aux copies connues jusqu'alors.Grâce à eux, on apprend que l'acuponcture est une médecine qui a évolué : dans la pratique actuelle de nouveaux points ont été ajoutés aux points utilisés à l'époque, mais également que des pratiques corporelles contemporaines connues sous le nom de qigong sont demeurées inchangées.
Le yin et le yang : énergies en harmonie
La médecine traditionnelle et les arts martiaux chinois s'appuient sur les idées d'énergie yin et yang et de leur circulation dans le corps humain. Ces notions de yin et de yang sont souvent mal comprises. Notre tendance est de les opposer alors que c'est leur relation harmonieuse qui importe.
La manière la plus simple de les définir est de prendre l'image d'une montagne.
La partie éclairée par le soleil sera dite yang, la partie à l'ombre sera dite yin. Dans la partie éclairée se trouvent aussi des parties plus sombres, on comprend ainsi comment le yin se retrouve dans le yang. Dans la partie à l'ombre, il y a des parties plus éclairées et donc il y a du yang dans le yin.
Si on considère la même montagne au fil de la journée et des saisons, on voit les parties éclairées passer progressivement à l'ombre et inversement, on comprend ainsi comment le yang se transforme peu à peu en yin et le yin en yang.
À partir de cette image, on va tout classer : le soleil, le ciel, l'actif sont yang; la lune, la terre, le réceptif sont yin. Mais l'un ne va pas sans l'autre : la terre, réceptive, reçoit les graines des plantes mais si le ciel ne fournit pas d'eau, en fournit trop ou trop peu, ou au mauvais moment, si la terre est stérile, trop acide ou pas assez, il n'en sortira rien de bon. L'essentiel est le travail en harmonie de ces 2 énergies.
Le YI Jing, le livre des transformations
Dans le livre des transformations, un trait plein désigne l'énergie Yang, un trait brisé, l'énergie yin. Ces 2 traits sont combinés 3 par 3 pour obtenir des trigrammes auxquels on associera un nom, une qualité, une fonction. Les trigrammes sont alors associés 2 par 2 pour obtenir des hexagrammes.Chaque hexagramme possède un nom, est associé à une image et porte un jugement sur une situation.
Les traits yin et yang sont obtenus en lançant 3 pièces marquées de 3 points sur une face et de 2 points sur l'autre. Si le total des points est 9, on est en présence d'un "vieux yang", sur le point de se transformer en yin, 6 est un "vieux yin" sur le point de se transformer en yang. 7 est une jeune yang, 8 un jeune yin, il ne sont pas encore mûrs et restent ce qu'ils sont.
Le livre des transformations donne des indications sur une situation en devenir, mais le destin n'est pas fixé : il appartient à celui qui tire l'hexagramme de décider ce qu'il fera des conseils obtenus.Connu depuis peu de temps en Occident, les commentateurs, particulièrement en français, s'arrêtent généralement à cette fonction divinatoire mais le Yi Jing est beaucoup plus que cela : c'est un livre de mathématique, de philosophie, de médecine, de musique, mais aussi d'art martial.
Il présente la particularité de n'être ni un livre révélé, ni un poème épique, ni une méthode logique. Il n'a pas d'auteur et ne s'oppose à aucune croyance, à aucune religion.
Photo : Mario Poehl

