Basé sur la vie réelle de Harvey Milk (1930 - 1978), premier élu ouvertement gay aux États-Unis, le nouveau film de Gus Van Sant retrace l'odyssée politique de ce combattant pour les droits civiques des homosexuels. Dans le rôle éponyme, Sean Penn, Oscar du meilleur acteur, démontre une fois encore qu'il fait partie de cette caste suprême que sont les acteurs caméléons.
On avait laissé le réalisateur Gus Van Sant avec ses excellents films quasi expérimentaux centrés sur les névroses de l'adolescence (Elephant, Last Days, Paranoid Park). Le voila de retour sur le devant de la scène cinématographique avec une réalisation d'un tout autre genre. Bien plus qu'un plaidoyer sur la différence, la tolérance ou le respect des droits civiques dans l'Amérique conservatrice des années septante, le dernier-né du cinéaste américain est avant tout un hommage à l'homme qu'était Harvey Milk. Si le politicien né en 1930 à Long Island en Californie, est relativement, voire totalement inconnu chez nous, tant son combat s'est concentré dans la ville de San Francisco, Milk représente pourtant cette ouverture d'esprit, cette étincelle dans les consciences parfois trop étroites d'une époque, encensée par les jeunes générations actuelles pour sa grandeur musicale et sa liberté de façade. Une époque qui considérait pourtant l'homosexualité comme l'expression d'une perversion, voire d'une aliénation tant mentale que physique.
Sorte de biopic montrant le parcours d'Harvey Milk durant ses huit dernières années, depuis sa prise de conscience et son entrée en politique jusqu'à sa chute tragique, plusieurs balles dans le corps, un soir de novembre 1978, le film s'attache aussi à la dimension affective et sentimentale du personnage. Car chez Milk, le politique et l'affectif sont imbriqués, soudés, au point que son combat civique va véritablement étouffer ses diverses relations. L'évocation de ces anecdotes et informations permet de ne pas voir l'homme comme un symbole désincarné, mais plutôt comme un militant empli de doutes et d'espoir. Le problème étant que cette narration de détails rend le film inégal dans son ensemble, certaines parties de la vie privée de Milk étant assez superfétatoires.
Mais plus que cette perspective assez hagiographique, le film trouve un intérêt particulier dans la reconstitution d'une époque, d'un quartier, d'une ville. Et là, pas le moindre bémol à émettre. Le Castro, quartier de San Francisco qui est à la culture gay ce que Berkeley est au mouvement hippie, renaît véritablement, et s'impose tel un personnage à part entière. Au point qu'il en devient difficile, dans certaines scènes, de distinguer ce qui est image d'archive des images tournées par Van Sant.
Archi-classique dans sa construction, basée sur un long flash back guidé par la voix off de Milk enregistrant ses dernières paroles, cette production est avant tout un film de commande des studios. Gus Van Sant se met totalement au service de son sujet et du scénario, oubliant cette fois le caractère expérimental qui le caractérise pourtant si bien. Un classicisme nécessaire pour un sujet assez sensible outre-Atlantique, où l'homosexualité dérange toujours le très puissant triptyque : religion, famille, patrie. D'où la banalité de sa construction, cet aspect convenu de la narration qui explique peut-être aussi cette vision consensuelle et lisse de l'homme qu'était Harvey Milk. Un côté icônique exacerbé qui agace plus qu'il ne subjugue, tant l'homme à l'air parfait.
Enfin, impossible de passer sous silence l'énorme métamorphose de Sean Penn. Car il s'agit ici plus d'une métamorphose que d'une performance. Son côté candide, son sourire désarmant mais pourtant simpliste, désarçonnent autant qu'ils fascinent. Et Josh Brolin, l'excellent W. dans le dernier film d'Oliver Stone, tout comme Emile Hirch, tout simplement transformé, développent eux aussi un jeu d'acteur époustouflant.
À voir en salles au Parc et au Sauvenière.
Sébastien Close
Mars 2009
Sébastien Close est étudiant en 2e master en Information et Communication, finalité Presse écrite et audio-visuelle.
La carte d'identité d'Harvey Milk, le film :
Titre original : MilkRéalisateur : Gus Van Sant
Scénariste : Dustin Lance Black, d'après la vie d'Harvey Milk
Avec : Sean Penn (Harvey Milk) ; Josh Brolin (Daniel White) ; Emile Hirch (Cleve Jones) ; James Franco (Scott Smith)
Production : Bruce Cohen et Michael London, U.S.A., 2008.

