StART, une nouvelle impulsion donnée à l'industrie culturelle

En matière d'investissement, la culture a toujours fait figure de parent pauvre, elle constitue pourtant quelque 3 % de revenu intérieur wallon. En lançant conjointement StART, un fonds d'investissement destiné à soutenir financièrement les projets culturels, Région wallonne et Communauté Française pourraient bien inverser la tendance.

La culture, une valeur porteuse

« En ces temps difficiles, le culturel devient une valeur porteuse pour la relance économique, explique Xavier Parent, professeur de droit fiscal à l'Université de Liège. Les entreprises culturelles jouent un rôle important en termes de croissance et de création d'emplois ». Une nouvelle tendance qui n'est pas passée inaperçue aux yeux de nos politiques puisque Jean-Claude Marcourt, Ministre de l'économie à la Région wallonne, Fadila Laanan, Ministre de la culture à la Communauté française et Rudy Demotte, Président de la Communauté et de la Région, se retroussent les manches pour venir en aide aux acteurs culturels en manque de ressources financières. « Ce projet relève de différents niveaux de pouvoir, explique le professeur. Il faut être attentif à la manière dont il va se structurer. Dépendra-t-il plus de l'une ou l'autre sphère institutionnelle ? ». À l'heure actuelle, les intéressés annoncent la création d'une filiale commune au capital de 10 millions d'euros, une somme à financer que Région et Communauté se partageraient à concurrence de la moitié chacune. « Bruxelles n'interviendrait pas en tant qu'institution, en tout cas dans un premier temps, mais la porte lui sera toujours ouverte », assure Minh Giang Do Thi chargée de mission au Cabinet du Ministre-Président Rudy Demotte.

Un partenariat public-privé

Après le lancement de cette société anonyme, le secteur privé, tels que les organismes financiers devront être démarchés afin que le fonds devienne un véritable partenariat public-privé. L'objectif étant d'agrémenter le capital de départ de 10 millions supplémentaires. « C'est une alternative intéressante à ce qui existe actuellement, constate Xavier Parent, c'est-à-dire un financement purement privé d'un côté tel que le mécénat ou le sponsoring et, de l'autre, des aides publiques directes ou sous forme de contrats-programmes en ce qui concerne les institutions culturelles publiques. L'idée qui est défendue est la suivante : une contribution financière publique pour attirer les investisseurs privés comme cela se fait déjà avec Wallimage pour le cinéma ». Une structure qui ne sera pas concurrencée : « il s'agit ici d'élargir la mesure à d'autres domaines de création », précise le juriste. Il serait, en effet, question d'aider des domaines tels que les nouveaux médias, les jeux vidéo, la conception numérique, la musique, les arts de la scène, le stylisme, le design, l'édition et les arts. Les acteurs de ces divers secteurs culturels pourraient dès lors bénéficier de financements de projets à court et à moyen terme (de 3 mois à 5 ans), de prêts complémentaires ou hypothécaires, de garantie bancaire rémunérée ou encore d'une augmentation de capital. Ils seraient également aidés par à la mise sur pied d'un système de coaching via lequel ils bénéficieraient d'un accompagnement personnalisé en matière de gestion.

Déjà un succès en Flandre

Création de Christophe Coppens. Printemps 2009.

En agissant de la sorte, les francophones n'inventent rien, ils ne font qu'adapter une structure qui existe déjà et qui a fait ses preuves au Canada avec la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (Sodec) mais aussi, beaucoup plus proche de nous, en Flandre, avec Cultuur Invest. Nos voisins du Nord disposent de ce type de structure depuis un peu plus de deux ans déjà. Très active, elle a permis à 20 nouvelles entreprises culturelles de prendre leur envol avec succès, notamment dans le secteur de la mode où elle a escorté des stylistes aussi incontournables que Christophe Coppens à Bruxelles ou Véronique Branquinho à Anvers. Qui a dit que culture et économie ne faisaient pas bon ménage ?

En Wallonie, le projet n'en est bien sûr qu'à ses balbutiements : « Nous finalisons actuellement les statuts. Ils devraient être soumis au Gouvernement dans le courant du mois de mars. Il faudra ensuite passer devant le notaire et mettre en place le Conseil d'administration dont les membres seront également désignés en mars », explique Minh Giang Do Thi. Mais il est déjà très attendu par les nombreux porteurs de projets culturels wallons et bruxellois qui, des idées plein la tête, ont souvent les poches vides.

 

À gauche : Création de Christophe Coppens. Collection printemps 2009

 

Martha Regueiro
Mars 2009

 

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Martha Regueiro est journaliste indépendante. Elle anime aussi une émission consacrée au spectacle et à l'art sur 48FM.

Merci à Xavier Parent. Xavier Parent est professeur de droit fiscal à l'ULg. Ses recherches portent principalement sur l'impôt sur le revenu et les rapports multiples entre droit et culture.