Subtil mélange entre recherche et enseignement, science et pédagogie, héritage et technologie, art et tourisme, l'Aquarium-Muséum de l'Université de Liège est, avec plus de 95.000 visiteurs annuels (sans compter les étudiants), une institution phare. Alors, à l'heure où les premiers aboutissements d'une mise en valeur patrimoniale programmée sur 4 années sont enfin visibles, le site Culture ULg vous propose un voyage au pays des merveilles scientifiques et zoologiques.

Sur la rive droite de la Meuse trône l'Aquarium-Muséum de l'Université de Liège, une imposante bâtisse du 19e siècle témoin muet des importantes avancées scientifiques et techniques qui ont jalonné cette époque, notamment en Cité ardente. Ses murs renferment d'ailleurs quantité de trésors et de merveilles plus que centenaires qu'une équipe de scientifiques passionnés ne cesse de dépoussiérer. Comment ? Non seulement à travers une série d’investissements importants mais, également, en proposant à un large public des visites originales et décalées. C'est le cas ce 18 décembre avec, dans le cadre d'une « Nuit au Muséum », la création d'une balade contée intitulée « Animaux et merveilles ». L'occasion rêvée pour le site Culture de revenir sur le musée le plus visité de la Province de Liège.
La monumentale peinture de Paul Delvaux qui accueille le visiteur de l'Aquarium-Muséum fixe la magie du lieu. Pousser les lourdes portes du quai Édouard Van Beneden, c'est d'abord bien sûr entrer dans l'univers des sciences et de la recherche. Pôle d'excellence de la biodiversité animale, l'Aquarium-Muséum est d'ailleurs, dans le domaine, un acteur dynamique, support de nombreux chercheurs du Département de Biologie, Écologie et Évolution de notre Université. «Nous maintenons régulièrement des animaux dans nos installations pour le laboratoire de morphologie fonctionnelle et évolutive – œufs de roussettes, poissons-clowns…» développe Sonia Wanson, directrice adjointe de l'institution universitaire . «Nous collaborons aux études sur les émissions de sons des poissons – une borne interactive illustre d’ailleurs les recherches du professeur Éric Parmentier. On nous consulte fréquemment en tant qu’experts, par exemple pour certains laboratoires du GIGA1 pour lesquels le poisson est le principal support d’expérimentation. L’Aquarium est également membre de l’entité thématique de recherche AFFISH-RC2 de l’ULg. Du côté Muséum, nous recevons souvent des chercheurs étrangers, par exemple l’australien Barry Russel pour l’étude des spécimens de poissons et des aquarelles de l’explorateur Castelnau du 19° siècle. Ou encore nous prêtons des spécimens-type en vue de la révision de groupe en systématique animale. Sans compter les étudiants qui trouvent chez nous matière à mémoire ou thèse.»
Une fenêtre sur le monde aquatique
Au rez-de-chaussée, l'Aquarium ouvre au grand public une fenêtre sur le monde aquatique. Outre les stars le plus souvent issues des eaux tropicales – la raie, l'hippocampe ou encore, rendus célèbres par un Disney, les poissons clowns ou chirurgiens – la visite est également l'occasion de découvrir des espèces impossibles à observer à l'état naturel comme, par exemple, les anguilles jardinières. « Extrêmement peureuses, elles s'enfoncent dans le sable à la moindre alerte », explique Lorenzu Berti, biologiste et responsable pédagogique, en passant son doigt sur la vitre.
Un peu plus loin, face au bassin aux requins, il nous invite à nous débarrasser des préjugés que l'on pourrait avoir sur ces « monstres sanguinaires » très utiles à la préservation de l'écosystème, notamment aux abords de la barrière de corail australienne : « Le film de Spielberg ''Les dents de la mer'' a beaucoup contribué à leur mauvaise réputation. Il a créé un véritable climat de terreur qui a eu un impact sur le tourisme et a conduit à des massacres vengeurs tant et si bien que les bénéficiaires des droits d'auteur du film les ont reversés en faveur de la recherche sur le requin blanc ». « Notre but n'est cependant pas de faire du sensationnel, poursuit sa collègue, l'aquariste Marie Bournonville, mais de montrer un maximum de groupes d'animaux différents ».
Et pour ce faire, la « salle des requins et récifs coralliens » a été complètement réorganisée : nouvelle scénographie d'exposition des coraux, réaménagement du bassin aux requins, nouveau lagon tropical. Ce dernier, ayant pris du retard pour des raisons techniques sur lesquelles l'équipe muséale n'a aucune prise, se peuple de plus en plus et sera entièrement achevé le mois prochain.
Bientôt, ce sera également tout le système d'accompagnement des visites qui sera amélioré grâce à de nouvelles photos et fiches de présentation. Le musée entrera également dans l'ère des nouvelles technologies, avec dans un second temps, la création d'une webapp ou application mobile. « Si nous avons les fonds nécessaires, précise encore Sonia Wanson, nous investirons également dans des bornes interactives supplémentaires (il y en a déjà une dizaine dans la salle Requins et récifs coralliens) pour que le visiteur puisse avoir accès aux mêmes informations, et même davantage, sur trois supports distincts ».
Mais dans les quelque 800 visites guidées et animations stages et ateliers organisés par an, rien de tel que les anecdotes de Lorenzu Berti. Ainsi, faisant face à l'« aquarium aux dons », il explique que l'institution reçoit parfois des «cadeaux» de particuliers. « Lorsqu'ils achètent un poisson de ce genre, il ne fait que quelques centimètres mais très vite l'animal grandit, grandit et ils ne savent plus quoi en faire », dit-il en pointant un énorme Pléco également appelé nettoyeur de vitres. « Malheureusement, au moment de l'achat, le grand public n'est pas sensibilisé. Il n'y a pas non plus de législation en la matière. Ce travail de prévention est donc également le nôtre. »
Un peu plus loin, il poursuit : « une grande partie de nos pensionnaires proviennent de nos contrées. Nos plus proches voisins, certes, mais pas les plus connus. Pourriez-vous me citer dix espèces qui vivent dans nos rivières ? », interroge-t-il. Non ? Vous savez ce qu'il vous reste à faire...
Un parfum d'aventures
Quelques étages plus haut, le Muséum. Le visiter, c'est se laisser pénétrer par les faits historiques, les récits d'aventuriers, les souvenirs d'expéditions lointaines, qui l’imprègnent. Et, lorsqu'ils sont racontés par des pédagogues passionnés comme ceux qui composent l'équipe de l'institution, les nombreux spécimens visibles prennent réellement vie.

Au détour d'une allée, on en rencontre de différents types. Il y a d'abord les doyens chassés au cours du 19e siècle : l'ours blanc, le tigre et le loup gris. « Les babines retroussées, ce dernier arbore une posture agressive. C'est fait exprès, parce qu''à l'époque, il était considéré comme le mal absolu », développe le responsable pédagogique avant de poursuivre : « Tous les trois ont été tués lors d'une expédition. À l'époque c'était courant mais ce n'est plus le cas aujourd’hui. Les spécimens plus récents sont morts naturellement, en captivité ».

Les salles contiennent également quelques cas pour le moins... atypiques comme ce léopard rangé dans la faune belge car il appartenait à un particulier de Belgique ou encore ce petit chien qui illustre les carnivores et qui n'est autre que le fidèle compagnon d'une ancienne concierge.
Il y a enfin les pièces maîtresses comme ce squelette géant d'un rorqual long de plus de 18 mètres ou les spécimens recherchés. Citons, par exemple, ce crocodile dont la peau a été analysée pendant deux ans par des étudiants en Conservation et restauration d’œuvres d'art à l'ESA St-Luc ou encore, moins glorieux, cette tête de rhinocéros dont la corne n’est plus l’originale aujourd’hui – elle a fait l’objet d’un vol à main armée en 2011, mais a heureusement été retrouvée. « Même si on en parle très peu dans les médias, ce genre de trafic existe toujours », déplore le scientifique.
À cet étage, où se mêlent science et histoire, l'art a également sa place. De nombreuses expositions d’artistes – au moins deux chaque année – révèlent les liens entre l’art et la science : photographie, sculpture, illustrations… Sans oublier la pratique assidue du dessin tout au long de l'année dans les salles du Muséum par des étudiants et professeurs en Arts.
Un nouvel espace muséal en 2017
Trait d'union entre les différents étages, un nouvel espace muséal dénommé « la salle du Trésor du Patrimoine Zoologique » verra le jour en 2017 et marquera la fin de quatre années de rénovation. « Celui-ci contiendra entre autres les premières collections données par Guillaume d'Orange en 1817, lors de la fondation de notre Université. Il est tout à fait naturel qu'il soit inauguré dans le cadre du bicentenaire de notre Alma mater », précise Sonia Wanson. Les murs ornés des dessins, croquis, et aquarelles de l'explorateur Francis Laporte de Castelnau, cette nouvelle salle abritera, comme son nom l'indique, des objets patrimoniaux d'une valeur scientifique, historique et artistique inestimable.

Des spécimens d'espèces disparues comme le dronte, le loup de Tasmanie ou encore le huia, côtoieront des modèles embryologiques et d’invertébrés en cire issus des ateliers Ziegler. « À partir du milieu du 19e siècle et jusqu'en 1920, explique la co-directrice du Muséum, ces animaux en cire vont révolutionner le quotidien des universitaires, des hôpitaux et des musées. On peut désormais, grâce à ces fidèles reproductions de la réalité, visualiser des organes en trois dimensions ».

D'autres merveilles seront également mises en avant dans ce nouvel espace : les Blaschka, que l'on peut admirer déjà au Muséum. Commandés par Édouard Van Beneden en 1886 et encore parfaitement conservés aujourd’hui, ces représentations en verre d'animaux invertébrés marins, qui portent le nom de leurs créateurs, Léopold et son fils Rudolph Blashka, sont uniques en Belgique !
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Reconnu comme institution muséale de classe A (le plus haut degré) par la Fédération Wallonie-Bruxelles, plus récemment, reconnu attraction touristique «quatre soleils», l'Aquarium-Muséum de l'Université de Liège n'a cessé de se réinventer au fil des années. Tout en préservant son exceptionnel patrimoine, il a su mettre en valeur ses plus belles pièces et ses plus beaux spécimens. Véritable porte entre le passé et le futur, il a su s'ancrer dans son temps et dans sa ville.
Martha Regueiro
Décembre 2015
Martha Regueiro est journaliste indépendante
1 Grappe Interdisciplinaire de Génoprotéomique Appliquée
2 Applied and Fundamental Fish Research Center

