Grand amoureux des balades, Patrick Corillon a déployé son exposition comme un fil d’Ariane à travers le complexe de Vandenhove pour que, comme dans un jardin anglais, le visiteur déambule, s’émerveille et surprenne des bribes de présence entre les tableaux successifs qui composent le parcours, comme autant de chapitres d’un recueil de contes. Histoires à dormir debout, locution complice, invite ainsi le curieux à découvrir les personnages qui jalonnent l’univers poétique de l’artiste…

Le montreur de marionnettes. Photos Stephanie Reynders
Dès le pavillon central du CHU, les intégrations de l’artiste s’offrent à lui. Subtiles et sans prétention, elles proposent plus qu’elles n’imposent le souvenir d’une anecdote, d’une légende, d’un passage qui relèvent plus du probable que du réel. Ainsi, les bâches qui ornent les rambardes des étages sont-elles celles d’anciens patients qui, en temps de guerre, ont sacrifié leurs draps de lits et leurs rideaux, les ont transformés en livres d’histoires improvisés puis livrés à un conteur. Ce dernier, à l’instar de ce montreur de marionnettes qui officiait en 1943 dans une cave varsovienne pour distraire quelques survivants, gagnait chaque soir l’hôpital de Liège et relatait les souvenirs de chacun avec ces toiles de fortune.
Plus bas, aux étages intermédiaires, un écran projette un film d’animation, L’épidémie, dont les mots trouvent un écho particulier dans le hall d’un hôpital : Par précaution, on est allé en consultation. Il était encore trop tôt pour une intervention. Il fallait continuer à vivre avec ce qu’on avait. Même si on ne savait pas toujours comment les choses allaient tourner.
En poursuivant son périple, le badaud complice rencontre encore, dans les couloirs du troisième sous-sol, une suite de panneaux intitulée Les chemins d’âne. « L’âne, c’est notre âme qui a perdu une jambe » explique l’artiste. À nous de tenter de la consoler, de la stimuler et de la guérir à coups de mots doux, pour qu’elle reprenne sa route.
Les recherches du Pr Wierzel. Photo Stéphanie ReyndersDans la verrière sud du complexe, des amas de livres sont présentés, prêts à être disséqués : il s’agit des recherches du professeur allemand Alfred Wierzel exposant les vertus d’anticorps puissants que peuvent revêtir les narrations de malades sur leur propre état de santé.


Pas loin, des « compagnies de parasites » sont emprisonnées dans des vitrines et témoignent que « nous ne sommes pas seuls ». À tout moment, les micro-organismes qui élisent domicile dans nos maisons, sur notre peau et en nous, sont les observateurs de nos vies et les influencent parfois.
Enfin, le visiteur averti retrouve un personnage familier, celui de l’écrivain hongrois Oskar Serti, véritable voyageur infatigable, héros récurrent de la mythologie de l’artiste qui a laissé derrière lui quelques indices de son passage à l’université de Liège, lorsque quelques étudiants, en 1987, retrouvèrent les expériences visuelles auxquelles il avait accepté de se prêter en 1932.
« Cette exposition est finalement une invitation qui ressemble à celle que l’on reçoit enfant : se laisser emporter par des histoires qui, même si elles ne tiennent pas debout, nous donnent envie de croire en elles », conclut Julie Bawin.
Stéphanie Reynders
Avril 2015
Stéphanie Reynders est historienne de l’art et membre du comité organisateur de l’exposition « Histoires à dormir debout ».
Patrick Corillon
Histoires à dormir debout
Musée en Plein Air du Sart Tilman
24 avril > 8 juin 2015
Centre Hospitalier Universitaire de Liège - Avenue de l’Hôpital, 1 - Domaine universitaire du Sart Tilman
www.museepla.ulg.ac.be
L’exposition se déploie dans la Grande Verrière du CHU de Liège et dans la salle du Musée en Plein Air (verrière sud, niv.-3).
L’exposition est accessible du 24 avril au 8 juin 2015, la salle du Musée est accessible du mardi au vendredi de 12h à 16h, samedi de 10h à 13h et sur RDV.
Accès libre.
Visites guidées gratuites chaque vendredi à 12h00. RDV dans la grande verrière du CHU, face au point d’accueil. Durée : +/- 45 min.
Les recherches du Professeur Wierzel
Photo Stéphanie Reynders
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