Troisième invité au CHU de Liège dans le cadre du cycle «Artiste à l'hôpital», le liégeois Patrick Corillon propose des Histoires à dormir debout aux usagers de l'hôpital. Ses œuvres sont autant de contes à regarder et à lire, qui emmènent le visiteur dans son imaginaire foisonnant. L'artiste a d'ailleurs été primé pour ses interventions à la fois plastiques et narratives dans le bâtiment du Théâtre de Liège. L'exposition organisée par le Musée en Plein Air du Sart Tilman, en collaboration avec le CHU de Liège, invite à un voyage fictionnel dans des petites histoires de patients, de médecins, de chercheurs ou d'hôpitaux, auxquelles on a envie de croire.
Du 24 avril au 8 juin, visites guidées gratuites tous les vendredis midi.
Les chemins de l'âne, 2007
« L’âne, c’est notre âme qui a perdu une jambe »
Photo Raoul Lhermitte
Des artistes à l’hôpital
Initié en 2012 par le Musée en Plein Air du Sart Tilman, le cycle d’expositions Artistes à l’hôpital a pour but d’inviter l’art dans le milieu hospitalier et de proposer une expérience nouvelle tout à la fois au personnel médical, aux patients et aux visiteurs. Digne héritier de l’architecte Charles Vandenhove qui avait déjà invité des artistes de renom à œuvrer à ses côtés dans le complexe du CHU, ce programme a déjà proposé deux expositions d’envergure : celles de Djos Janssens (Near you, 2012) et de Jeanne Susplugas (Monkey on Back, 2014). Pour la troisième édition de l’événement, c’est l’artiste Patrick Corillon qui a été choisi.
« Lorsqu’il a été question de mettre sur pied le troisième volet d’Artistes à l’hôpital, le nom de Patrick Corillon s’est d’emblée imposé », confie Julie Bawin, commissaire du cycle d’expositions. « Il a tout de suite été emballé à l’idée de pouvoir intégrer ses œuvres dans un hôpital, a fortiori celui du CHU avec lequel il entretient une relation particulière. Cela faisait par ailleurs longtemps que nous voulions travailler ensemble. Le contexte était donc idéal ».
Récemment lauréat du Prix Ianchelevici 2014 pour ses intégrations dans le nouveau Théâtre de Liège, Patrick Corillon est en effet un de ces artistes que l’on ne présente plus.
Actif depuis les années 1980 dans la sphère artistique internationale, il a exposé ses œuvres dans des institutions aussi prestigieuses que la Tate Gallery à Londres, le centre Pompidou à Paris ou encore le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles et de Charleroi, honoré de nombreuses commandes publiques (le métro de Toulouse, le tramway de Nantes ou la place Goldoni à Paris) et travaillé de concert avec plusieurs architectes renommés à des interventions dans quelques bâtiments historiques (Théâtre des Abbesses et la Manufacture des Gobelins à Paris, université de Metz, palais royal à Bruxelles, collégiale Sainte-Waudru à Mons). À Liège, on se souvient aussi de ses interventions remarquées (le Balloir, la rue Bonne fortune, l’ancienne société d’Émulation) ainsi que de sa première collaboration avec le Musée en Plein Air du Sart Tilman qui a engendré, en 1996, l’œuvre Sieste sur les hauteurs de Liège.
C’est peut-être ici que… Patrick Corillon est passé
Réel touche-à-tout, Patrick Corillon a déjà livré une production variée, « polymorphe », qui expérimente toutes les techniques (photographies, installations sonores et vidéo, films d’animations, pièces de théâtre, objets, livres…) et dans laquelle, inlassablement, il explore le domaine des sentiments, de l’imagination, du probable ainsi que du langage, vecteur de narration et des expressions. Se présentant comme un passeur de mémoire, un raconteur de fictions, il a à cœur d’interroger la mémoire des lieux, d’en glaner précieusement les histoires et de les évoquer par des installations discrètes (une lézarde dans un mur, une plante grimpante, des traces de ballons…).
L'arbre, 2008. Photo Raoul Lhermite. - Patrick Corillon. Photo Stéphanie Reynders
Ses plaques de rues, disséminées aux quatre coins de la Belgique durant les années 1980, avaient déjà ouvert la voie avec leur scepticisme déconcertant (« C’est peut-être ici que… »), reléguant ces anecdotes à leur place subjective de mythes. Ces légendes, réelles ou créées de toutes pièces, alimentent la poésie toute personnelle de l’artiste, qui tente de définir le processus de réciprocité entre l’homme et ce qui l’entoure – la nature, la ville, les bâtiments, témoins des marques plus ou moins délébiles qu’il y appose. « Peu importe la forme qu’elles prennent et l’endroit où elles sont installées, ses créations sont celles d’un raconteur de légendes, d’un affabulateur hors pair qui s’ingénie à construire un monde avec la précision d’un historien » commente Julie Bawin.
L’hôpital comme une histoire
Dans un lieu aussi lourd de sens que l’hôpital, Corillon déroule les récits que les malades s’inventent ou se racontent entre eux pour tenir le coup, pour s’évader, pour s’interroger : Ces derniers temps, on ne se sentait pas très bien. Mais on ne savait pas si on était vraiment malade, ou si on se racontait des histoires (L’épidémie, 2009). Toutefois, l’artiste ne se contente pas d’épingler en collection une série de faits, de souvenirs. Il les livre comme des tremplins pour réfléchir, interpréter et vivre le lieu lui-même, théâtre des événements. « C’est en réalité toute l’histoire de l’hôpital en soi qu’il réinvente en relatant des faits qui s’y seraient déroulés, des découvertes qui y auraient eu lieu. D’une forme à l’autre, ces récits se répondent et s’entrecroisent, ils se lisent autant qu’ils se regardent, se touchent autant qu’ils s’écoutent » précise encore la commissaire.
Photo Raoul Lhermite

