Tous les deux ans, le Festival de Liège propose des pièces de danse, théâtre et musique qui remettent notre monde en perspective, aux confins du poétique et du politique. Plus que jamais, avec l'édition 2015, qui se déroulera du 30 janvier au 21 février, Jean-Louis Colinet entend que la culture combatte la montée des nationalismes, du populisme, du racisme. «On vit une période de plus en plus sombre et dangereuse. Nos valeurs démocratiques vacillent. La fracture sociale s'accroît. Dans ce contexte, la culture constitue plus que jamais un rempart essentiel.» Belle ambition pour ce festival international, qui se donne aussi pour objectif de faire découvrir et de promouvoir des artistes belges émergents, d'aider au rayonnement de nos compagnies théâtrales dans le monde entier.
Focus sur les drames de l'émigration et de l'exil
Parmi les artistes belges déjà bien connus, on peut citer Fabrice Murgia, avec Ghost Road 2 : Children of nowhere, l'histoire d'une ville désertée, dont Pinochet fera un camp de concentration pour des prisonniers politiques, l'histoire aussi de milliers d'exilés arrachés à leurs racines. Vincent Hennebicq (Belgique),dans Going home nous fait entrer dans l'enfer vécu par un jeune éthiopien, exilé, déprimé, qui rêve de bonheur, en quête d'identité, confronté à une Europe raciste et injuste. Les frères belgo-tunisiens Hèdi et Ali Thabet (qu'on a pu applaudir dans Rayahzone, dans le cadre du festival Pays de danses en février dernier), présenteront En attendant les barbares, une pièce qui parle d'exilés qui pensaient trouver le paradis sur l'île de Lampedusa.

Le NIMIS Groupe (Belgique) (Ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu), observe la citoyenneté européenne à travers les yeux de ceux qui la détiennent, de ceux qui en décident, et de ceux qui ne l'ont pas.
La chorégraphe Robyn Orlin (Afrique du Sud) (qui avait créé à Liège en 2009 son spectacle Dressed to kill, killed to dress). Elle chorégraphie la première partie du Coupé-décalé de James Carlès (Cameroun). Un coupé-décalé est un mouvement de danse, mouvement identitaire, né en France dans les clubs africains il y a une dizaine d'années, avec beaucoup de rythme et d'humour.
Regards sur la société
Ping Pang Qiu d'Angélica Liddell (Espagne) s'intéresse à Mao, son petit livre rouge, sa Révolution culturelle et son totalitarisme. La imaginación del futuro de la Re-sentida (Chili) revisite les meilleures et pire années du Chili, le suicide d'Allende et la dictature de Pinochet.
Le Ramdam collectif (Belgique) a choisi la forme «conférence» avec Buzz. Quelles solutions pour le théâtre de demain, pour parler du théâtre comme d'une entreprise à sauver, en abordant des questions plus larges comme les dérives de notre société marchande, de la réalité économique et des nouvelles technologies omniprésentes.

Le coupeur d'eau est au départ une nouvelle de Marguerite Duras, dans laquelle un ouvrier est amené par à couper l'arrivée d'eau d'un foyer démuni. Les conséquences seront tragiques : la mère entraînera toute sa famille dans la mort. Dirk Roofthooft (Belgique) s'empare de ce texte pour amener le public à réfléchir sur la responsabilité de la société et les raisons profondes qui ont conduit la famille au suicide.
L'individu, ses quêtes, ses difficultés
Sophie Warnant et Romain Vaillant (Belgique) ont voulu dans leur spectacle Ha Thafénéwail ! réinterroger la psychiatrie, parler de ces personnes enfermées dans les cliniques psychiatriques et poser la question de leur place dans notre société. C'est à la dictature du bonheur, au coaching, à la foi humaine et aux techniques de développement personnel qu'Olivia Carrère (Belgique) s'attache, elle parle de l'être humain perdu au milieu du tumulte de la société, dans Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Maura Morales (Cuba et Allemagne) chorégraphie dans Wunschkonzert les joies et les rêves d'une jeune femme dans un appartement de carton, au-delà des carcans, de la monotonie quotidienne et de la solitude. Du fond de sa prison, Emilia se souvient de sa vie de nourrice et de l'enfant dont elle s'est occupée. Emilia, de Claudio Tolcachir (Argentine) parle des rapports familiaux et de ce qui se cache derrière l'amour.

Macabra Dolorosa de la polonaise Katarzyna Chlebny évoque le meurtre d'un enfant par sa mère, au nom de l'idéologie national-socialiste. Enfin, Dugne [les bas-fonds] de Maxime Gorki (Lituanie) nous convie à la table des réjouissances des pauvres.
Factory, un festival dans le festival
Grande nouveauté cette année, le festival a conclu un partenariat avec La Chaufferie-Acte1, avec qui il présente Factory : Trois jours, du 19 au 21 février, pour permettre au public de découvrir des projets d’artistes et compagnies belges (étapes de travail, spectacles courts, projections…) un peu comme un incubateur d'entreprises artistiques ou comme un laboratoire.
Le factory pass comprend 10 spectacles : Solo / Rendez-vous au bar / La clé sous la porte / Un arc en ciel pour l'occident chrétien / La Rive / 9h05, Le finisseur est de retour / Apaches / Impitoyable /L'Impossible Neutralité / Ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut être pas vu.

Plus d'infos : www.festivaldeliege.be
Téléchargez la brochure (PDF) ou consultez-la en ligne
Quelques présentations, teasers ou bandes annonces en vidéo :
Coupé-décalé : http://www.biennaledeladanse.com/spectacles/coupe-decale-robyn-orlin-james-carles.html
Macabra Dolorosa : https://www.youtube.com/watch?v=R59eYbizkck
Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups http://www.rtbf.be/video/detail_olivia-carrere?id=1959297
Wunschkonzert https://www.youtube.com/watch?v=7JzmDmxQzEE
Le coupeur d'eau : http://vimeo.com/88141159
Ping Pang Qiu http://vimeo.com/68801745

