Analyser, comprendre, restaurer la couleur

Durant ces reconstitutions, une attention particulière a été portée aux diverses voies de préparation de ces colorants, qui, a priori, peuvent influencer d’une part sur la couleur finale, d’autre part sur sa stabilité.

echantillonsLa couleur des échantillons que j’ai reconstitués et ses changements au cours de la phase de vieillissement ont été évalués par colorimétrie (photo ci-contre). J’ai ainsi pu démontrer que les variantes relevées dans les recettes ont un impact mesurable sur la couleur produite. Par contre, elles n’influent pas sur la stabilité de la couleur- le degré de décoloration se situe au même niveau de l’échelle standard. Ces procédés divers permettaient vraisemblablement aux artistes de disposer d’une gamme plus ou moins étendue de nuances d’une même couleur. 

 

Échantillons (tissus imbibés du colorant préparé) avant et après le vieillissement artificiel

 

 

L’analyse d’œuvres d’art

MsWittert3Les particularités intrinsèques des colorants anthocyanes – matériaux non coûteux, dont les usages sont multiples et spécifiques et qui sont préparés selon des modes de conservation adaptés –  doivent nécessairement être mises en relation avec des activités artistiques et des réalisations précises qui répondent à une demande particulière. Le volet expérimental de ce projet a aussi pour objectif de déceler l’usage des colorants anthocyanes dans des œuvres d’art. Plus exactement, il s’agit de comparer les résultats des expérimentations menées en laboratoire à ceux des analyses archéométriques menées sur des témoignages artistiques.

Cette étape suppose de déterminer au préalable un contexte géographique et chronologique dans lequel les matériaux reproduits ont été ou sont utilisés. Les recettes ayant fait l’objet de reconstitution proviennent d’ouvrages produits aux 15e et 16e siècles dans le sud de l’Allemagne et le nord de la France actuelle. Tous appartiennent à la tradition dite ‘de Strasbourg’ et découlent notamment d’un manuel consacré à l’art de l’enluminure, rédigé au début du 15e siècle, en région alsacienne.

Université de Liège, Bibliothèque Alpha, Ms. Witters 3, f. 43 (détail)
 

Dans le cadre de cette étude, une première campagne d’analyses scientifiques a été menée sur le Manuscrit Wittert 3, conservé à la Bibliothèque Alpha de l’Université de Liège, toujours en collaboration avec le Dr Jana Sanyova. Stylistiquement, cet ouvrage peut être mis en parallèle avec des œuvres enluminées produites par des ateliers alsaciens au 15e siècle – notamment l’ ‘atelier alsacien de 1418’ et celui de Diebold Lauber, à Haguenau.

Dans un premier temps, il s’est agi de déterminer les matériaux constitutifs de la couche picturale, mais aussi les techniques de mise en œuvre, notamment par l’observation des stratigraphies des couches picturales ou celles ayant reçu une dorure à la feuille. Dans ce contexte, des échantillons prélevés ont été examinés par le biais de plusieurs méthodes analytiques de pointe (microscopie optique [MO] et électronique [SEM-EDX], chromatographie HPLC et microscopie infrarouge FTIR).

Nous nous sommes entre autres intéressées à la nature des glacis recouvrant l’or et l’argent. Nous avons également examiné les couches relativement translucides servant à suggérer les modelés et les plis du drapé, mais aussi ceux employés pour la réalisation des éléments du paysage végétal, et ce notamment dans le but de documenter les phénomènes de dégradation visibles sur les glacis verts.

L’importance accordée aux colorants anthocyanes dans les réceptaires anciens rend-elle vraiment compte de leur emploi effectif dans les ateliers ? Ces expérimentations joueront un rôle décisif dans l’examen de cette question.

coupe
Ms. Witters 3, f. 43  : détail de la coupe (vue en lumière blanche incidente) du glacis rouge apposé sur l’auréole dorée du Christ.

 

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