Retour sur le 32e BIFFF et le 8e FIFPL. Mise en lumière des deux programmations

Outre les films, le BIFFF c’est aussi l’occasion pour le public et journalistes de croiser sans complexe des personnalités du 7e art (Franco Nero, Caroline Munro, Liam Cunningham, Jean-Pierre Jeunet, Lloyd Kaufmann, Alexandre Bustillo & Julien Maury, Olivier Beguin,…). Sans chercher à jouer sur le côté VIP et exclusif de ces rencontres, le BIFFF reste un lieu de décontraction où chacun est traité avec égalité. Et en comptant le nombre de jours de programmation, le nombre de films sélectionnés, le nombre de visiteurs, invités et journalistes, on ne peut qu’être impressionné par les équipes organisatrices d’un festival fascinant, où règne une ambiance festive qui assure une longue période de revalidation.

 

Le FIFPL, entre deux eaux

Shield of StrawIl est évident que l’organisation d’un festival réclame énormément de temps et de travail. Mais pour sa huitième édition, la récurrence des problèmes survenus lors des projections du Festival International du Film Policier de Liège posent question. Bien qu’il ne servirait à rien d’énoncer l’ensemble de ces soucis, il convient néanmoins d’en déceler l’origine. L’accent est certainement trop axé sur le côté « démonstratif » d’un festival de cinéma, sans l’assurance de pouvoir faire les projections dans de bonnes conditions. Il ne s'agit ici nullement de remettre en question l’organisation du festival, loin de là. Mais il faut avouer que sa très bonne programmation n'arrive pas à effacer les regrets du public concernant les conditions de visionnage des films.

Dans sa riche programmation, il était par exemple possible de découvrir Cheap Thrills de E.L. Katz et Shield of Straw de Takashi Miike (photo ci-contre). Dans un répertoire bien précis, les deux films sont régis par une approche ludique et singulière de codes institués. Le premier tourne en ridicule et questionne le film de Torture-Porn (Saw, Hostel…) en montrant des personnages prêts à se mutiler toujours plus radicalement pour une poignée de dollars. Le deuxième repose quant à lui sur un schéma centré sur la question de l’honneur d’agents japonais qui doivent protéger coûte que coûte un violeur d’enfant. La tête de ce dernier est mise à prix par une de ses victimes, et l’entièreté de la population et de la police cherchent alors à tuer le jeune homme pour rafler l’exorbitante récompense. Jubilatoires et grinçants, les deux films tirent leur réussite d’une approche ultra-codifiée assumée, abordée sans prise de recul par les cinéastes (le surjeu constant des personnages de Miike et la surenchère risible des défis de Katz). Ils délivrent deux œuvres singulières, dont les sujets bénéficient d’un traitement outrancier conférant une aura ludique au métrage. 

Hermanos de sangreOn retrouve cette logique dans le film argentin Hermanos de Sangre, sympathique conte macabre. En jouant systématiquement sur la frontière entre réalité et délire, Daniel de la Vega propose un récit déjanté dans lequel un homme est entraîné dans une aventure où les cadavres vont s’empiler. Pas de prise de tête dans ce récit libérateur, le cinéaste argentin cherche avant tout à délivrer un film d’action décalé et déjanté où les ressorts horrifiques sont traités sans sérieux. Au niveau des bonnes surprises, on peut citer Trust de David Schwimmer, très juste au vu de sa thématique (les conséquences d’une relation sexuelle entre un enfant et un adulte) et filmé avec beaucoup de maîtrise. Dans un tout autre registre, citons également le court-métrage primé Titre Indéterminé de Stéphane Papet, contant l’aventure de quatre acteurs en quête d’un scénario. Atypique et décalé, le film est très divertissant dans l’évolution constante et surprenante de son récit.

 

SeptimoRetenons également Five Years de Stefan Schaller (Prix du Jury jeune), brillant traitement d’un détenu emprisonné à Guantanamo. Très pesant, le film retrace avec beaucoup d’empathie la dureté du traitement réservé à un homme, passant du statut de criminel à celui de victime. L’incompréhension règne par contre lorsque l’on évoque 7th Floor, Grand prix du Jury. Bien trop limpide, le récit de Patxi Amezcua débute par une disparition d’enfants au sein d’un immeuble. Une fois ce point de départ posé, vont s’ensuivre de longues séquences de montées-descentes du père dans les escaliers, en quête de ses enfants. Ces actions deviennent rapidement ridicules, et les allées et venues du personnage renforcent maladroitement un effet comique sur une situation dramatique. Les quelques ficelles permettant au réalisateur de tirer profit du récit sont systématiquement gâchées et dévoilées à l’avance, laissant dès lors une marge de manœuvre très restreinte, voir quasi nulle, au spectateur.

 

Fantastique ou Policier, la nécessité des festivals

Que ce soit à Bruxelles ou à Liège, il était possible de découvrir des films intéressants parmi la générosité parfois excessive de la programmation (moyenne de 9-10 séances par jour). Des films qui reposent sur une logique que nous voulons défendre avant tout, régie par l’inventivité, le détournement et la participation spectatorielle. Majoritairement issus de réseaux indépendants et bien souvent écartés des circuits de distribution, ces films ont besoin de festivals comme le BIFFF et le FIFPL qui représentent des occasions uniques de leur offrir une place sur les écrans de cinéma aux yeux du grand public.

 

Nicolas Hainaut
Juin 2014

 

crayongris2Nicolas Hainaut est journaliste indépendant et chroniqueur cinéma (CinéChronicle, www.cinechronicle.com)

 

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