Dans l’agitation d’un mois d’avril bien chargé pour son agenda culturel, il était entre autres possible de se divertir par un passage au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles suivi du Festival International du Film Policier de Liège. Retour sur deux festivals qui méritent notre attention, proposant une programmation généreuse ayant globalement tenu ses promesses.
Si cet article entend bien rendre compte de deux manifestations cinématographiques en Belgique, il ne s’agira à aucun moment de comparer ces institutions toutes deux approchées par l’Université de Liège. Les programmations respectives vont être abordées selon des constats tirés à l’égard de différents types de productions sélectionnées. Commençons par revenir sur le 32e BIFFF qui se déroulait, pour la deuxième année de suite, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
Le BIFFF, lieu de tous les vices
Avec plus de 130 films programmés sur douze jours, le BIFFF est une expérience hors du commun dont l’ambiance et l’engouement publics ne font que renforcer le sentiment de plaisir général. Il convient d’emblée de souligner la grande part de films sélectionnés en provenance d’Asie, dont deux titres ont été primés. Vainqueurs du Corbeau d’Argent en compétition internationale, Horror Stories II de Min Kyu-dong, Kim Sung-ho, Kim Hwi et Jung Bum-sik,et Rigor Mortis signé Juno Mak rencontrent un certain nombre de similitudes. Le premier est composé de trois sketches connectés à un segment principal. Trois histoires macabres impliquant fantômes et terreur. Le second film repose également sur une exposition constante de forces fantomatiques, dévoilant un homme suicidaire en lutte avec ses démons intérieurs. Les cinéastes explorent une forme de schéma initiatique inversé dans lequel les protagonistes sont toujours rattrapés par leurs vices. Le ton ironique et décalé du premier et surtout du très réussi troisième sketch de Horror Stories sont bien plus attractifs que le sérieux, et le peu de distance pris vis-à-vis d’un thème déjà visité (deuxième sketch) mais tout de même effrayant (Rigor Mortis).
Dans un autre répertoire, notons le thriller de bonne facture Cold Eyes (photo ci-contre), parfois trop nerveux et convenu, mais brillamment mis en scène par Jo Ui-seok et Kim Byung-seo. Intruders s’est aussi démarqué, avec un récit aux multiples rebondissements, dans lequel un scénariste est entraîné dans un cercle vicieux sans jamais avoir le contrôle de la situation. Le rythme assez lent confère au métrage de Noh Young-seok une dimension intrigante, offrant au spectateur un point de vue très précis. Bien qu’il soit extrêmement dérangeant, vicieux et indigeste, Moebius de l’illustre Kim-ki Duk, repose également sur une structure froide et analytique exposant des protagonistes qui sombrent tous dans une folie sexuelle morbide. Repoussant et complaisant, le film est un véritable bijou de mise en scène qui lui confère une puissance fascinante.
Comme nous l’avions annoncé, le BIFFF a fait la part belle à différentes comédies horrifiques et autres pastiches gores et fantastiques. Si Dead Snow 2 réussit à convaincre par une logique totalement décalée, mêlant zombies-nazis et ressorts sanglants toujours plus déjantés (d’un arrachage d’intestin grêle à un clin d’œil au Titanic de James Cameron), le premier film indien de zombies a tout autant déçu. Go Goa Gone sombre dans une comédie clichée, structurée par des choix esthétiques aveuglants, ainsi qu’une bande-son agaçante. Tout comme April Apocalypse, produit typiquement américain, qui ne réussit jamais à convaincre avec une sombre quête amoureuse, incohérente et inconsistante. Vainqueur du Grand Prix, Les Sorcières de Zugarramurdi (photo ci-contre) se distingue également en exposant le savoir-faire de Alex de la Iglesia. Le cinéaste espagnol fait encore étalage de son inventivité, dans cette folle histoire de braquage qui tourne rapidement au cauchemar pour les protagonistes dont le traitement est à la fois jouissif et atypique.

Sans faire de bruit, trois productions aux origines plus familières ont retenu notre attention. Aux Yeux des Vivants de Julien Maury & Alexandre Bustillo, Chimères de Olivier Beguin (photo ci-contre)et Deadly Virtues : Love.Honour.Obey. de Ate de Jong, proviennent respectivement de France, de Suisse et des Pays-Bas. Si les récits de ces trois films relèvent d’univers bien distincts (respectivement, le film de monstre - le film de vampire - le home invasion), il n’en ressort pas moins de nombreuses similitudes quant à l’usage et au traitement apposés à de codes pré-existants. Les cinéastes se sont réapproprié des genres pour en développer un recyclage très personnel. L’intérêt de ces productions repose par exemple sur la multiplicité des facettes conférées aux récits : le film de monstre teinté de western-aventure, le film de vampire mêlant histoire amoureuse et action pure, le home invasion qui prend l’apparence d’un drame psychologique. Les codes exploités sont approfondis dans l’optique d’élargir la réflexion autour de genres qui sont actuellement bien trop souvent pâlement reproduits (voir la pléthorique vague des remakes horrifiques américains). Des œuvres sincères et consistantes qui offrent des spectacles généreux témoignant de véritables ambitions cinématographiques et d’une approche réflexive à l’égard de codes établis.
Différents films ont en outre naturellement remporté un franc succès : Oculus de Mike Flanagan, Haunter de Vincenzo Natali, Wolf Creek 2 de Greg McLean (photo ci-dessous, à gauche), nettement supérieur au précédent volet, The Raid 2 de Gareth Evans. Derrière ces œuvres qui bénéficient d’une réputation déjà amorcée voir carrément aboutie, Ugly (ci-dessous, à droite) fut la véritable surprise du festival. Projeté l’année dernière à Cannes lors de la Quinzaine des réalisateurs, le dernier opus du réalisateur indien Anurag Kashyap conte l’enquête menée par deux hommes à la suite de la disparition d’un enfant. Chaque personnage impliqué devient très vite suspect et chacun semble vouloir tirer profit de la situation (il faut voir cette escalade repoussante dans l’envie des personnages de gagner de l’argent sur le dos d’un enfant disparu). Fascinant et bouleversant, Ugly étonne par son rythme tendu, sans jamais montrer le moindre signe d’essoufflement narratif.


