Amélie Nothomb, La nostalgie heureuse

NothombLe temps passe, ainsi que l’Homme. Soit on évolue, soit on régresse. Comme l’on dit souvent :le temps fait son travail. L’un s’épanouit, l’autre fane. Mais à la fin, tout revient au point de départ, c’est-à-dire le néant. L’histoire des êtres humains n’est que le reflet de leur acharnement contre le temps qui tourne, contre la peur de vieillir, de perdre, d’être oublié, délaissé, de devenir méconnaissable et – d’être détruit.

Écrire un roman est une des tentatives de figer le moment, merveilleux ou douloureux – ou les deux à la fois. Le vingt-deuxième roman de la romancière belge en montre la preuve. Ce roman presque autobiographique raconte le retour de l’auteure dans son pays d’enfance, le Japon, après seize ans d’absence. Il y a plusieurs raisons à cette absence – facteurs personnels et professionnels. Pendant son absence sur le sol japonais, nombre de choses se sont passées, notamment les deux grands tremblements de terre. L’un a frappé sa ville natale, Kobe en 1995 et l’autre, en 2011, a rendu célèbre le nom de la ville de Fukushima pour une cause peu glorieuse (accidents dans la centrale nucléaire consécutifs au tsunami).

Le quartier où elle a passé sa douce enfance est-il resté à son image ? Et sa maison ? Et le grand amour de ses 22 ans, l’être qui a marqué son séjour au Japon à l’époque (cf. Ni d’Ève ni d’Adam, 2007), qu’est-ce qu’il est devenu ? L’auteure devra ensuite faire face aux questions existentielles à son égard. Et moi ? Et mon évolution ? Suis-je aussi belle qu’avant ? Penser aux souvenirs, faire ressusciter ces derniers en allant à la rencontre des êtres qui étaient importants et magnifiques pour soi après une longue période d’absence, cela fait toujours peur. Peur de décevoir, et d’être déçue.

Cela dit, l’on finit toujours par surmonter cette peur, car ces choses nous appellent. On est attendu. Alors, il faut aller les voir, les rencontrer, les regarder, les entendre, les écouter, les toucher. En dévoilant généreusement les souvenirs intimes de l’auteure, la Nostalgie heureuse ne laisse guère son lecteur indifférent vis-à-vis de ses souvenirs à lui. L’envie de se souvenir est universelle et contagieuse, tout comme l’envie d’oublier.

 

 

Kanako Goto

Amélie Nothomb, La nostalgie heureuse,  Albin Michel, 2013.
 

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