Au secours ! Vendredi 13 !

Superstitions et croyances liées au «vendredi 13» sont loin de disparaître de la société actuelle. Reflets des représentations socioculturelles d'une époque, elles font la mémoire collective et traversent les siècles en confirmant la faiblesse des femmes  et la force des hommes.

Ne laissez pas votre parapluie ouvert dans votre bureau, une naissance s'annonce si vous avez un pain dont la mie est pleine de trous, un couteau sous votre matelas éloignera les cauchemars ce soir. Superstitions et croyances. Elles sont nombreuses et culturelles.

On lit dans l'irrationnel ce qu'on veut y voir

vendredi 13

Les définitions en sont multiples : octroi d'un rôle, d'une fonction, d'un sens sacré à un élément, un événement, un comportement ; religiosité, manifestations particulières et rituels sacralisés ; interprétation et relecture de signes, de présages ; reconnaissance de propriétés magiques, positives ou négatives, à différents éléments ; attribution d'une valeur positive ou négative à une chose de telle sorte qu'elle porte bonheur ou malheur ; attitude irrationnelle ; pensée magique, etc.

Rien dans tout cela ne participe du genre. Semble-t-il. Pourtant... Dans l'histoire, dans les mythes, dans les légendes, les femmes et les hommes n'ont ni les mêmes rôles, ni les mêmes responsabilités dans leur gestion du bonheur et du malheur, dans leur appréhension des forces du destin, dans leur manière de réagir, d'être acteurs ou agents. Leur sexuation et leur sexualisation sont des produits de l'éducation, de la tradition, de la socialisation. Le passé les a construites, le présent les répète, le futur s'y réfère. De même pour les superstitions et les croyances. Et quoique le sens premier d'une chose, la cause de son existence, de sa création, de sa nomination, et sa fonction soient connus, oubliés ou transformés au cours du temps, les êtres humains lisent en elle ce qu'ils veulent ou peuvent y lire, ou ce qu'on leur y fait lire. Bien plus encore lorsque cette chose échappe à leur logique, à leur compréhension et à leur contrôle. L'irrationnel a alors tout le champ libre et prend le dessus sur la raison. Qui, elle, reste sans réponse.

L'au-delà, la création, la vie, la mort, la maladie, la souffrance, l'amour, la passion, le bonheur, les forces naturelles, l'imprévisible, le hasard alimentent toutes les croyances, donnent libre cours à toutes les superstitions qui rendent ainsi un sens cohérent à ce qui n'en a pas, une raison à ce qui en apparaît dépourvu, et surtout une valeur acceptable à l'effrayant, à l'insupportable, au mystérieux, à l'horreur (si petite ou si grande soit-elle).

Qu'il s'agisse de cultures traditionnelles ou de cultures plus modernes, sociétés groupales ou sociétés individuelles, les êtres humains sont répartis en deux groupes distincts, féminin et masculin, et les attentes, connaissances, exigences à leur sujet sont différentes même si une certaine libération féminine ou égalisation des genres et des compétences bouleverse parfois cette structure millénaire. Quelles que soient les revendications et les preuves apportées par l'expérience, par les sciences, par les technologies, des caractéristiques dites féminines ou masculines sont simultanément repérées et attribuées à chacun des deux sexes, à la fois selon les nécessités sociétales et selon les convictions personnelles. Qui, brièvement, associent intelligence et raison aux hommes, passion et faiblesse aux femmes.

Les superstitions seraient-elles une réponse féminine à la grande interrogation de la vie ? On le dit, mais...

 

Un jour pas comme les autres

vénus et cupidon

Aujourd'hui, vendredi 13 est un jour hors du commun. Les origines elles-mêmes du vendredi 13 participent d'une sexuation et d'une sexualisation particulières. 2009 année de vendredi 13 : deux mois d'affilée, février et mars, un troisième encore en novembre, comme en 1998. Fait peu banal. Cela renforce la force mystérieuse de ces jours vécus par des milliers de personnes comme particuliers, possesseurs de pouvoirs maléfiques (accidents, chutes, séparation, ...) ou au contraire merveilleux (réussite, rencontre amoureuse, gain à la loterie, etc.). Désamorcés par exemple par la prudence, l'abstinence « vitale », le repli, les prévisions des voyantes, la protection des marabouts, les invocations des saints, les réunions anti-paraskevidékatriaphobie, et anti-triskaïdékaphobie voire par la provocation ou  l'indifférence. Exaltés par la magie, le mystère séduisant, l'accomplissement positif, les modalités propitiatoires.

freya

 


Vendredi (français), c'est le jour de Vénus (à gauche), déesse romaine de l'amour et de la beauté,  l'attrait, la séduction, la tentation.

Freitag (allemand) et Friday (anglais) sont le jour de Freyja et Frigga, déesses nordique et germanique de l'amour, du mariage, du sexe et de la fertilité. Dans notre culture occidentale, le vendredi relève d'une sexualisation féminine.

ci-dessus : Lucas Cranach, Vénus et Cupidon, gravure sur bois, 28,7 x 20,3 cm, 1506, Collections artistiques de l'ULg

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